Critiqué par certains de ses confrères mais adulé sur internet, le professeur Didier Raoult est devenu une véritable figure sur les réseaux sociaux en quelques semaines.

Didier Raoult est devenu une personnalité très suivie sur les réseaux sociaux en quelques semaines.
Didier Raoult est devenu une personnalité très suivie sur les réseaux sociaux en quelques semaines. © AFP / Gérard Julien

Le professeur marseillais a suscité d'importants espoirs. Convaincu que la chloroquine permet de traiter le coronavirus après avoir mené un essai sur vingt-six patients, Didier Raoult est devenu en quelques semaines une personnalité médiatique importante, qui fait la une de Paris Match et apparait en deuxième place du baromètre Odoxa sur les personnalités politiques (sic) préférées des Français. Mais c'est surtout sur internet et les réseaux sociaux qu'il est devenu une star, "débordé(e) de mails de soutien", comme il l'explique dans cette vidéo

À travers ses interviews, postées sur la chaîne YouTube de l'IHU de Marseille, les groupes Facebook de soutien et la toute récente création d'un compte Twitter, le médecin infectiologue aux airs de Gandalf séduit les internautes pour sa proposition de traitement mais aussi son attitude, notamment chez ceux qui font le moins confiance aux injonctions gouvernementales. 

Avec cette image à contre-courant, hors des sentiers battus et des médias traditionnels et ses travaux controversés, Didier Raoult est vu "comme un lanceur d'alerte" et séduit au passage les complotistes et les adeptes d'une vérité alternative, comme l'a souligné Libération

Des millions de vues sur Youtube

Les vidéos postées sur la chaîne de l'IHU Méditerranée Infection (70 000 abonnés) montrent la notoriété en ligne gagnée par Didier Raoult ces dernières semaines. Au total, depuis le 14 janvier, une vingtaine de vidéos consacrées au nouveau coronavirus ont été publiées régulièrement sur la chaîne totalisant à elles seules plus de 7 millions de vues, un chiffre considérable, selon le relevé effectué par France Inter jeudi soir. A titre de comparaison, une vidéo qui "marche bien" de Guillaume Meurice totalise 300.000 vues sur Youtube. Avant le début de l'année 2020 et la crise, consécutive, du coronavirus, seulement une petite poignée de vidéos du compte de l'IHU avait dépassé les 1000 vues.

Ces séquences qui durent entre 5 et 15 minutes sont soit des extraits de conférences en amphithéâtre soit des entretiens réalisés dans le bureau de Didier Raoult par un "étudiant en thèse" à l'IHU, Yanis Roussel, selon plusieurs descriptions de vidéos.Deux vidéos comptabilisent à elles seules plus d'un million de vues : "Diagnostiquons et traitons ! Premiers résultats pour la chloroquine" et "Chloroquine: pourquoi les chinois se tromperaient-ils?"

Dans la dernière en date ("Coronavirus : remerciements, toxicité des traitements, mortalité"), Didier Raoult explique ses relations avec le ministre de la Santé et l'exécutif et répond aux reproches qui sont faits à son étude. Par ailleurs, toutes les vidéos récentes produites autour de Didier Raoult semblent bénéficier de cette viralité. 

On peut noter aussi le nombre exceptionnel de visionnages de plusieurs vidéos d'archives dont cette interview datant de 2009, partagée par l'Ina le 25 mars. En deux jours à peine, elle comptabilise plus de 343 000 vues. Cette autre vidéo, d'une interview sur le plateau de C à vous (France 5) qui a plus de deux ans, ne comptabilisait que 45 000 vues en décembre dernier. Elle a depuis enregistré plus de 600 000 visionnages supplémentaires.  

Twitter comme tribune

Il y a quelques jours, un compte Twitter au nom de Didier Raoult a été créé. Ce compte qui apparaît comme certifié cumule déjà à près de 100 000 abonnés. Son premier message date du 24 mars. Ce compte a relayé mercredi  la tribune qu'a signé Didier Raoult dans Le Monde. Il partage aussi des vidéos, et ce tableau montrant que plusieurs états ont "intégré la chloroquine dans leurs recommandations thérapeutique" contre le coronavirus.

L'un des derniers messages en date est un remerciement à Olivier Véran, le ministre de la Santé, qui a autorisé un usage très réglementé de la chloroquine, uniquement en milieu hospitalier, après décision collégiale du corps médical et pour les manifestations les plus graves de Covid-19. 

Au-delà de ce compte tout récent, Didier Raoult a été au coeur de nombreuses discussions comme en témoigne les chiffres fournis par l'outil d'analyse Visibrain, pour France Inter. 

Depuis la mi-mars, le nom du professeur marseillais est remonté à de nombreuses reprises dans les sujets les plus discutés en France. Il a été évoqué dans plus de 600.000 tweets depuis vingt jours, comptabilisant par exemple un pic le 23 mars, en plein débat sur la chloroquine, avec plus de 110 000 tweets comptabilisés. C'est à peu près autant que pour Olivier Véran, le ministre de la Santé.

Soutenu par des groupes Facebook de "gilets jaunes"

Didier Raoult a été assez discret dans les médias depuis le début de la crise sanitaire. Mais si sa parole a un écho certain chez les Français, c'est parce que ses vidéos ont été massivement partagées sur les réseaux sociaux et très commentées, de fait, dans les médias traditionnels. 

Un intérêt difficile à quantifier précisement, même si plusieurs indices nous confirment qu'il est massif:

  • Les deux vidéos de Didier Raoult les plus vues sur le compte Youtube de l'IHU Méditerranée Infection ont été partagées 80 000 fois sur Facebook ;
  • L'analyse des pages et groupes publics qui ont partagé la vidéo la plus visionnée à l'heure actuelle montre qu'une une dizaine de groupes de "gilets jaunes" ont relayé cette vidéo, dont un qui regroupe près de 200 000 personnes ;
  • Cette même vidéo ("Chloroquine : pourquoi les Chinois se tromperaient-ils ?") a été également partagée dans des groupes influents comptant plusieurs dizaines de milliers de membres comme des groupes d'information sur le coronavirus, des groupes proches des Insoumis ou à tendance politique conservatrice, d'autres encore, adeptes des théories complotistes. 

Plusieurs groupes de "soutien" ont également été créés dont l'un ("Didier Raoult VS Coronavirus") qui regroupe près de 300 000 personnes : un chiffre qui concurrence ceux des groupes de "gilets jaunes" les plus populaires en janvier 2019. Un autre groupe ("Soutien au professeur Raoult") regroupe 150 000 membres et une page du même nom 170 000 abonnés. 

La figure de Didier Raoult a également été popularisée à travers de nombreux mèmes, qui raillent son look décalé. Un groupe "Neurchi" (qui fédère des abonnés autour d'un sujet et des contenus générés à ce propos sur la toile) a été créé "en l'honneur du professeur Raoult, messie des temps modernes".  

Et par des élus et des personnalités (plus ou moins recommandables)  

Enfin, s'il n'est pas soutenu par tous ses confrères, Didier Raoult peut se targuer d'avoir le soutien de nombreuses personnalités qui l'affichent sur leurs réseaux sociaux. 

Dans la classe politique, la députée LR des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer, testée positive au Covid-19 et traitée à la chloroquine, lui apporte régulièrement son soutien sur Twitter. Tout comme le maire de Nice qui se trouve dans la même situation: Christian Estrosi a encore récemment invité ses abonnés à consulter le dernier ouvrage de Didier Raoult, publié (dans un timing parfait) cette semaine.    

Le député Rassemblement national Gilbert Collard a aussi apporté son soutien à Didier Raoult, notamment lorsqu'il a dit ne plus vouloir faire partie du Conseil scientifique qui conseille l'exécutif

Le professeur Raoult a également reçu le soutien appuyé d'Eric Cantona : "On l'a traité de charlatan, alors qu'il fait partie des plus grands experts et chercheurs au monde", s'est scandalisé l'ancien footballeur dans une vidéo.  

Le moins recommandable, Dieudonné, a aussi apporté son soutien à Didier Raoult dans une vidéo sur sa chaîne Youtube. Elle a été vue plus de 400 000 fois. L'étude du professeur marseillais a en outre reçu l'écho de plusieurs blogs d'extrême-droite. 

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