Chacun son agrès, chacun sa magnésie : avec un praticable bâché, les gymnastes de haut niveau ont pu reprendre les entraînements après deux mois de confinement. Une dérogation a été accordée au Pôle France d'Antibes mais au prix d'exigences sanitaires draconiennes.

Au pôle France d'Antibes, la gymnastique reprend à bonne distance
Au pôle France d'Antibes, la gymnastique reprend à bonne distance © Radio France / Fanny Lechevestrier

Pratiquer un sport dans un gymnase est encore exceptionnel. Une dérogation a toutefois été accordée aux gymnastes de haut niveau comme ceux du Pôle France d'Antibes, sur la Côte d'Azur. C'est là que s’entraînent quelques-uns des meilleurs gymnastes masculins français, contraints aujourd'hui de respecter des mesures sanitaires draconiennes.

Tous les matins, c'est prise de température avant d'entrer

Chaussures laissées à l’entrée pour les athlètes, masque ou visière sur le visage pour les entraîneurs et interdiction pour toute autre personne de pénétrer dans le petit gymnase Pierre-Brochard. Le droit d’entrée est devenu très strict, nous décrit Rodolphe Bouché, l’un des entraîneurs et responsable du pôle France gymnastique d’Antibes, où la journée des gymnastes commence systématiquement par la prise de température. "Tous les matins, je prends leur température, elle ne doit pas dépasser les 37°, je fais aussi un petit bilan avec eux et je vérifie leur fréquence cardiaque au repos pour voir si physiologiquement, il y a des signes annonciateurs de quelque chose", voilà les conditions à remplir avant de pouvoir mettre un pied dans la salle. 

La longue liste des consignes à respecter pour les gymnastes du Pôle d'Antibes
La longue liste des consignes à respecter pour les gymnastes du Pôle d'Antibes © Radio France / Fanny Lechevestrier

"De se mettre dans des carrés, au départ, c'était bizarre"

Et ce mardi matin, 13 gymnastes de haut niveau se sont donc soumis à ce nouveau protocole.  Ajoutez les vestiaires fermées, le lavage des mains incessant, la distanciation obligatoire sur le sol ou aux agrès. Chaque gymnaste a également désormais son matériel propre, son petit sac individuel de magnésie, la poudre que l'ont met sur les agrès. Chacun a même sa chaise pour récupérer et pas question d'en changer. Le gymnaste Antoine Borello reconnaît qu'il a fallu un temps d'adaptation : "_c'est pas mal de contraintes, c'est vrai, mais petit à petit ça rentre et ça devient un automatisme_. De se mettre dans un carré, au départ, c'était bizarre, mais on s'y fait. On ne se serre plus la main, on se lave les mains en rentrant ou après avoir utilisé un agrès. Cela commence à être la normalité". Et quand ça ne l'est pas encore, les consignes sont fermement rappelées désormais par les entraîneurs, lors du briefing matinal.

Une bâche achetée dans un magasin de bricolage recouvre le praticable

Reste que c'est toute une nouvelle méthode d'entraînement qu'il faut mettre en place, comme pour les agrès, où c’est chacun le sien, à bonne distance, et sans entraîneur au contact, à l'opposé de ce qui se fait d'habitude, souligne Rodolphe Bouché : "l'entraîneur manipule, guide l'athlète, l'aide à trouver l'équilibre, la bonne position et là, ce n'est plus possible. On l'a fait la semaine dernière, avec des gants, avec du cellophane en se disant qu'il n'y avait pas de contact peau à peau...mais voilà, ce n'est pas conforme avec la distanciation d'1m50. On a dû arrêter. Tout n'est pas parfait mais on apprend cette nouvelle façon d'entraîner".

Le gymnase Pierre-Brochard avec au milieu cette grande bâche plastique qui recouvre le praticable
Le gymnase Pierre-Brochard avec au milieu cette grande bâche plastique qui recouvre le praticable © Radio France / Fanny Lechevestrier

Et il faut les voir aussi, ces gymnastes, faire leurs exercices au sol sur un praticable recouvert d’une grande bâche plastique qui gondole, une bâche dénichée dans un magasin de bricolage, parce que, elle, on peut la nettoyer, contrairement au tapis de sol. Un nettoyage qui a lieu tous les après-midis, explique Rodolphe Bouché : "on a deux gardiens qui, pendant plus de quatre heures, nettoient le gymnase de fond en comble donc il est désinfecté à l'eau de javel et à l'eau chaude, on n'utilise pas l'aspirateur. On essaie d'épurer au maximum toutes les surfaces de travail qui sont lavables. Tous les tapis qui ne sont pas lavables, on les a mis dans un coin de la salle et on ne les utilise pas. Le seul hic -mais là, il n'y a aucune solution- on ne peut pas laver une barre parallèle à l'eau de javel car cela abîme le bois donc chaque gymnaste se lave les mains avant de les utiliser et en sortant".  

Les entraînements sont impossible l'après-midi

Une désinfection qui rend les entraînements impossibles l’après-midi. Ou alors, pour les gymnastes qui en redemandent, des séances spécifiques sont organisées sur le parking du gymnase. Mais de toute façon, il ne faut pas aller trop vite non plus dans la reprise au risque de se blesser. Après deux mois de confinement et sans gymnastique, c'est tout un corps qu'il faut réhabituer à la pratique avec toutes sortes de petits bobos qui apparaissent, décrit Antoine Borello : "Normalement le corps humain n'est pas censé faire cela, à faire travailler le haut du corps comme on le fait, donc oui, ce sont des douleurs articulaires, musculaires, on a des courbatures partout. Moi, là, ça tire bien dans les épaules. Et puis, il y a les mains. On crée de la corne, une surface un peu épaisse qui nous protège et là, avec le confinement, elle est partie donc il faut se refaire les mains, on doit repasser par s'écorcher la peau, on appelle cela des petits steaks!" ajoute Antoine en rigolant.

Les douleurs physiques endurées quand les entraînements vont se faire plus intenses, c'est d'ailleurs la crainte aujourd'hui de Rodolphe Bouché. Après deux mois d’inactivité, deux mois à cogiter pour quelques-uns, certains pourraient craquer et ne pas parvenir à se remettre dans la souffrance et l’exigence physique que la gymnastique de haut niveau réclame. Le pôle France d'Antibes a mis en place un suivi psychologique pour ces gymnastes, pour les encadrer au mieux dans cette reprise délicate.

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