La lutte antidopage est montée d'un cran cette année et tente d'innover. Pour la première fois dans l'histoire des Jeux, tous les contrôles des athlètes ont été confiés à un organisme indépendant, l'ITA, l'agence de contrôles internationale, qui supervise l'ensemble des délégations depuis plusieurs mois déjà.

Alors que s'ouvrent les Jeux de Tokyo, la lutte antidopage tente d'innover
Alors que s'ouvrent les Jeux de Tokyo, la lutte antidopage tente d'innover © AFP / Sputnik / Ramil Sitdikov

Avec le début officiel des Jeux Olympiques, ce vendredi, à Tokyo, c'est aussi une grande campagne de contrôles antidopage qui s'ouvre pour les quinze prochains jours. Plus de 5 000 échantillons doivent être prélevés durant toute la durée des Jeux, hors et durant les compétitions. Mais cette année, la bataille contre le dopage a été lancée bien avant le début de l'événement. 

"Le programme de lutte le plus robuste de l'histoire des Jeux" promet Valérie Fourneyron

Et c'est l'un des grands changements de cette olympiade, dans la lutte antidopage. Cela fait six mois que l'Agence de contrôle internationale est sur le qui-vive avec plus de 25 000 recommandations de tests émises, explique Valérie Fourneyron, l'ancienne ministre des Sports et aujourd'hui présidente de l'ITA. "Si je compare avec Rio les choses sont simples. À Rio, le travail avant les jeux, c'était seulement un mois avant avec sept fédérations internationales "dites à risque" contrôlées et 1 500 recommandations. Pour ces Jeux de Tokyo, c'est un contrôle plus de six mois avant, 33 fédérations internationales, soit toutes celles des Jeux d'été, et 25 000 recommandations émises sur les athlètes qualifiables. Depuis deux mois, le Comité international olympique nous a en plus entièrement délégué l'ensemble des contrôles. On a ainsi pu construire ce qu’on appelle un plan d'évaluation des risques, pour mieux ajuster les mailles du filet". En clair, faire des contrôles plus ciblés, orientés, avec des nations, comme la Russie, pour ne citer qu'elle, ou des sports, comme l'haltérophilie, qui se retrouvent plus suivis que d'autres. 

L'analyse des data, l'un des axes de développement de la lutte antidopage

Un travail rendu toutefois plus compliqué ces deux dernières années par la pandémie. "Comme un peu tous les pays, la lutte antidopage s'est arrêtée en mars-avril 2020", reconnait Benoit Cohen, le directeur de l'agence, certifiant tout de même que les contrôles avaient repris à un gros rythme ces derniers mois pour dépasser le niveau de 2019. 

Et pour faire progresser la lutte antidopage, de nouvelles techniques de contrôles sont également expérimentées sur ces Jeux comme celle dite des taches de sang séché. À terme, l'ITA mise aussi sur la collecte des données de performances (via des sites comme Strava par exemple), une base d'informations qui à l'avenir, sera un atout décisif contre les tricheurs, selon l'Agence. "on est en train de travailler très très dur avec deux centres de recherche britanniques pour développer un passeport de la performance, c’est-à-dire que de la même manière qu’on suit les données biologiques d’un athlète sur le temps, on veut suivre ses performances aussi, voir s'il y a une évolution logique, constante ou une soudaine élévation du niveau et ensuite, comprendre pourquoi. Pendant longtemps, la lutte anti-dopage c’était, faire des tests et encore des tests, le plus possible, puis sanctionner. Et aujourd’hui on voit que non, il faut déjà éduquer, et ensuite faire des tests mais de manière intelligente. Nos ressources sont limitées, il faut donc cibler le mieux possible et pour cibler le mieux possible et toutes les données collectées peuvent nous y aider".

Après, la tâche reste ardue. Les 250 contrôleurs de l'agence sont basés au village olympique, un lieu où les sportifs ne sont, en raison du Covid, que de passage. L'ITA a lancé une application pour faciliter la localisation des athlètes. Le Covid qui rend aussi les contrôles plus lents par le nombre de précautions à prendre. Mener des contrôles ciblés signifie aussi trouver un terrain d'entente avec les autorités policières et judiciaires du Japon pour que la lutte antidopage soit efficace. 

En attendant, l'Agence a obtenu pour la première fois le droit de conserver les échantillons prélevés sur ces Jeux durant 10 ans dans un site de stockage centralisé en Suisse et afin bien sûr de pratiquer à des réanalyses à chaque progrès de la recherche scientifique. Une façon de dire aussi qu'une épée de Damoclès supplémentaire plane au-dessus de la tête des tricheurs.