Dans notre dernier billet, nous nous sommes inquiétés de la recrudescence étonnante de cas de « cléclairite », la manie d’employer des « c’est clair » à tout bout de champs.

Or plusieurs auditeurs m’ont depuis fait savoir qu’ils avaient identifié une autre maladie langagière, qu’on pourrait appeler la « voilate »… Une maladie qui se manifeste par l’usage intempestif du mot « voilà »… Et vous êtes concernée, chère Pascale Clark ! Moi, je suis atteint de « ducouite » - je dis sans cesse « du coup ». Vous, vous êtes atteinte de « voilate ». « Alors voilà Julien Doré le cinéma, avant c’était voilà La Nouvelle Star, Jean voilà d’Ormesson, et puis voilà premier album alors donc elle vient d’où voilà la rumeur de votre aventure avec Benjamin Biolay ? » Vos « voilà » semblent être chez vous comme des signes de ponctuation, des virgules au milieu des phrases. Preuve que vous en êtes à un stade très avancé de la « voilate »... Ainsi que le sont également certains chanteurs, certains acteurs et certains footballeurs après les matchs… Vous tendez le micro aux vainqueurs : « On a gagné voilà, on est super content et puis voilà… » Vous tendez le micro aux vaincus : « On a perdu voilà, on n’est super déçu et puis voilà… » Dans ce cas-là, le « voilà » sous-entend très clairement : « J’ai dit tout ce que je pouvais, maintenant tu vas me lâcher ! » L’interviewé n’ayant strictement rien à raconter, il s’agit donc d’un « voilà » conclusif. Comme l’émouvant « Voilà c’est fini » de Jean-Louis Aubert. Rien à voir avec le « voilà » interrogatif de Barbara : « Voilà combien de jours, voilà combien de nuits, voilà combien de temps que tu es reparti ? » Les « voilà » musicaux ne sont d’ailleurs pas tous d’aussi bon goût : il y a « Marechal nous voilà » ou bien « Tiens voilà du boudin ! »… Et tient, imaginez que je glisse un « du boudin » après chacun de vos « voilà », chère Pascale, je suis prêt à parier qu’une seule émission suffirait à vous soigner votre « voilate »… « Alors voilà (du boudin) Julien Doré le cinéma, avant c’était voilà (du boudin) La Nouvelle Star, Jean voilà (du boudin) d’Ormesson… » Vous, pour me faire passer mes « du coup », vous pourriez les accueillir chaque fois d’un amusant « dans le nez »… « Du coup… dans le nez ! » et « Voilà… du boudin », expression dans laquelle le « voilà » est cette fois un démonstratif… Comme lorsque l’on annonce l’arrivée de quelqu’un… « Tiens, voilà Rachida Dati ! » On peut dire également : « Voici Rachida Dati »... Mais très étonnement, je n’ai relevé pour l’heure aucun cas de « voicite ». En revanche, les cas de « voilate » sont extrêmement fréquents. Mais il y a pire encore, c’est la « double voilate »… Comme par exemple chez ma cousine avant-hier, à la fin de l’apéro : « Voilà, voilà », elle a dit, « Maintenant on peut passer à table ! » Du coup (dans le nez), j’ai demandé : « Voilà, voilà mais que mange-t-on ? » Réponse de ma cousine : « Du boudin, du boudin ! » Chronique (Gimmick) du 8 avril dans « Comme on nous parle ».

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.