L'écrivain Didier Castino dénonce un syndrome né en 1986 lors de la mort de Malik Oussekine. Il écrit en hommage aux victimes de violences policières dans "Rue Monsieur-le-Prince".

Manifestation Place de la Nation à Paris le 2 mars 2017 contre la violence d'Etat
Manifestation Place de la Nation à Paris le 2 mars 2017 contre la violence d'Etat © AFP / Christophe Simone

Dans Rue Monsieur-le-Prince qui paraît chez Liana Levi, Didier Castino retrace la vision d'un jeune étudiant des années 80, enthousiasmé par la lutte contre la loi Devaquet pour les Universités. Ce narrateur, originaire d'Aix-en-Provence, a fait le voyage jusqu'à Paris pour participer aux manifestations, jusqu'à celle qui a coûté la vie à Malik Oussekine. Malik Oussekine est ce jeune homme qui avait arrêté ses études et qui n'était pas mobilisé. Il était au mauvais endroit au mauvais moment, c'est-à-dire sur le trajet des policiers chargés du maintien de l'ordre dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986.

L'affaire Oussekine : l'origine du mal ou le début de la vigilance ?

À travers le roman d'une époque, Didier Castino dénonce ce qu'il appelle "un syndrome" : "Il entre dans l'Histoire et nous embarque avec lui. Il rejoint les innombrables victimes que l'on a sommées de courir et celles qui courront demain à cause de leurs origines trop visibles."

Faut-il remonter à cette année 1986, marquée par la mort de Malik Oussekine et surtout l'arrivée d'élus du Front Nationale à l'Assemblée Nationale, pour trouver un point de départ à un mal français ?"Les racines d'un mal qui s'est assis sur nos bancs en 1986 , un mal qu'on a combattu, puis qu'on a fini par accepter..." comme il l'écrit page 193 ?

"Je ne le crois pas", répond au contraire Sophie Body-Gendrot, docteure en science politique, professeure émérite et chercheure rattachée au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales. "L'affaire Malik Oussekine a été un détonateur au sein de la police. La peur bleue des autorités de police est désormais justement de heurter un jeune car elles savent que l'opinion se retournera contre l'institution policière. On ne peut pas jeter l’opprobre sur toute une institution, même s'il y a en son sein des pommes pourries. Mais il est vrai que la France fait moins bien en matière de respect de la déontologie que des pays comme l'Allemagne et le Danemark.Car la doctrine en France est de dire que la Police ne rend compte qu'à l’État et non aux citoyens. Les citoyens ne sont pas considérés chez nous comme des partenaires"

Le Défenseur des droits et les réclamations sur la déontologie en matière de sécurité
Le Défenseur des droits et les réclamations sur la déontologie en matière de sécurité © Visactu / Visactu

De plus en plus de réclamations contre le comportement des policiers

Il n'y a pas d'étude quantitative fiable sur les violences policières mais il n'en reste pas moins que le Défenseur des droits s'est inquiété récemment du nombre de réclamations en matière de déontologie de la sécurité.

La hausse en 2016 a été de 34,6 %, soit 1225 réclamations contre 910 l’année précédente. Sur 16% de personnes contrôlées durant les 5 dernières années, 23 % ont été confrontés « à un comportement des agents de sécurité qui ne respecteraient pas le code de déontologie (tutoiement, insultes, brutalité) ». Mais sur ces 23 %, 5 % seulement ont décidé « d’engager une démarche » pour faire valoir leurs droits.

Carte établie par les étudiants du Centre de Formation des Journalistes, recensant les violences relevées dans les médias entre 2005 et 2015.

Pour Didier Castino, lui-même étudiant dans les années 80, l'affaire Malik Oussekine a été un déclencheur de conscience politique. "Je ne suis pas anti police, je me méfie des luttes anti-racistes bien-pensantes. Dans le roman j'essaie aussi de me mettre à la place des policiers-voltigeurs. J’imagine totalement, mais sachez que parmi les deux policiers qui ont tabassé Malik Oussekine, l’un avait son âge. Lors du procès il était sidéré. J’ai voulu essayé d’imaginer ce qui se passe dans sa tête. Comment s’affranchir de la tutelle du motard, exister dans le désastre, dans la violence ? Je constate que l’uniforme devrait être un rempart mais en fait la police est dans une impasse.De surcroît on minimise toujours la violence. Pour l'affaire Théo on ne parle que du viol et pas du tabassage. Et cette violence, nous sommes dans un système où l'on sait qu’on va y revenir. "

La violence c'est toujours contre les-mêmes

Le roman Rue-Monsieur-le-Prince se termine par une liste de noms de victimes de violences policières.

Didier Castino :"Les noms sont là, on peut y revenir ; il y a peut-être des noms inventés car je suis romancier, mais beaucoup sont connus et identifiés au fil de revues de presse et de recherche. J’ai trié, aussi, car je voulais montrer que ceux qui tombent se ressemblent par leurs origines. Ils tombent du fait de leurs origines."

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