Alors que la coupe du monde féminine 2019 débute ce vendredi 7 juin, France Inter est allé à la rencontre des "pionnières de Reims", un groupe d'une quinzaine de femmes qui ont introduit le football féminin en France, il y a un peu plus de 50 ans.

Ghislaine Royer Souëf était gardienne et défenseuse dans l'équipe des "pionnières de Reims", en 1968.
Ghislaine Royer Souëf était gardienne et défenseuse dans l'équipe des "pionnières de Reims", en 1968. © Radio France / Cédric Lang-Roth

La France s'apprête à accueillir, à compter du 7 juin, la 8eme édition de la coupe du monde féminine de football. Car le sport roi sur la planète entière s'est féminisé très tard. En France, il existait bien des équipes au début du XXeme siècle, mais elles ont été interdites sous le régime de Vichy. Et ça n'est qu'en 1968, à Reims, qu'une nouvelle équipe féminine a vu le jour.

L'idée naît en fait dans la tête de Pierre Geoffroy, journaliste à l'Union, le quotidien régional de la Marne. Tous les ans, il organise un tournoi et cherche des "attractions" pour faire venir du public. Il y a eu notamment des combats de catch de lilliputiens et, pour la troisième édition de sa kermesse, Geoffroy, avec son ami Richard Gaud, a une nouvelle idée. Ce dernier raconte : "Une idée a jailli : et si on faisait un match exhibition de football féminin ? Ça a marché tout de suite."

Une exhibition qui leur met l'eau à la bouche

Une quinzaine de femmes, âgées de 15 à 35 ans, se présentent au rendez-vous. Pour la plupart des sportives, qui jouent déjà au handball ou au basket, et qui font du football avec leurs frères. Parmi elles, Ghislaine Royer Souëf, alternativement gardienne de but, défenseuse et ramasseuse de balles. "Deux mois après, on fait notre premier match, en lever de rideau de la rencontre Reims-Valenciennes, à l'occasion du tournoi du journal l'Union", se souvient-elle.

Normalement, l'histoire est sensée s'arrêter là. Mais les joueuses en ont décidé autrement, comme le raconte Richard Gaud : "À la fin du tournoi, avec Pierre, on leur dit 'Mesdemoiselles, merci, c'était bien, on est content de vous avoir entraînées'. Et ces jeunes filles nous répondent : 'Ah non, pas question ! On veut continuer'."

Voilà donc le point de départ de cette aventure qui va durer une dizaine d'années, toujours sous la houlette de Pierre Geoffroy, décédé en 1994. Grâce à son réseau et son entregent, il va permettre à l'équipe de participer à de nombreux tournois, un peu partout dans le monde. Une période inoubliable pour Ghislaine Royer Souëf : "La première année, nous sommes parties en Tchécoslovaquie, en Angleterre, en Italie. La deuxième, ce sont les États-Unis. Rendez-vous compte, c'est nous qui avons amené le football féminin aux États-Unis, et maintenant elles sont championnes du monde !"

La fédération française, d'abord réticente à reconnaître le football au féminin, ne peut que constater l'essor de la discipline. La reconnaissance officielle intervient en 1970, le premier match de l'équipe de France en tant que telle un an plus tard. Un premier pas, car il faut préciser que les joueuses ne sont pas payées pour leurs prestations et participent aux tournois sur leurs congés personnels. "On a ouvert le chemin, s'exclame Ghislaine Royer Souëf. J'espère que la route ira au bout du monde !"

Plus de 50 ans après ces faits, l'assureuse à la retraite s'apprête à vivre une coupe du monde à la maison. Reims est l'une des neuf villes-hôtes, eu égard à cette histoire. Ghislaine Royer Souëf sera d'ailleurs bénévole au stade Delaune. Là où, pour elle, tout a commencé. Quant aux Bleues version 2019, la pétillante sexagénaire est très claire : "Faut pas me demander à moi : moi je les vois finalistes. Et elles gagnent !"

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