Avec le Mexique, la Suisse ou le Sénégal, le Japon fait partie de ces équipes peu attendues dont un éclat de génie pourrait bien surprendre les favoris du mondial russe. Focus sur une nation méconnue du foot où le ballon rond est roi et les espoirs d'accéder un jour à une phase finale de Coupe du monde bien présents.

Les Samourais bleus espèrent franchir cette année le cap des poules. Une performance qu'ils n'ont pas réalisé depuis 2010.
Les Samourais bleus espèrent franchir cette année le cap des poules. Une performance qu'ils n'ont pas réalisé depuis 2010. © Masanori Inagaki

Faites le test autour de vous. Quand il est question de sport et du Japon, référence est souvent faite aux arts martiaux ou à la gymnastique. Rarement, voire jamais, au football. Pourtant, les bien nommés "Samouraïs bleus" aborderont mardi contre la Colombie leur sixième phase finale de Coupe du monde consécutive. Sans parler de leurs homologues féminines, championne du monde en 2011 et finalistes de la plupart des grands rendez-vous de la dernière décennie.

Au pays du Soleil-Levant, nation émergente du football, les résultats en perte de vitesse tendent malheureusement à faire oublier son potentiel. 

Investissements massifs et formation : le football japonais voit grand 

Le temps où les équipes asiatiques étaient absentes des grands rendez-vous mondiaux et moquées de leurs homologues européens parait bien loin. A l'instar de la Corée du Sud, l'équipe nippone a connu un réel essor depuis la fin des années 1990. Depuis, l'archipel n'a eu de cesse de témoigner son engouement pour se sport importé au XIXe siècle par les expatriés britanniques. Un intérêt suscité notamment par l'organisation de la Coupe du monde en 2002 et l'émergence du championnat, la J-League (JFA), où la ferveur du public n'a rien à envier à celle des tribunes de Ligue 1. 

Pour Nabil Boubata, rédacteur en chef de Nippon Gambare, le principal site francophone qui traite de l'actualité du football au Japon, l'éclosion du football japonais est principalement liée à la politique volontariste de la Fédération : "Au Japon, le sport a une place très importante dans les universités et beaucoup de joueurs aujourd'hui professionnels se sont fait repérer lors du championnat national des lycées et universités de football." De nombreux plans ont par ailleurs été mis en place par la JFA pour promouvoir le ballon rond auprès des plus jeunes. L'objectif premier étant de les détecter et de les initier le plus tôt au haut-niveau. 

Le joueur est habitué dès les catégories U13 à représenter sa sélection nationale, à gérer son image, répondre aux interviews et prendre en main sa carrière professionnelle. "Une stratégie pas toujours payante", pourtant, selon Nabil Boubata. Pour l'instant, peu de joueurs japonais parviennent à éclore dans de grands clubs européens. La faute à une concurrence forte et un système universitaire qui accapare les nouveaux talents jusqu'à l'âge de 22 à 23 ans.

De grands entraîneurs étrangers ont également contribué à poser les bases du football au sein de l'archipel. Parmi eux, deux Français bien connu du milieu : Arsène Wenger (ancien entraîneur d'Arsenal), passé en 1995 par Nagoya, ou encore Fréderic Antonetti, actuel coach de Lille, au  Gamba Osaka. "Des passages qui ont fortement pesé sur l'influence des formations et des méthodes d’entraînements européennes. D'ailleurs, les Japonais eux-mêmes sont de fins connaisseurs du championnat européen", ajoute l'expert du football nippon. 

Enfin, comme c'est déjà le cas en Chine ou au Qatar, de plus en plus de joueurs stars font le choix de finir leur carrière au sein de l'archipel. C'est le cas d'Andrés Iniesta, milieu star du FC Barcelone et de l'équipe d'Espagne qui vient de signer un contrat au "Vissel Kobe". Il rejoindra au sein de la ville portuaire une ancienne gloire du football allemand, Lucas Poldolski.

Ces transferts constituent en réalité de vastes opérations marketing ayant pour but de relancer l'intérêt pour ce sport. De nombreux gros investisseurs ont misé ces dernières années sur le football et son attractivité économique et bénéficient d'un grand pouvoir d'influence au sein de la Fédération.

Mais les mauvais résultats cumulés de la sélection tendent à freiner la popularité et la progression du football. Notamment au profit du rugby, où la sélection nationale a enchaîné les bonnes performances.

Une équipe nationale en perte de vitesse 

Le football japonais, qui était nettement devancé par le football coréen, a comblé son retard depuis la fin des années 90. Cependant, aujourd'hui, c'est la Chine qui fait figure de référence en termes de développement avec l'arrivée massive de joueurs stars dans le championnat national. Malgré les millions mis sur la table par la Fédération chinoise de football, l'intérêt général de la population ne suit pas encore. En Chine, comme au Japon, quel est donc, pour Nabil Boubata, le principal frein à l'émergence d'une grande équipe ?

Aujourd'hui, aucune équipe ne craint le Japon, pour la simple et bonne raison que cette sélection est beaucoup trop irrégulière sur la scène internationale.

"La quatrième place décrochée aux Jeux olympiques de Londres 2012, avec notamment une victoire 0-1 contre l'Espagne de Juan Mata, ne suffit pas à bâtir une réputation solide. Pour l'instant, le Japon reste cette équipe qui peut être séduisante collectivement mais encore naïve et frêle physiquement, constate Nabil Boubata. Ce sont les prestations des joueurs dans leurs clubs respectifs ainsi que l'obtention régulière de résultats au plus haut niveau qui permettront de changer la perception du Japon sur la scène internationale. Et c'est un travail qui s'effectue sur plusieurs décennies."

Résultat, encore aujourd'hui, aucune équipe ne craint le Japon pour la simple et bonne raison que cette sélection est beaucoup trop irrégulière sur la scène internationale d'après le spécialiste, "même si cette dernière se qualifie régulièrement pour la Coupe du monde, elle n'a encore rien prouvé durant de grandes compétitions".

L'arrivée de stars du football mondial en J-League, ainsi qu'une bonne performance des "Blue Samouraï" lors du mondial en Russie, pourraient pourtant bien relancer la dynamique auprès du public. D'où l'importance de cette compétition pour la Fédération japonaise sous pression et à la limite de l'implosion depuis la mise à l'écart de l’entraîneur de la sélection à quelques semaines de la compétition. 

Quelles chances pour le Japon dans cette Coupe du monde?

Le tirage aurait pu être pire pour la sélection nippone, mais n'en demeure pas moins difficile. Dans le groupe H, certainement le plus homogène de ce mondial, elle retrouvera la Pologne, le Sénégal et la Colombie. Une poule de tous les possibles donc. Seulement, les récents événements ne devraient pas jouer en faveur d'une équipe qui n'a pas passé le cap des huitièmes de finale depuis 2010. 

A la surprise générale, Vahid Hallilodzic, sélectionneur franco-bosnien et ancien coach star du PSG, a été évincé début avril au motif d'"un manque de communication". En réalité,  selon la presse japonaise, les sponsors, très influents, auraient fait jouer de leur poids auprès de la Fédération, inquiets à l’idée qu’une des stars nationales ne soit pas sélectionnée, alors que les audiences du football à la télévision japonaise ne cessent de chuter. 

La nomination d'Akira Nishino, directeur technique national, à la tête de l'équipe rassure quelque peu les observateurs et supporters. L'homme connaît en effet parfaitement le football japonais puisqu'il était à la tête de la sélection qui s'imposa contre toute attente face au Brésil aux JO d'Atlanta dans une rencontre désormais ancrée dans la mémoire collective japonaise comme "le miracle de Miami". 

Du côté des pronostics, peu de monde mise sur le Japon. Philippe Troussier, entraîneur du Japon en 2002, a affirmé lors d'un entretien que "le Japon n'avait aucune chance de sortir de sa poule" dans la mesure où l'équipe n'a rien montré de vraiment positif depuis presque un an et sa qualification 2-0 face à l'Australie. Pour Nabil Boubata , "si ils oublient qu'ils n'ont aucune chance, sur un malentendu, ça peut passer".

Voilà qui est clair. Aux Japonais désormais de faire taire les statistiques et les critiques.

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