Racheté en 2014 par des proches du Président Erdogan, le club de Basaksehir, champion en titre en Turquie, ambitionne d'écraser les trois historiques d'Istanbul qui incarnent une alternative plutôt qu'une véritable opposition politique.

Le club de Basaksehir, champion en titre en Turquie, est le club vitrine du pouvoir en Turquie
Le club de Basaksehir, champion en titre en Turquie, est le club vitrine du pouvoir en Turquie © AFP / Anadolu Agency / Isa Terli

"Le PSG et Monsieur Nasser sont des amis" : ce sont les mots d'apaisement du président du club turc d'Istanbul Basaksehir qui reçoit mercredi soir le PSG pour la 2e journée de phase de groupe de la ligue des Champions. Un déplacement sensible en pleine crise diplomatique entre Paris et Ankara. D'autant qu'en Turquie et particulièrement à Istanbul, le football est éminemment politique. 

Basaksehir, justement, champion en titre, est considéré comme le club vitrine du pouvoir de Recep Tayip Erdogan, lui-même ancien footballeur de bon niveau. Des maillots orange, couleur du parti au pouvoir, un dirigeant marié à la nièce d'Erdogan, un stade flamboyant construit par un très proche du pouvoir : depuis son rachat en 2014 par des proches du Président, Basaksehir est le club censé rayonner sur Istanbul et rallier au pouvoir les fans de football du pays.

"Bien sûr, il y a la réussite sportive" reconnaît Daghan Irak, sociologue du sport spécialiste du football en Turquie. "Mais l'objectif du régime n'était pas de créer un club à succès sportif mais un club qui peut remplacer les trois autres". Sauf que sur ce plan-là, c'est un échec, avec une affluence moyenne de 3 000 personnes dans le stade. "Les gens ne sont pas très volontaires à changer leur choix de club, même Monsieur Erdogan est supporter de Fenerbahce" ajoute Daghan Irak. 

Fenerbahce, Galatasaray et Besiktas, les trois grands clubs, nés dans les quartiers laïcs d'Istanbul. "Modernité et esprit laïque se retrouvent dans la culture et les pratiques des supporters" confirme Daghan Irak, "la consommation d'alcool est autorisée voire répandue". Dans les tribunes, certains supporters chantent parfois des hymnes kémalistes et sifflent le président. Certains étaient même impliqués dans la révolution manquée de 2013. "Mais on ne peut pas pour autant les qualifier de clubs d'opposition car, dans les autres villes de Turquie et dans les diasporas, ils ont beaucoup de supporters conservateurs"

D'autant que les présidents de ces trois clubs, eux, peuvent difficilement se montrer clairement hostiles au pouvoir. "Le président de Fenerbahce par exemple est un homme d'affaire très connu en Turquie" explique encore Daghan Irak, "il a des projets avec le gouvernement tout en ayant une approche un peu critique donc c'est un jeu d'équilibre". Les présidents de clubs qui ont accepté après la révolution manquée de 2013, la mise en place d'un pass électronique obligatoire pour rentrer dans les stades stambouliotes, "un fichage déguisé" dénoncent depuis leur supporters.

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