L'enseigne de prêt-à-porter française créée en 1968 et célèbre notamment pour ses rayures est menacée de disparaître. Le tribunal doit se prononcer sur sa reprise le 1er juillet prochain. Les candidats ont jusqu'à ce mercredi minuit pour préciser leurs offres.

La boutique principale de Sonia Rykiel, qui abrite aussi le siège de la maison de haute-couture, boulevard Saint-Germain, à Paris
La boutique principale de Sonia Rykiel, qui abrite aussi le siège de la maison de haute-couture, boulevard Saint-Germain, à Paris © Getty / Bertrand Rindoff Petroff / Contributeur

"Madame Rykiel, c'était quelqu'un. Une icône. Mais une icône accessible, proche des gens. Et sans doute qu'elle serait bien triste de voir où on en est aujourd'hui."

Marie, qui travaille depuis trente-sept ans et demi pour la marque, parle de ses années Rykiel avec des étoiles dans les yeux, mais aussi un peu d'amertume. Depuis 2012 et la cession de 80 % de l'enseigne à un fonds d'investissement hong-kongais, l'esprit n'est plus le même : "Il n'y a plus la touche Sonia Rykiel. Le travail sur la maille n'est plus le même. Les couleurs n'ont plus rien à voir",  déplore Marie. "Avant, une femme qui sortait d'une de nos boutiques était reconnaissable entre mille, là non."

Ce changement de stratégie brutal serait à l'origine des difficultés que rencontre aujourd'hui la marque, selon les salariés. "Madame Rykiel voulait des produits accessibles, faciles à mettre", explique Norbert, chef d'atelier au siège historique de Saint-Germain des Près. "Mais les nouveaux actionnaires ont voulu monter en gamme, proposer du luxe. Les clients n'ont pas suivi." Résultat, en sept ans : un chiffre d'affaires divisé par deux (de 80 millions lors du rachat, il était de 35 millions l'an dernier).

Éviter le "fashion faux-pas"

"À l'époque, on avait une personne pour nous diriger, qui n'hésitait pas à décrocher son téléphone à 21h, le samedi soir pour voir si tout allait bien", se souvient avec émotion une employée depuis 20 ans. "On a voulu transformer une entreprise familiale en un groupe international et les investisseurs, en cours de route, ont perdu de vue ce qu'était l'ADN de notre belle maison. C'est un énorme gâchis."

Reste l'espoir pour les 133 salariés : dix offres de reprise sont sur la table. La meilleure prévoit, pour l'instant, de reprendre 89 personnes. La moins-disante, jugée sérieuse, permettrait de ne sauver qu'une trentaine d'emplois. "Si peu, ce serait inadmissible", prévient déjà une salariée qui parle de "patrimoine" et appelle à ne pas dilapider le savoir-faire unique de cette maison.

Officiellement, les repreneurs potentiels ont jusqu'à minuit, ce mercredi, pour peaufiner leur offre. À moins qu'un candidat de dernière minute ne sorte du bois. Légalement, il en aurait le droit mais il doit se dépêcher.

Dans le pire des scénarios, la liquidation reste une menace qu'Andrea, la trentaine, embauchée en 2015, ne peut imaginer tant Sonia Rykiel a fait pour les femmes : "L'effacer du monde de la mode, ce serait vraiment un fashion faux-pas."

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