La chanteuse Camélia Jordana a créé la polémique samedi soir dans l'émission "On n'est pas couché", en estimant que des hommes et des femmes se faisaient "massacrer (par la police) quotidiennement en France."

Les propos polémiques ont été tenus lors d'un échange avec le chroniqueur et écrivain Philippe Besson.
Les propos polémiques ont été tenus lors d'un échange avec le chroniqueur et écrivain Philippe Besson. © Capture d'écran

Des mots de la chanteuse Camélia Jordana, tenus samedi soir sur le plateau de l'émission "On n'est pas couché" sur France 2, créent la polémique jusqu'au ministère de l'Intérieur. La jeune femme a notamment prononcé cette phrase : Des hommes et des femmes se font massacrer [par la police] quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau." Des propos jugés "mensongers et honteux" par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, alors que le syndicat de police Alliance a annoncé dimanche saisir le procureur de la République. Retour, mot par mot, sur un échange controversé.

Tout part en fait d’une discussion en plateau autour des applaudissements au personnel soignant, qui réclame davantage de moyens pour les hôpitaux. Le chroniqueur de l'émission de samedi soir, l'écrivain Philippe Besson, regrette le deux poids deux mesures, selon lui, quand les Français en viennent à soutenir une profession : 

PHILIPPE BESSON : "C’est un grand classique chez nous, on applaudit les gens quand on en a besoin. Je me souviens qu’après les attentats de Charlie, on applaudissait la police. Maintenant on nous explique que 'tout le monde déteste la police'. C’est extraordinaire, il faudrait savoir. Soit ces gens-là sont là pour nous protéger, sauver nos vies il y a cinq ans. On ne voit pas pourquoi ce serait des salauds et des ordures aujourd’hui…"

Camélia Jordana rebondit alors sur les propos de Philippe Besson, pour dénoncer le comportement selon elle des forces de l'ordre, avec cette phrase : "Il y a des hommes et des femmes qui se font massacrer quotidiennement en France" : 

CAMÉLIA JORDANA : "Bah parce qu’ils… Enfin, non pardon, là je ne peux pas rien dire. Excusez-moi. En fait, il y a des hommes et des femmes qui se font massacrer quotidiennement en France, tous les jours, pour nulle autre raison que leur couleur de peau. Donc en fait, c’est l’une des raisons pour lesquelles les gens sont fâchés après la police."

P. B. : "C’était déjà le cas avant..."

C. J. : "C’est pire aujourd’hui, car il n’y a personne dans les rues."

S'ensuit alors entre l'écrivain et la chanteuse un débat sur la prévalence de ces discriminations et de ces violences exercées par la police :

P. B. : "Ce que je veux dire c’est que cette situation là que vous décrivez, le délit de faciès et cætera, ce sont des choses qui sont récurrentes mais qui restent malgré tout minoritaires."

C. J. : "Mais c’est le même principe que les infirmiers et les aides soignants, qui sont peu payés et aujourd’hui ça se voit plus."

P. B. : "Ils font ce qu’on leur demande et par ailleurs, ils sont extrêmement mal payés eux aussi pour faire ce qu’on leur demande. Ils obéissent aux ordres. Donc on peut contester les ordres. Je veux bien que vous contestiez les ordres d’un gouvernement qui demande de taper les manifestants…"

Camélia Jordana réitère alors les propos qui ont déclenché la polémique, en parlant à nouveau de "massacre" : 

C. J. : "Je ne parle pas des manifestants. Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour pour nulle autre raison que leur couleur de peau. C’est un fait."

P. B. : "Ces flics-là sont quand même là fondamentalement pour nous protéger et assurer notre sécurité. Je ne voudrais pas qu’on l’oublie."

La chanteuse développe alors sa propre expérience, en tant que jeune femme d'origine arabe qui ne se sent pas en sécurité lorsqu'elle croise la route de policiers : 

C. J. : "Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fait partie. Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés. Quand j’ai les cheveux frisés je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. Vraiment."

P. B. : "Eux aussi sont parfois attaqués, vous êtes d’accord…"

Camélia Jordana fait alors un parallèle avec le combat féministe : 

C. J. : "Pardon, mais c’est comme parler de féminisme et de me dire 'oui mais quand même, y’a des gonzesses qui…' En fait, non. Le combat est tel qu’on ne peut pas du coup voir l’espèce de virgule qui serait l’arbre qui cacherait la forêt et qui permettrait de minimiser le combat dont il est question. Je suis désolée."

P. B. : "Moi justement je pense que c’est l’arbre qui cache la forêt. Je pense que 95% des flics font bien leur travail et que les situations que vous évoquez sont minoritaires. Regrettables, condamnables, je les condamne en premier. Mais fondamentalement, n’oublions pas que la plupart du temps ces gens là font très bien leur travail et que surtout, globalement, ils assurent notre sécurité. Et qui s’ils n’étaient pas là, la situation serait bien pire."

C. J. : "Je l’entends, je ne remets pas ça en question. Je suis simplement en train de vous dire que si certaines mesures étaient prises, plutôt que d’avoir des non-lieux en permanence, à chaque fois qu’un homme ou une femme - généralement, ce sont les hommes qui se font tuer - noirs ou arabes ou simplement 'pas blancs', s’il y avait autre chose que des non lieux en permanence, qu’une Assa Traoré (militante antiraciste et sœur d'Adama Traoré) qui se fait mettre en examen… 

Assa Traoré est mise en examen, elle a d’autres frères en prison aujourd’hui. Si on avait autre chose que ça comme image, peut-être que les flics ne seraient pas détestés en fait."

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