Des femmes, en majorité, et quelques hommes racontent depuis vendredi comment ils et elles ont été harcelés par des hommes de la "Ligue du LOL": voici leurs témoignages, édifiants.

Les victimes de la Ligue du LOL racontent
Les victimes de la Ligue du LOL racontent © Getty / Omar Marques/SOPA Images/LightRocket

Depuis vendredi soir et un article de Libération, une dizaine de femmes et quelques hommes se plaignent du harcèlement que leur ont fait subir des membres de la "Ligue du LOL" depuis quelques années. La "Ligue du LOL" ? Des journalistes, publicitaires, graphistes, informaticiens qui se retrouvaient autour d'un groupe Facebook pour se moquer et harceler un certain nombre de leurs cibles, la plupart du temps des femmes, qu'ils avaient pointées du doigt. 

Un certain nombre des hommes mis en cause par ces témoignages apparus sur Twitter ce week-end ont rédigé des messages d'excuses. Vincent Glad, journaliste pigiste pour Libération et Brain magazine, qui a crée le groupe sur Facebook, a présenté ses excuses sur Twitter : "En créant ce groupe, j'ai crée un monstre qui m'a totalement échappé", a-t-il écrit. David Doucet, rédacteur en chef web aux Inrocks, s'est dit "désolé". "Cette libération de la parole m'a surtout fait prendre conscience que je comptais parmi les bourreaux", a-t-il écrit sur Twitter. Alexandre Hervaud, journaliste à Libération, a présenté ses excuses, expliquant que certains des témoignages apparus depuis vendredi lui avaient "littéralement tordu le bide". Voici un florilège de ces témoignages qui, effectivement, "tordent le bide".

Voici les témoignages de quelques unes des victimes de la ligue du lol
Voici les témoignages de quelques unes des victimes de la ligue du lol

Daria Marx : "J'ai reçu une déferlante de haine"

Daria Marx, militante féministe et cofondatrice du collectif Gras Politique a écrit un long texte sur son blog pour raconter ce qu'elle avait subie :

"J’ai vécu de nombreuses années sur Twitter en ayant l’impression de fuir un sniper, d’avoir de la chance d’échapper aux balles virtuelles d’une armée devenue folle. A chaque tweet, à chaque photo partagée, je craignais d’être débusquée et descendue. A chaque thread politique, à chaque gueulante féministe ou contre la grossophobie, je savais que j’allais payer le prix de ma liberté d’expression, le prix de mes idées jugées nazes par un petit groupe de harceleurs, la ligue du LOL. (...)." 

J’ai reçu une déferlante de haine comme je n’en avais jamais connu. J’ai reçu des messages souhaitant ma mort, plusieurs, pendant des jours. Ils ont retrouvé mon numéro de téléphone, m’ont inscrit sur plusieurs sites internet. J’ai été harcelée des semaines, des nuits entières

"J’ai été maltraitée par la Ligue du LOL, et par tout ceux qui suivaient leur "humour" au point que j’ai été arrêtée par mon psychiatre de l'époque. J’ai confié mon mot de passe Twitter à une amie pour ne plus rien voir. Et j’ai pleuré, et je n’ai pas dormi, et je me suis demandé ce que j’avais fait pour mériter tout cela, et je me suis laissée aller à penser que je ne valais rien, qu’il fallait que je disparaisse. C’est ce qu’ils voulaient, j’allais les satisfaire, je n’en pouvais plus. Je me réveillais dans la nuit pour voir si le harcèlement avait cessé, je me couchais avec des insultes, je me réveillais avec 40 nouvelles mentions ordurières. Ils savaient très bien. Bien sur qu’ils savaient (...)".

Florence Porcel : "J'ai aussi été harcelée par la Ligue du LOL pendant des années"

Florence Porcel, vidéaste spécialisée dans la vulgarisation scientifique, a raconté comment elle avait été victime d'un canular téléphonique rendu publique. David Doucet, journaliste aux Inrocks, a ensuite reconnu qu'il était l'auteur de ce canular. 

"J'ai aussi été harcelée par la ligue du LOL pendant des années. Leur dernier fait d'arme (...) est punissable d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ( Il y a prescription) (...) Le "fait d'arme" en question a été supprimé entre hier et aujourd'hui. Je crois que le rédacteur en chef d'un grand magazine, dont le nom n'est pas sorti, est en train de chier dans son froc. Je te laisse à tes lessives, vieux. Le fichier audio supprimé était un canular téléphonique. Ce journaliste m'avait appelée en se faisant passer pour le rédacteur en chef d'une émission très en vue (et hop, usurpation d'identité en sus) pour me proposer de l'intégrer. Contexte : à l'époque, j'étais intermittente, je travaillais pour une émission sur France 5. Je ne savais pas si j'aurais du travail l'année suivante. Bien entendu, ma situation était précaire. (...) Je pense que c'est très important de raconter à quel point tous ces hommes ont commis des actes qui ont encore des effets sur nos vies aujourd'hui. Je me rends compte que ce n'est pas seulement mon cas en lisant d'autres témoignages."

Capucine Piot : "Ils nous ont humiliés en place publique"

Capucine Piot est journaliste. Elle a raconté dans un thread twitter le harcèlement qu'elle avait subi. 

"Je sors du silence pour un thread sur la #liguedulol dont j’ai aussi été victime. (...) Ça a commencé à l’époque où je faisais mes premiers pas dans la presse féminine. J’avais environ 21 ans, je n’avais pas confiance en moi et j’étais sur Twitter (...) J’étais connue ici sous le pseudo @xoxobcapucine. La #liguedulol m’a repérée et a commencé son travail de sape petit à petit. Montages photos/vidéos visant à se moquer de moi. Archivage des petites bêtises que j’avais pu tweeter pour me les ressortir systématiquement. Pendant des années, critiques récurrentes sur mon apparence (...)."

À un moment, j’en suis arrivée à un stade où je me détestais. J’ai eu des idées sombres. À force de lire des saletés sur moi partout sur les réseaux, j’ai été convaincue que je ne valais rien. Ça a été très dur dans ma construction de jeune femme (...) Ils nous ont humiliés en place publique, sans prendre la mesure de notre douleur, de ce qu’on pouvait ressentir

Là, c’était la descente aux enfers pour moi... J’ai demandé à certains membres de la #ligueduLOL de cesser. Ils ont continué, expliquant que c’était juste drôle. L’un des personnages qui, je l’ai su après, était dans leur entourage et les côtoyait avec qui j’avais eu une relation m’a même fait croire qu’il avait le SIDA pour me faire peur, et me laisser penser que je pourrais l’avoir. Des dingues. Je me suis retrouvée, tremblante, à faire les examens médicaux nécessaires. Pendant ce temps-là, la traque en ligne continuait. Ça a duré plusieurs années, j’ai mis ensuite plusieurs années à m’en remettre. Ensuite, ça s’est amenuisé. Seuls deux-trois trucs sortaient, de temps en temps. Mais je n’ai jamais oublié la #ligueduLOL qui m’a clairement marquée à vie".

Mélanie Wanga : "La Ligue, c'était un groupe pyramidal où les mange-merde harcelaient"

Mélanie Wanga, journaliste, féministe, co-autrice de la newsletter "Quoi de meuf ?" a raconté dans un thread Twitter, le harcèlement dont elle avait fait l'objet.

"Imaginez croiser les gens de cette team en soirée. Les voir se promouvoir entre eux, se donner des CDD, des CDI. Les voir harceler d'autres personnes. Vous essayez de lutter et d'aider, sans trop réussir. Parce que déjà, les rapports de force sont complètement déséquilibrés. 

Des mecs blancs bien insérés dans le milieu, entourés de "cool girls" qui joignent la curée du harcèlement parce que why not ? Plus on est de fous... 

La ligue, c'était un groupe pyramidal où les mange-merde harcelaient pour montrer aux boss qu'ils avaient de la valeur. Comment tu dénonces un milieu structurellement conçu pour ne pas donner la parole aux gens comme toi ? Comment tu fais quand tu dis que tu subis du harcèlement sexiste et raciste et qu'on te répond "C'eSt pAs La VrAiE vIE!!". Quand tu es journaliste, Internet c'est ton travail (...) J'avais le même âge, mais je n'ai pas eu les mêmes opportunités de carrière. Mes copines féministes non plus. Peut-être parce qu'on est complètement nulles, hein. Ou peut-être parce que la cooptation aux postes a joué au max entre ce petit monde resserré des "loleurs". Mon souhait ? Qu'on change suffisamment le système pour qu'un truc comme ça ne se reproduise pas à cette échelle. La féministe en moi rêve du démantèlement des Boys Clubs. Je voudrais aussi qu'on écoute celle.ux qui ont subi. C'est elle.ux qu'on a besoin d'entendre. Pas #ligueduLOL".

Nora Bouazzouni : "Des trucs pornos avec ma tête dessus, des mails d’insulte anonymes"

Nora Bouazzouni est journaliste et traductrice. Elle a raconté à Libération comment la Ligue du LOL s'était "acharnée" sur elle : 

"Ils étaient absolument infâmes sur Twitter", lâche Nora Bouazzouni. "C’était de l’acharnement, je me suis aussi fait harceler, avec des insultes, des photomontages, des gifs animés avec des trucs pornos avec ma tête dessus, des mails d’insulte anonymes. C’était le forum 18/25 de jeuxvideo.com avant l’heure. Ils s’en prenaient, à plusieurs, à la même personne. Et comme ils avaient des comptes très influents, ça prenait tout de suite une ampleur importante".

Lucile Bellan : "Clairement ça a défoncé ma confiance en moi"

Lucile Bellan est journaliste, notamment à Slate. Elle a raconté sur Twitter qu'elle avait aussi été victime de la Ligue du LOL. 

"Pour moi, La ligue du LOL, c’est des années de harcèlement, une usurpation d’identité, des attaques basses et gratuites... Clairement, ça a défoncé ma confiance en moi et en mes capacités de journaliste."

► LISEZ | Le témoignage complet de Lucile Bellan

Matthias Jambon-Puillet : "J’ai tout tenté pour que cela s’arrête"

Matthias Jambon-Puillet, jeune écrivain a raconté sur Medium comment un certain nombre de personnes de la Ligue du LOL ou d'ailleurs s'étaient moqués de lui en ligne. 

"Les premières attaques étaient éparses (...). Des insultes sur moi, mon travail. Je tenais à l’époque un blog sur lequel je verbalisais mes interrogations, angoisses et névroses. Là-bas, j’ai commencé à voir apparaître des commentaires d’insulte anonymes, je me souviens d’un dont l’adresse IP remontait vers Libération (...). J’ai reçu, à force de moqueries sur Twitter de la part de la Ldl, des insultes et commentaires venant de gens extérieurs au cercle, voyant dans mes écrits justification à moquerie, venant s’ajouter au reste". 

Car, comme dans tout harcèlement, c’est l’accumulation d’actes individuels isolés qui tuent. Jusqu’à ce que l’on tremble d’ouvrir ses réseaux, de refresh ses interactions, dans l’anticipation et la peur de la nouvelle pique

"À ce moment, j’ai demandé à mes connaissances internes à la Ldl de calmer leurs potes. J’ai sollicité Sylvain Paley, Henry Michel ou encore Clément Poursain (@thelightcarrier). Tous m’ont dit en cœur 'Désolé de ce qui t’arrive, on sait, mais on n’y peut rien, ignore jusqu’à ce que ça passe' (...) @Lapin_Blanc a eu l’idée de lire un mes textes les plus sentimentaux (= « fragiles ») sur fond de violons, et de le mettre en ligne sur son Soundcloud pour le partager. Je ne l’ai jamais écouté. Je n’ai pas réagi. Puis il a invité d’autres à le faire, en public. Encore une fois il y eu des participations Ligue du LOL, mais aussi d'autres, de gens qui m’avaient, à ce moment, caractérisé comme risible et/ou qui pensaient l’affaire bon enfant. Dans un immense mélange des genres, il y eu sur plusieurs semaines près d’une vingtaine d’enregistrements sarcastiques de mon travail, chaque fois diffusés, partagés (...) J’ai tout tenté pour que cela s’arrête, l’appel à l’empathie, l’appel via les amis de ces bourreaux, les longs mails d’explication. Rien n’a eu d’effet. La seule porte de sortie proposée (...)était d’enregistrer moi-même une raillerie de mes textes : 'Assume que c’est drôle, et on aura plus de raison de se moquer'. J’ai refusé.

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