La maire de Paris Anne Hidalgo souhaite expérimenter le vote à partir de 16 ans dans des lycées parisiens, en marge des européennes. "Pour de faux", certes, mais dans les conditions du réel. Plusieurs pays ont déjà franchi le pas en passant sous la sacro-sainte barre des 18 ans, mais l'idée a encore du chemin à faire.

Bureau de vote dans un gymnase de Marseille, lors des législatives de 2017
Bureau de vote dans un gymnase de Marseille, lors des législatives de 2017 © AFP / Anne-Christine Poujoulat

Pour Anne Hidalgo, 16 ans, "c'est le bon âge pour prendre de bonnes habitudes en matière de démocratie". Un point de vue qui ne fait pas toujours l'unanimité, l'image de la jeunesse et de ses engagements politiques n'étant pas toujours brillante dans l'esprit de nombreux Français. Après tout, ce n'est que depuis 1974 que les citoyens de plus de 18 ans ont le droit de vote, auparavant il fallait atteindre la barre des 21 ans.

Alors après tout, pourquoi ne pas abaisser encore un peu l'accès à ces droits civiques ? La question se pose depuis plusieurs années maintenant, elle est même une revendication récurrente de syndicats lycéens (comme l'UNL) ou d'hommes politiques, comme Jack Lang, Christophe Girard ou désormais Anne Hidalgo. Si les opposants à cette idée invoquent le taux d'abstention déjà énorme chez leurs aînés (les 18-24 ans avaient en 2017 le plus fort taux d'abstention à la présidentielle), les partisans rappellent qu'à 16 ans, on est déjà considéré comme "adulte" dans des domaines tout aussi sérieux (responsabilité pénale, possibilité d'exercer un emploi, etc.)

Les mobilisations sociales ou politiques de ces citoyens plus jeunes (par exemple contre la réforme du baccalauréat ou contre le réchauffement climatique), démontrent aussi à quel point l'engagement militant des lycéens peut être réfléchi et concret... alors même qu'ils ne peuvent pas voter.

Pourtant, aujourd'hui, la France comme le reste du monde ne semblent pas du tout convaincus par l'idée d'abaisser l'âge de la majorité et de l'accès au droit de vote. Presque tous les pays ont adopté l'âge de 18 ans comme référence, certains très récemment (le Japon, par exemple, a abaissé l'âge du vote à 18 ans en 2016, contre 20 auparavant).

Le droit de vote, catalyseur de l'engagement politique des jeunes ?

Une poignée d'État ont tout de même choisi de passer à 16 ans, même pour les élections importantes, comme l'Argentine, l'Autriche, le Brésil, Cuba, l'Équateur, le Nicaragua... D'autres expérimentent cet âge pour des élections locales ou municipales uniquement (l'Estonie ou la Suisse, par exemple).

Mais pour quel résultat ? Le phénomène est encore très nouveau, mais il est encourageant là où il est expérimenté. En Écosse, où l'on peut voter dès 16 ans depuis 2015, le fait d'avoir le droit de vote semble faire augmenter plus largement la conscience politique des jeunes de 16 et 17 ans : selon Jan Eichhorn, directeur de recherches à l'université d'Edinburgh, ces jeunes "montrent des niveaux substantiellement plus élevés d'engagement à la fois dans la démocratie participative (par le vote) et dans d'autres formes de participation politique (signature de pétitions, manifestations)" par rapport aux jeunes irlandais, anglais et gallois.

En donnant le droit de vote aux jeunes, on encouragerait donc autant leur engagement que leur intérêt pour la politique, écrit Jan Eichhorn : "Ils s'engagent avec un panel bien plus important de sources d'information sur la politique, et démontrent un bien plus grand niveau d'efficacité politique". La solution pour intéresser les jeunes à la politique, c'est peut-être d'obliger la politique à s'intéresser à eux... en tant qu'électeurs.

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