La publication de "La Familia Grande", dans lequel Camille Kouchner accuse Olivier Duhamel d'inceste, a été un déclencheur pour de nombreuses victimes de violences sexuelles.

Collage réalisé dans une rue de Paris
Collage réalisé dans une rue de Paris © AFP / HUGO PASSARELLO LUNA / HANS LUCAS

Camille Kouchner s'attendait-elle à pareille déflagration ? La publication le 7 janvier dernier de "La Familia Grande", dans lequel la juriste raconte l'inceste commis sur son frère jumeau par leur beau-père Olivier Duhamel, a agi comme un détonateur. Comme s'il n'était plus possible de laisser prospérer la chape de plomb qui étouffe la parole des victimes de violences sexuelles intrafamiliales. Il y a eu ces milliers de messages qui ont déferlé sur les réseaux sociaux sous le hashtag #MeTooInceste. Puis, avec #MeTooGay et #SciencesPorcs, d'autres innombrables témoignages sont venus rejoindre ce cri immense, dénonçant les violences sexuelles dans leur globalité. Des faits dont la justice a parfois été saisie.

Il y a eu également, au cours des six dernières semaines, des accusations visant des personnalités publiques et pour lesquelles la machine judiciaire s'est parfois mise en marche. Passage en revue.

L'acteur Richard Berry accusé par sa fille

Procédure judiciaire : enquête préliminaire ouverte, bien que les faits soient prescrits

Dans une plainte déposée le 25 janvier, Coline Berry-Rojtman, fille de l'acteur Richard Berry et de la comédienne Catherine Hiegel dénonce "des faits de viols ou d'agressions sexuelles incestueux, et de corruption de mineur". Elle décrit un père qui l'embrasse sur la bouche avec la langue et qui, au milieu des années 1980, la pousse de manière répétée à participer à des jeux sexuels, en compagnie de la chanteuse Jeane Manson, qui partage sa vie à l'époque. Des faits rapportés comme ayant eu lieu "des dizaines de fois" entre les 6 ans et les 10 ans de Coline Rojtman, aujourd'hui âgée de 44 ans. 

Début février, lorsque l'affaire est devenue publique, Richard Berry a fait savoir dans un communiqué relayé sur Instagram qu'il démentait "de toutes ses forces et sans ambiguïté ces accusations immondes". "Je n'ai jamais eu de relations déplacées ou incestueuses avec Coline, ni avec aucun de mes enfants", écrit-il. "Au-delà de la peine immense et du choc que je ressens, il appartient désormais à la justice d'établir les faits".

Le parquet de Paris a ouverte une enquête préliminaire, afin notamment de vérifier la prescription de faits. Coline Berry-Rojtman a été entendue jeudi 11 février par la brigade de protection des mineurs. À Franceinfo, elle explique que la lecture du livre de Camille Kouchner a été pour elle un déclencheur.

Le producteur Gérard Louvin accusé par son neveu

Procédure judiciaire : une enquête ouverte le 21 janvier

Le livre de Camille  Kouchner lui a "servi d'électrochoc", explique-t-il. Le 8 janvier, à la veille de ses 48 ans, Olivier A., porte plainte contre son oncle, le producteur de télévision Gérard Louvin, ainsi que contre le mari de celui-ci, Daniel Moyne, également producteur. Il accuse Gérard Louvin d'avoir "favorisé" des viols commis par son époux, lors de week-ends et vacances d'été passés par Olivier au domicile du couple, à partir de ses 10 ans. 

Des faits que Gérard Louvin nie vigoureusement. Dans un entretien à Nice-Matin, le producteur de "Sacrée soirée" et "Ciel, mon mardi !" se dit victime d'une cabale et d'un chantage à l'argent. 

Le syndicaliste Marc Pulvar accusé par ses nièces

Procédure judiciaire : deux plaintes ont été déposées en 2002, classées en raison de faits prescrits

Afin d'en finir avec "l'héroïsation du personnage", trois nièces de Marc Pulvar signent début février une tribune dans laquelle elles accusent le célèbre syndicaliste antillais, mort en 2008, d'être un pédocriminel. "À l'âge de 7 et 10 ans, nos routes ont croisé celle d'un homme", écrivent-elle. "C'était l'oncle de la famille, le favori, adulé par tous (...). On l'encense encore aujourd'hui en Martinique parce qu'il a été un militant, syndicaliste, défenseur des opprimés". 

Aujourd'hui conseillère territoriale, Karine Mousseau avait déjà témoigné de ce qu'elle avait subi, mais sans jamais nommer son agresseur. Jusqu'à la parution de "La Familia grande". Le livre de Camille Kouchner a peut-être été "la petite impulsion supplémentaire", estimait lundi sur France Inter Audrey Pulvar, tout en rappelant qu'il faut "énormément de conditions pour qu'une victime décide de parler".

L'élu communiste Maxime Cochard accusé par un étudiant

Procédure judiciaire : plainte contre X pour violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner

Le 21 janvier, un tweet vise l'élu communiste du 14e arrondissement, Maxime Cochard. Guillaume, étudiant, accuse le conseiller de Paris et son époux d'avoir "profité de [sa] jeunesse, de [sa] naïveté", de ses problèmes familiaux et de leurs responsabilités politiques pour avoir des "relations sexuelles non consenties". Posté quelques jours après l'émergence du hashtag #MeTooInceste, son message rencontre immédiatement un fort écho sur Twitter et déclenche le #MeTooGay. 

Maxime Cochard réfute immédiatement ces accusations. Lui et son compagnon sont néanmoins priés par le PCF de se mettre en retrait de leurs activités politiques. 

Le 9 février, le corps sans vie de Guillaume est retrouvé dans sa chambre d'étudiant à Nanterre. Sa famille a annoncé saisir le parquet de Paris d'une plainte contre X pour violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner.