Alors que la Ville de Saint-Jean-de-Braye a suspendu "ses relations avec sa jumelle, Tuchów, pour homophobie", d’autres communes françaises, affiliées à ces villes de Pologne proclamées zones "libres de toute idéologie LGBT", se questionnent sur la meilleure manière d’agir contre ce phénomène.

L'église de Vieux Bourg au bord de la Loire et du canal d'Orléans à Saint Jean de Braye (Loiret) en avril 2019.
L'église de Vieux Bourg au bord de la Loire et du canal d'Orléans à Saint Jean de Braye (Loiret) en avril 2019. © Radio France / Anne Oger

Vendredi 14 février, jour de la Saint-Valentin. Mais aussi celui où le conseil municipal de Saint-Jean-de-Braye, commune du Loiret, a pris une décision inédite en France : la fin de ses "relations officielles" avec sa jumelle polonaise Tuchów, située dans une "zone sans idéologie LGBT".  

"Ça nous a profondément choqués. On ne pensait pas forcément que notre ville jumelle pouvait être concernée ", confiait la maire, Vanessa Slimani, au micro de France Inter. Candidate à sa réélection, elle n’a découvert que récemment la décision homophobe votée par les Polonais en mai dernier. "Dans le Loiret, lors de la Seconde guerre mondiale, il y avait des camps d'internement où il y avait des Tziganes et des homosexuels. Ça fait écho."

Alors, au nom des droits de l'Homme, tous les élus du conseil municipal ont voté pour la suspension du jumelage. Une décision accueillie avec joie par la communauté LGBT (Lesbiennes, Gais, Bisexuels, Transgenres) de France, comme GAGL45, Groupe d’Action Gay et Lesbienne à Orléans.

C'est Têtu qui a été parmi les premiers à relayer l'information. Et la commune de la région Centre-Val-de-Loire n'est pas un cas isolé. Quelques jours après l'annonce de Saint-Jean-De-Braye, c’est Nogent-Sur-Oise qui a mis un terme à ses projets d'échanges avec Krasnik, sa jumelle polonaise. 

Au Huffingtonpost, Jean-François Dardenne, le maire nogentais, précise qu'en "attendant une éventuelle réponse du maire de Krasnik, je ne veux pas rompre avec eux." Si la suspension du jumelage venait à se présenter, ce ne sera pas avant le printemps, en conseil municipal. Période d'élections municipales oblige, ce sera aux nouveaux élus de prendre une décision. 

Ces deux communes ne seront peut-être pas les dernières à sauter le pas. En France, d’autres sont jumelles de villes polonaises ayant adopté des résolutions similaires "_contraire aux droits de l’Homme_". Des résolutions qui dénoncent ce qu‘elles appellent "l'homopropagande" : une menace selon elles, pour l'identité polonaise. Cinq autres cités loiretaines sont concernées, mais pas seulement. 

Suspendre le jumelage… ou l’utiliser pour "faire évoluer les mentalités"

Dans le Nord, on retrouve par exemple Estaires (Nord) jumelée avec Wieluń ou Lambres-lez-Douai (Nord) avec Stary Sącz. Selon France 3 Hauts-de-France, aucune d'entre elles n'auraient, pour l'heure, stoppé ses relations avec sa ville jumelée.

Bruno Ficheux, maire d'Estaires, a lui aussi été stupéfait en découvrant ces résolutions polonaises. Sa communauté de communes d'Estaires est jumelée avec celle de Weilun, dans le Centre-Est de la Pologne, elle aussi classée "anti-LGBT". Contacté par France Inter, il se dit atterré par la nouvelle.

Depuis, le maire de cette commune du Nord a essayé d'y voir plus clair sur les politiques prises par Weilun à l'encontre des communautés LGBT. Il savait que des membres d'un parti de droite "pure et chrétienne" avait des sièges au conseil municipal de Weilun. Mais ce qu'il ne soupçonnait pas, c'est que la ville adopterait une telle résolution, le 26 juin dernier.

Pour lui toutefois, pas question de remettre en cause le jumelage : "Ce n'est pas en laissant notre ville jumelle s'isoler qu'on va les amener à changer de point de vue", assure-t-il en soulignant les liens forts établis avec Weilun. "On ne partage pas ce qui a pu y être décidé. C'est en s'ouvrant, en démontrant, qu'on peut changer les choses". 

Pour l'élu nordiste, le jumelage reste en place mais "on va avoir un rôle à jouer", notamment lors de la semaine de l'Europe qu'Estaires accueillera en août 2020. Il compte mettre au programme des tables rondes lors de ce rendez-vous rassemblant Allemagne, Espagne, et bien entendu, la Pologne, sur la question de ces zones discriminantes : "Pour faire évoluer les mentalités".

Autre commune du Nord, Douchy-les-Mines n'avait pas eu vent du tournant pris par Saint-Jean-de-Braye. Elle est jumelée avec la polonaise Mielec, elle aussi dans une zone répertoriée anti-LGBT. "Nous allons les contacter [...] et demander des comptes à notre homologue", assure le directeur de cabinet du maire de la commune. S'il avère que le maire de Mielec assume ses positions anti-LGBT, l'élu douchynois n’exclut pas l'idée de mettre fin au jumelage. "Pour le moment, on veut prendre les bonnes informations, à la source", avant de prendre toute décision.

Cette vague homophobe qui gangrène la Pologne n'est pas un phénomène récent. Elle est soutenue par le parti au pouvoir, PIS, à l'origine de ces résolutions discriminantes. Le 18 décembre denier, le Parlement européen condamnait la Pologne pour avoir établi ces "zones libres d'idéologie LGBT". Dans leur texte "Discrimination publique et discours de haine à l’égard des personnes LGBTI", les eurodéputés demandent à la Commission de "contrôler l’utilisation de tous les fonds de l’UE" et rappellent que "de tels fonds ne doivent pas être utilisés à des fins discriminatoires".

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