Les Mondiaux de biathlon se déroulent à Pokljuka (Slovénie) et pour la première fois sans celui qui a incarné ce sport pendant une décennie : Martin Fourcade, quintuple champion olympique, a pris sa retraite en mars dernier. Comment le biathlon français gère-t-il l’après-Fourcade, sportivement et médiatiquement ?

Martin Fourcade à Paris en septembre 2020
Martin Fourcade à Paris en septembre 2020 © AFP / Joel Saget

C’est Émilien Jacquelin qui a le mieux résumé ce sentiment qui a traversé l’équipe de France au moment de reprendre l’entraînement au printemps dernier : il faut faire le "deuil" de Martin Fourcade. Fourcade, c’est un palmarès exceptionnel avec notamment cinq médailles d’or aux Jeux Oympiques, sept Coupes du Monde et onze titres mondiaux sur le plan individuel (à égalité avec la légende norvégienne Ole-Einar Bjoerndalen). 

"Un réel engouement même sans Martin", Simon Desthieux

Le maître de la discipline n’est plus là et la vie continue sans lui. Ce n’est pas très grave, détaille Simon Desthieux qui a décroché l’argent sur le sprint vendredi. "Clairement, je fais du biathlon parce que j’aime ce sport, j’aime le dépassement de soi", explique celui qui est désormais l’un des doyens de l’équipe de France. "De toute façon, le biathlon en France est en pleine expansion, les chiffres des télés augmentent, il y a un réel engouement pour le biathlon et ça fait plaisir, même sans Martin."

Martin Fourcade est celui qui a sorti le biathlon de l’ombre. Avec lui, il est devenu un sport médiatique et la chaîne l’Équipe réalise ses meilleures audiences avec les courses de coupe du monde. Même cette saison, sans Fourcade, les téléspectateurs sont toujours présents. "On s’est posé la question, si le départ de Martin Fourcade aurait un impact et la réponse est non", se réjouit la commentatrice du biathlon sur la chaîne sportive Anne-Sophie Bernadi. "Ça n’a eu aucun impact sur les audiences de la chaîne l’Équipe. Elles sont très bonnes, voire meilleures. En semaine, les courses font 650 000 téléspectateurs. Le week-end, on est à 900 000 téléspectateurs. Surtout, nos émissions avant, entre deux courses et après courses progressent, même sans Martin Fourcade."  

Pour la première depuis dix ans, les mondiaux de biathlon se déroulent en Slovénie sans Martin Fourcade qui a pris sa retraite en mars dernier après une décennie au plus haut niveau
Pour la première depuis dix ans, les mondiaux de biathlon se déroulent en Slovénie sans Martin Fourcade qui a pris sa retraite en mars dernier après une décennie au plus haut niveau © Radio France / Jérôme Val

Moins de podiums, certes, mais c'était attendu

C’est Quentin Fillon-Maillet qui a repris le flambeau du chef de file des Bleus. Et la pression est lourde sur les épaules du Jurassien qui a fini troisième des deux dernières Coupes du Monde. Mais la retraite de son aîné a été plutôt bien gérée. "Il nous a protégé médiatiquement de par ses résultats et sa médiatisation dans les années passées mais la transition a été douce", raconte celui est surnommé le "Morbac" pour sa capacité à ne rien lâcher. "J’ai commencé à avoir de bons résultats, voire de très bons résultats et je n’ai pas eu une vague de médiatisation qui est arrivée du jour au lendemain. Les choses se sont faites petit à petit, depuis trois ans environ. J’ai eu le temps de m’adapter à cette nouvelle situation."

"On l'avait dit, qu'il y aurait moins de podiums cette saison" (Vincent Vittoz, coach de l'équipe de France masculine)

Restent les résultats de l’équipe de France : en-deçà de ce qu’ils étaient les années précédentes (avec une seule médaille d’or en individuel cette saison). Mais rien de plus normal pour l’entraîneur de l’équipe masculine. "On n’est pas si en retard que ça", tempère Vincent Vittoz. "Il fut savoir que Martin Fourcade nous apportait les années passées énormément de podiums. Il n’est plus là et on se rend qu’il y a encore beaucoup de bons résultats. On l’avait clairement dit cet automne, qu'il y aurait moins de podiums cette saison. Mais on est déjà sur une belle dynamique et on peut envisager ces championnats du monde avec de la confiance."

Fourcade était aussi celui qui savait rivaliser avec la Norvège, nation numéro 1 du biathlon ("ils sont au ski de fond ce que les Brésiliens sont au football", résume Emilien Jacquelin). Cette saison, peu d’obstacles semblent pouvoir arrêter les Norvégiens mais les Français ne sont jamais avares en bonnes surprises.