Depuis le début du deuxième confinement, les activités nautiques sont interdites. Une mesure justifiée par la lutte contre la propagation du coronavirus mais incomprise des pratiquants, notamment des surfeurs qui continuent d'aller à l'eau, malgré les risques d'amende.

Des surfeurs bravant l'interdiction d'aller à l'eau ce dimanche aux Sables d'Olonne
Des surfeurs bravant l'interdiction d'aller à l'eau ce dimanche aux Sables d'Olonne © Radio France / Fanny Lechevestrier

Les règles sanitaires passent de plus en plus mal auprès des pratiquants, en particulier chez les surfeurs, très mobilisés, sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #rendeznouslamer, depuis le début du deuxième confinement, le 30 octobre dernier. Un collectif national pour la pratique des activités nautiques a même été lancé sur Facebook. Ils ne comprennent pas pourquoi on a le droit de courir, même sur la plage, mais pas de pratiquer une activité nautique, exception faite des professionnels et des sportifs de haut niveau. Et ils sont nombreux depuis deux semaines à braver l’interdiction d’aller à l’eau.

"On nous voit comme des rebelles, c'est un peu ridicule. On peut aller sur la plage mais on ne peut aller surfer."

Ainsi, il suffit de passer quelques heures sur la Grande-Plage des Sables d'Olonne pour voir plusieurs pratiquants se jeter à l'eau. Ni les grandes marées, ni un vent violent, ni même la pluie ce dimanche, n'ont réussi à dissuader les surfeurs rencontrés ce jour-là. Impossible de résister, "l'eau, c'est mon élément", nous explique Quentin, qui ne voit pas quels risques peuvent prendre les surfeurs, évoluant loin les uns des autres : "On est considéré comme des rebelles, on est des hors-la-loi, c'est un peu ridicule tout cela... On peut aller sur la plage mais on ne peut pas aller surfer ! Moi, aller dans l'eau me fait du bien, je passe ma vie dans l'eau. _C'est le seul endroit aujourd'hui où on peut déconnecter de cette réalité-là_". "On ne comprend pas", ajoute-t-il, "on a plus de chances de choper le virus dans un supermarché, entassés, que là, dans l'eau salée".

L'impression que toutes les décisions sont prises de Paris, sans consulter le terrain

Un peu plus loin, sur la jetée, Gaël prépare sa planche à voile. Moniteur aux sports nautiques sablais, il a le droit en tant que professionnel d’aller à l’eau mais ne comprend pas non plus l’interdiction pour tous les autres. Il déplore une méconnaissance du milieu nautique : "Je suis attristé de cette situation parce que les surfeurs et les planchistes comme nous, on se maintient à distance. Dehors, on n'est vraiment pas en zone de contact. _Je pense que ce sont des décisions qui viennent de Paris mais pas du tout adaptées à la réalité des territoires_. Il y en a qui ont le droit de courir. Et bien nous, c'est la planche à voile, c'est pareil".

En novembre, seuls les surfeurs et planchistes expérimentés vont à l'eau, à bonne distance les uns des autres
En novembre, seuls les surfeurs et planchistes expérimentés vont à l'eau, à bonne distance les uns des autres © Radio France / Fanny Lechevestrier

Le sentiment que tout est imposé, sans aucune concertation avec les professionnels, on l’entend beaucoup ce jour-là sur la Grande-Plage des Sables d'Olonne. C'est ce que pense par exemple, Patrice, 53 ans, il fait partie de ceux qui ont manifesté pour avoir accès à l'océan le 7 novembre dernier et compte poursuivre la mobilisation jusqu'à obtenir gain de cause. S'il nous dit respecter la règle du 1 km/1h de sport, en revanche, avec l’océan au pied de chez lui, il ne renoncera pas à surfer, quitte à prendre une amende de 135 euros. "Est qu'on peut enfreindre une loi stupide ?" s'interroge-t-il tout haut, s'agaçant du motif mis en avant pour expliquer l'interdiction des activités nautiques durant le confinement : "Le prétexte officiel est de dire que l'on pourrait grossir les admissions aux urgences. Mais on est l'hiver, tous ceux qui pratiquent à cette période de l'année sont expérimentés. Moi, dans mon entourage, il y a très peu d'accidents voire pas du tout. On ne comprend pas du tout cette injustice par rapport, par exemple, à des joggeurs du dimanche qui se mettent à courir tous les jours maintenant alors qu'ils ne courent pas habituellement. Le risque, il est plutôt chez eux que chez nous ! On ne risque pas plus de grossir les urgences qu'un cycliste ou qu'un automobiliste qui prend tous les jours sa voiture pour aller travailler." 

Et quand on lui fait remarquer qu'il y a peut-être une forme d'égoïsme à vouloir à tout prix aller surfer, la réponse fuse : "Nous, les surfeurs, on n'est pas plus cons que les autres, on est responsable, on a des enfants, des familles, des parents âgés, il n'est pas question de faire n'importe quoi, on n'est pas déconnecté de la réalité. Il aurait été intéressant que les décisions soient prises par des gens de terrain. Là, si les gens deviennent dépressifs parce qu'ils ne peuvent pas faire de sport ou si un infirmier qui a l'habitude de surfer n'a plus un moment pour décompresser, comment sera-t-il le lendemain au boulot ?

La pratique au nom de la santé psychique

Certains médecins de la région ont d'ailleurs sollicité leur maire pour essayer d'assouplir la législation en mettant en avant le fait que le surf était bien plus qu'un sport mais "une culture du bien-être" et en priver les surfeurs revenait à les fragiliser psychologiquement. Et Patrice, qui se sent stigmatisé en tant que surfeur, de s'interroger sur les prochaines mesures sanitaires prises par le gouvernement : "que va décider le gouvernement pour les stations de ski ? Est-ce qu'ils vont interdire tout le monde de skier et aux stations d'ouvrir ? J'attends de voir cela".

Un surfeur seul à l'eau ce dimanche aux Sables d'Olonne
Un surfeur seul à l'eau ce dimanche aux Sables d'Olonne © Radio France / Fanny Lechevestrier

Quant aux contrôles de police, il n’y en a pas eu cet après-midi-là sur la Grande Plage des Sables d’Olonne. Après une heure à l’eau, tout le monde est rentré chez soi.

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