Lors de son voyage à Cuba en mars dernier, Barack Obama a assisté à un match de baseball. Un choix qui a pu paraître anecdotique voire étonnant, mais qui ne l'était sûrement pas.

L'emblème de l'équipe nationale cubaine
L'emblème de l'équipe nationale cubaine © Reuters / Jonathan Ernst

Si je vous dis : "Cuba" ? Vous risquez de me répondre : "salsa", "cigares", "Guevarra", "Castro" voire "Guantanamo" ou "Baie des cochons", mais sans doute pas baseball ! Et pourtant…

On peut affirmer sans trop exagérer que Cuba possède la meilleure équipe amateur du monde. Une équipe qui affiche un très joli palmarès : 25 titres mondiaux et trois titres olympiques.

Du baseball au béisbol

Sans que l'on en ait la certitude absolue, il semble que le baseball ait été "ramené" à Cuba dans les 60 (1860) par deux étudiants cubains qui avaient fait leurs études aux Etats-Unis.
Ce sport ne s'impose et ne se structure qu'une dizaine d'années plus tard avec Esteban Enrique Bellan, premier joueur cubain à évoluer en ligue majeure aux États-Unis. De retour à Cuba en 1874, c'est lui qui met en place les premiers clubs à la Havane et à Mantanzas.
Troisième grand personnage de la genèse du baseball cubain : Habanero Emilio Sabourin. Il est d'abord joueur, puis créé la Liga de Béisbol Profesional Cubana et est à l'origine du premier championnat qui se déroule durant l'hiver 1878-1879.

L'équipe de La Havane en 1914
L'équipe de La Havane en 1914 © Getty

Au début du XXe siècle, Cuba devient une destination privilégiée pour les équipes américaines. Le soleil, mais aussi la possibilité d'échapper un temps à la politique de prohibition en vigueur aux États-Unis, expliquent sans doute cette exportation du "spring training".

Lorsque la première ligue professionnelle est créée par Carlos Ayala, dans les années 1950, Cuba compte une dizaine d'équipes dont les Sugar Kings de La Havane qui évoluent dans leur stade qui s’appelle alors el Gran Estadio de la Habana.

C'est là qu'en avril 1954, les Havana Sugar Kings rencontrent les Toronto Maple Leafs, en match d’ouverture de la saison de l’International League. A la fin du match, l’ambassadeur des Etats-Unis à la Havane, Arthur Gardner, prononce cette phrase :

La présence cubaine dans le baseball n’est pas seulement bonne sur le plan sportif, elle l’est aussi pour les relations inter-américaines.

Et en effet, pendant quelques années, le club de la Havane va envoyer régulièrement de jeunes talents cubains jouer dans les meilleurs clubs de la Ligue Américaine de Baseball (MLB).

Fidel castro donnant le coup d'envoi du traditionnel match d'ouverture de l' International League le 20 avril 1960
Fidel castro donnant le coup d'envoi du traditionnel match d'ouverture de l' International League le 20 avril 1960 © Sipa

Mais l'Histoire va rebattre les cartes

En juillet 1960, alors que Fidel Castro a pris le pouvoir à la Havane, et que le propriétaire des Sugar Kings, Bobby Maduro, lui a affirmé (les yeux dans les yeux !) que l'équipe resterait à La Havane, il décide de rapatrier tout le monde (en catimini) à Jersey city. Et les Sugar Kings deviennent les Jerseys.

Fidel Castro fut consterné et accusa les Etats-Unis d’outrepasser "toutes les règles du fair-play".

L'année suivante, la ligue cubaine fut profondément transformée et le statut professionnel abandonné.

Le match auquel a assisté Barack Obama lors de sa visite à Cuba en mars dernier, entre l’équipe de Major League américaine des Tampa Bay Rays et une équipe nationale cubaine, était donc tout sauf anodin.
Les explications de Frédéric Carbone

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