Dans une vidéo publiée lundi, des militants d'un groupe d'extrême-gauche se filment en train de dégrader des voitures de location. En Espagne, la lutte contre le tourisme de masse trouve de plus en plus d'échos dans la classe politique et chez les simples citoyens.

Le groupe Arran s'est filmé en train de taguer et de crever les pneus de voitures louées par des touristes.
Le groupe Arran s'est filmé en train de taguer et de crever les pneus de voitures louées par des touristes. © Compte Twitter d'Arran

Des militants masqués en train de taguer, crever les pneus et briser des pare-brise de voitures. La police espagnole mène l’enquête ce mardi après la diffusion la veille d’une vidéo qui montre deux activistes d’extrême-gauche en train de vandaliser des voitures de location à Palma de Majorque, la capitale des îles Baléares. Les forces de l'ordre ont ouvert une enquête après la plainte d'une entreprise de location de véhicules. La vidéo a été postée sur le compte Twitter du mouvement Arran, qui lutte tous les étés contre le tourisme de masse en Espagne.

"Il y a plus de 100 000 voitures de location touristiques à Majorque", affirme Arran dans un tweet en catalan, sur un fond de musique guillerette. "Saturation, non-durabilité, pollution, et transformation de la ville en une vitrine touristique. _La jeunesse passe à l’offensive !_"

Passer par les réseaux sociaux pour dénoncer le tourisme, habile façon de toucher une large audience. Ce qui ne veut pas dire que les réactions sont positives, loin de là : "Lâches aux méthodes de terroristes", "Avec vos actes, vous démontrez qui vous êtes vraiment", "Je ne suis pas d’accord avec ce mode de protestation. Détruire n’est pas la solution !", peut-on lire sous la vidéo postée par les militants. 

L'ancien président de la droite aux Baléares, José Ramon Bauza, s'est lui aussi servi de Twitter pour prendre la défense des touristes : "Merci beaucoup aux touristes qui utilisent des voitures de location pour visiter le paradis dans lequel nous vivons, revitaliser notre économie !"

La dernière action d'une longue série

Ce n'est pas la première fois que les membres du groupe Arran font parler d'eux. Ils avaient déjà sévi au début du mois de juillet, en accrochant à la vue de tous à Barcelone une banderole sur la "Casa Mila", édifice érigé par l’architecte Antonio Gaudi. Le message : "Tourism kills the city", soit "le tourisme tue la ville". 

"Le tourisme tue la ville", dénonce Arran.
"Le tourisme tue la ville", dénonce Arran. / Arran

En juillet 2017, à Barcelone toujours, près du stade de football Camp Nou, Arran avait pris d’assaut un autocar en taguant son pare-prise et en crevant l’un de ses pneus. Puis, en juillet en 2018, les militants d’extrême-gauche avaient lancé deux bouteilles remplies de fumée sur le toit découvert d’un bus touristique, se félicitant sur Twitter d’avoir interrompu la circulation. 

Le premier adjoint au maire de Barcelone, Gerardo Pisarello, avait qualifié l’action d’ "initiative symbolique" : "c’est l’un des nombreux faits qui se produisent à Barcelone. _Nous devons lancer un débat sur le modèle touristique de la ville_", avait estimé l’édile. 

La politique contre le tourisme de masse

Pas friande de visiteurs, Barcelone ? En 2017, le quotidien britannique The Independent classait la ville catalane parmi les "huit destinations qui détestent le plus les touristes". Lorsque Ada Colau a été élue maire de Barcelone en 2015, avec le soutien du parti Podemos, elle n’a pas mâché ses mots : "Nous ne voulons pas que la ville devienne un magasin de souvenirs bon marché", a-t-elle lâché, en citant Venise comme exemple à ne pas suivre. L’élue avait ensuite bloqué les licences pour la construction de nouveaux hôtels et d’appartements pour les touristes. Quant à Madrid, la ville a carrément déclaré la guerre à AirBnB, en annonçant en mars réguler drastiquement la location temporaire de logements. 

La station balnéaire Benidorm dans le sud de l'Espagne, l'un des emblèmes du tourisme de masse dans le pays.
La station balnéaire Benidorm dans le sud de l'Espagne, l'un des emblèmes du tourisme de masse dans le pays. © AFP / Jose Jordan

Le règne de la "tourismophobie" ?

Au-delà des actions de groupuscules extrémistes, des politiques contre les excès du tourisme, se développe en Espagne ce que le quotidien El Pais qualifie dans un article de "tourismophobie", des initiatives prises par les citoyens eux-mêmes. En 2017, pour protester contre le tourisme de masse, 300 habitants de Palma de Majorque étaient ainsi sortis de chez eux déguisés en touristes et traînant derrière eux de lourdes valises bruyantes. À Madrid, des habitants avaient organisé un enterrement symbolique à la fin du carnaval, pour dénoncer ce qu’ils considèrent être une expulsion de la population locale sous la pression touristique. 

Un rejet du tourisme alimenté par l'affluence toujours plus forte de vacanciers en Espagne. Selon la ministre du Tourisme, le nombre de visiteurs a augmenté de 0,9% en 2018 par rapport à l'année précédente, soit un total de 82,6 millions de touristes : un "nouveau record historique". Le tourisme a rapporté à l'Espagne 89,6 millions d'euros en 2018 et représente "un moteur" de l'économie espagnole et "un secteur qui génère de l'emploi" selon le ministère du Tourisme.

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