Ce sont désormais des écologistes qui gèrent de grandes villes comme Marseille, Bordeaux ou Lyon. Quelle sera leur politique vis-à-vis des grands clubs sportifs qui font aussi leur renommée. Mettront-ils les grands clubs au régime vert, avec moins d'argent ? Les dossiers sont déjà sur leurs bureaux.

Le stade Matmut/Atlantique à Bordeaux, vu de l'extérieur
Le stade Matmut/Atlantique à Bordeaux, vu de l'extérieur © AFP / ARNAUD BERTRANDE

Jusqu'à présent, les écologistes étaient présents dans des villes moyennes, comme Grenoble. Mais au terme des élections municipales, ils sont désormais aux commandes de très grandes villes. Ils vont donc devoir accompagner plusieurs clubs emblématiques de football ou de rugby, avec des modèles économiques complexes, et fragilisés par la crise du Covid-19.

C'est le cas à Lyon, Bordeaux ou Strasbourg, des villes qui comptent plusieurs clubs de sport professionnel. Faut-il s'attendre à une certaine défiance de ces municipalités envers le sport pro ? Par le passé, par exemple avant l'Euro 2016, EELV s'est mobilisé contre la construction de grands stades : jugés inutiles, trop chers et néfastes pour l'environnement.

En réalité, les écologistes ne sont pas fondamentalement opposés au sport professionnel. Il n'y a pas de position dogmatique sur le sujet. Ce sont en fait les dérives du sport business qui posent problème aux élus écologistes. Et à en croire, Nicolas Kssis Martov, journaliste pour le magazine "So foot", les dossiers vont très vite arriver sur leurs bureaux, car désormais ils vont gérer de grandes villes, celles qui disposent de grands clubs, ceux-là même qui structurent le sport français. "Ils portent des problématiques fortes, sur les questions économiques, d'infrastructures, sur la place des supporters aussi, ça demande des connaissances. Je ne doute pas qu'ils en aient" explique le journaliste.

Dans le viseur des élus verts en particulier : les partenariats publics/privés, qui leur donnent de l'urticaire. Ces partenariats permettent aux collectivités de construire sans s'endetter, mais revers de la médaille, pendant vingt ou trente ans les villes doivent payer des loyers aux entreprises privées qui assurent la gestion des équipements.

À Marseille, le stade Vélodrome asphyxie les finances de la ville

À Marseille, où l'écologiste Michèle Rubirola est arrivée en tête dimanche, le dossier chaud sera la rénovation du stade Vélodrome, effectuée grâce à un partenariat public/privé. C'est un gouffre financier. Comment gérer ça dans une ville où l'OM est plus qu'une institution, presque une religion ? Le nouveau maire ne pourra pas passer à côté de cet épineux dossier, sous peine d’asphyxier les finances de la ville. Il y a aussi par exemple cette offre de rachat d'un milliardaire saoudien pour le club, c'est le type de sujets où la municipalité doit donner son avis, même si elle n'a pas le dernier mot. Quelle est la position des Verts dans ces cas-là ? Ils auront à inventer ici leur manière d'agir.

À Bordeaux, un stade et un président de club encombrants

À Bordeaux, où Pierre Hurmic a été élu, la priorité est la rupture du contrat de partenariat public/privé du Matmut Atlantique. C'est un stade de 42.000 places, inauguré en 2015, en périphérie de la ville. Le montage financier s'y avère très gourmand en deniers publics. Stéphane Pfeiffer, co listier de "Bordeaux Respire" évoque l'hypothèse de "le vendre, pourquoi pas, au club des Girondins de Bordeaux, pour qu'ils le gèrent de A à Z". Il rappelle qu'à Bordeaux la population augmente rapidement et "les équipements publics n'ont pas du tout suivi". Vendre le stade permettrait donc d'économiser 3 millions d'euros chaque année, "que nous pourrions investir dans l'entretien des équipements existants". Le partenariat public/privé signé par la précédente majorité bordelaise avec la société SBA court jusqu'en 2045.

Autre dossier, déjà sur le bureau du nouveau maire : Pierre Hurmic a demandé à l'actionnaire américain des Girondins de se séparer du président du club. Celui-ci est en conflit depuis des mois avec les supporters, qui lui reprochent d'oublier les valeurs familiales du club et dénoncent une marchandisation.  Le maire a déclaré que la situation sur le dossier des Girondins était "grave". "Un club ne peut pas se permettre le luxe de se mettre à dos le principal club de supporters et de les traiter avec un tel mépris et une telle arrogance, avec des menaces de peines pénales", a-t-il estimé. Pierre Hurmic est ainsi directement entré dans la mêlée.

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