Christophe Lemaitre
Christophe Lemaitre © Radio France / franck ballanger

Christophe Lemaître a traversé ces mondiaux de Pékin comme une ombre. L’ombre du champion qu’il a été. Eliminé en ½ finales du 100 et du 200 mètres, l’ancien Kid d’Aix-les-Bains compte sur le relais, aujourd’hui, pour sauver sa compétition. En sport, seul le résultat compte : le mérite n’existe pas ! Pourtant, il le mériterait…

Christophe Lemaître a progressé ! Désormais, il arrive à parler en public, s’exprime même en anglais devant la presse étrangère, mais malgré toute la bonne volonté qu’il semble y mettre, l’aixois n’est jamais aussi bien que lorsqu’il est chez lui , seul ou accompagné, devant son écran de télé, à jouer à un jeu électronique. L’univers virtuel des ses jeux lui convient visiblement beaucoup mieux que la "vraie vie" , celle ou il faut parler, commenter, juger ou échanger. Parce que Christophe Lemaître est un garçon de peu de mots, un spécimen rare qui pourrait passer son temps à jouer… ou à courir. Il en a fait son métier, au moins pour ce qui concerne la course à pied, mais avant qu’il ne devienne un champion, ses "camardes", à l’école ou dans la rue, ont pris beaucoup plus de plaisir à se moquer de lui qu’à essayer de le comprendre et l’apprécier.

René Auguin, l'agent du sprinteur français, au micro de Franck Ballanger, raconte la passion de Christophe Lemaitre pour les jeux vidéos. "Il en est fou"

Lorsqu’il parle, le haut savoyard parle vite : il agite le cheveu qu’il a sur la langue à vitesse grand V, presque aussi vite qu’il bouge ses grands compas dans le virage d’un 200 mètres ou sur une ligne droite. Christophe Lemaître aime la vitesse… et depuis toujours !

En 2010, alors qu’il n’a que 20 ans, il devient le Kid d’Aix-les-Bains, en battant le record de France du 100 mètres détenu jusque là par Ronald Pognon (9.99). En 9 secondes et 98 centièmes, il devient surtout le premier blanc à descendre sous la barre des 10 secondes. Un drôle de titre de gloire qui l’aura toujours agacé, mais qui a fait de lui une vedette dans de nombreux pays comme le Japon ou la Russie. A ce moment là, une gloire aussi soudaine qu’étrange lui tombe littéralement sur le coin du nez et il ne sait pas trop quoi en faire, ne cessant de répéter qu’il n’est un sprinter blanc, seulement un sprinter… Sauf que dans le même temps, il enchaîne les performances de premier plan et l’enthousiasme qui l’entoure ne se tarit pas, bien au contraire.

Christophe Lemaitre
Christophe Lemaitre © Radio France / franck ballanger

En ce même été 2010, à Barcelone, il devient le premier athlète à remporter les titres du 100 m (10 s 11), du 200 m (20 s 37) et du relais 4 fois 100 m (38 s 11) pendant les mêmes championnats d’Europe. La "Lemaître Mania" atteint des sommets, mais le climax n’arrive qu’un an plus tard, en 2011, à Daegu, lors des championnats du monde. En Corée du Sud, la nouvelle star prend le bronze du 200 mètres derrière sa majesté Usain Bolt et l’américain Walter dix en 19 secondes et 80 centièmes, nouveau record de France, à 7 centièmes seulement du record d’Europe. Juste avant, sur 100 mètres, il avait déjà pris la 4ème place, le meilleur résultat d’un français dans des championnats du monde sur la reine des courses. Il termine en plus ces championnats du monde sur une médaille d’argent avec ses collègues du relais 4 fois 100 mètres. N’en jetez plus ! La coupe déborde… En deux ans, Christophe Lemaître est devenu un personnage important du sport français, une valeur sûre, un athlète "bankable" qui perçoit plusieurs dizaines de milliers d’Euros pour courir dans les meetings.

Mais après cet été rêvé, El Maestro comme ses amis le surnomment depuis son triomphe espagnol, ne progresse plus. Il ne progressera d’ailleurs plus . A partir de la fin de la saison 2012, un peu comme si la source s’était tarie, Christophe Lemaître n’y arrive plus. Il remporte bien encore quelques médailles, mais l’or le fuit. Et puisque cela coïncide avec l’avènement de Jimmy Vicaut, Christophe Lemaître passe lentement de la lumière à l’ombre.

René Auguin
René Auguin © Radio France / Xavier Monferran

Ce changement n’est pas pour lui déplaire, mais dans un pays à la culture sportive plutôt limitée, un athlète qui a gagné… mais qui ne gagne plus perd beaucoup de son intérêt. Alors Christophe Lemaitre n’intéresse plus grand monde en dehors du cercle très fermé de l’athlétisme . Il a pratiquement déjà été rangé dans la catégorie des « hasbeen », ceux dont l’heure est passée, ce qui est quand même assez rude quand on a tout juste 25 ans. Rude et injuste ! Parce que s’il ne progresse plus, le kid d’Aix les Bains court toujours. Pour certains, d’ailleurs, dont René Auguin, son agent, il va bien finir par rebondir. Les autres se posent des questions, c’est évident, mais affirment surtout que pour grandir, le quadruple champion d’Europe va devoir partir, quitter la Haute Savoie et Pierre Caraz, son entraîneur de toujours. S’en aller pour s’envoler. Facile à dire…

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