En dénonçant celles et ceux qui veulent faire passer des messages politiques à travers le sport, l'instance européenne du football a finalement rendu la polémique autour de l'illumination du stade de Munich aux couleurs de l'arc-en-ciel très politique.

Le stade de Munich ne s'éclairera pas aux couleurs de l'arc-en-ciel ce mercredi.
Le stade de Munich ne s'éclairera pas aux couleurs de l'arc-en-ciel ce mercredi. © AFP / DPA / Frank Hoerman / Martin Hangen

Le président de l'UEFA, Aleksander Ceferin, a dénoncé mercredi des initiatives "populistes" pour justifier le refus de son organisation d'autoriser la ville de Munich à illuminer son stade au couleurs de l'arc-en-ciel en signe de protestation contre une loi hongroise jugée homophobe. "Nous ne voulons pas être utilisés dans des actions populistes", affirme-t-il au quotidien allemand Die Welt : "En raison de la popularité du football, les gens essaient trop souvent d'abuser des associations sportives à leurs propres fins", poursuit Aleksander Ceferin.

L'idée était venue de la municipalité de la capitale bavaroise, pour envoyer "un signe visible de solidarité avec la communauté LGBTI de Hongrie" après la récente adoption d'une loi interdisant la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs, d'illuminer le stade qui accueillera la match entre l'Allemagne et la Hongrie, mercredi soir, aux couleurs de la communauté LGBT. Mais la réponse de l'UEFA, négative, est tombée mardi matin.

L'instance dirigeante du football européen affirme partager totalement les valeurs de tolérance promues par cette initiative, mais en tant qu'"organisation politiquement et religieusement neutre", elle ne peut pas accepter de véhiculer un message visant spécifiquement un pays ou un gouvernement. Une décision qui a depuis entraîné une vive polémique.

Pluie de critiques depuis mardi

Et au final, l'organisation, qui dénonce celles et ceux qui "utilisent" le sport à des fins politiques a rendu le débat extrêmement politique. En effet, la décision de l'UEFA a suscité plusieurs réactions diplomatiques :  

  • Une "décision politique" pour Clément Beaune

"Je pense que l’UEFA s’est un peu pris les pieds dans le tapis : sa décision de refus est aussi une décision politique", a estimé mercredi matin Clément Beaune, secrétaire d'État chargé des Affaires européennes, sur France Inter. "Si tout ça était neutre, ça ne susciterait pas l’émotion et la polémique qu’on voit depuis 24 heures. Je pense aussi qu’il faut être très clair : défendre l’égalité, c’est pas attaquer telle ou telle loi du gouvernement hongrois, ce n'est pas une opinion politique, c’est des valeurs fondamentales qui sont dans les chartes sportives, dans les traités européens, l’UEFA s’engage régulièrement (comme la FIFA) pour des causes", a-t-il poursuivi.

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  • Un tweet et deux émojis d'Antoine Griezmann 

Tout tient en deux symboles : un arc-en-ciel et un point serré et levé tweetés par le champion du monde mardi et accompagnés d'une photo du stade de Munich.  

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  • Représailles de la ville de Munich

Le refus de l'UEFA a déclenché un vaste mouvement de solidarité en Allemagne et la ville de Munich a prévu de pavoiser ses sites les plus emblématiques aux couleurs de la communauté LGBT mercredi soir. L'Hôtel de ville de la métropole bavaroise arborait sur deux étages de sa façade six grands drapeaux arc-en-ciel tandis qu'une imposante éolienne, visible du stade où sera donné le coup d'envoi, doit s'illuminer en soirée. Plusieurs stades de Bundesliga (Francfort, Cologne, etc.) vont aussi s'illuminer en signe de solidarité, dont l'emblématique stade olympique de Berlin.

Plusieurs marques ou médias ont changé la couleur de leur logo.
Plusieurs marques ou médias ont changé la couleur de leur logo. / Captures d'écran
  • Des médias et entreprises allemandes solidaires

Les unes des quotidiens allemand "Bild", le "Süddeutsche Zeitung" et le "Morgen post" se sont aussi colorées ce mercredi. Les poids lourds de l’économie bavaroise, tels que Siemens ou BMW, se sont eux aussi drapés sur Twitter des couleurs arc-en-ciel, tout comme la chaîne privée allemande ProSieben. La Deutsche Bahn (la SNCF allemande) a fait de même avec une de ses locomotives arborant aussi un slogan de promotion de la diversité.

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  • Amnesty va distribuer des drapeaux

Avant le match, les organisateurs de la marche des fiertés de Munich, associés à Amnesty International, prévoient de distribuer 11.000 drapeaux arc-en-ciel aux spectateurs (seules 14.000 places seront occupées, en raison des restrictions dues au Covid-19). 

  • L'UE dénonce une "honte"

Enfin, mercredi, la Commission européenne a qualifié de "honte" la loi votée la semaine dernière à Budapest à l'initiative du parti souverainiste du Premier ministre Viktor Orbán, interdisant la diffusion aux mineurs de contenus sur l'homosexualité notamment. L'Union européenne a évoqué de nouvelles mesures de sanction. 

La Hongrie "satisfaite"

La Hongrie a salué pour sa part _"une bonne décision"après le refus de l'UEFA d'autoriser l'illumination du stade de Munich. "Dieu merci, les dirigeants du football européen ont fait preuve de bon sens (...) en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie", a réagi le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto, selon des propos transmis à l'AFP par son ministère. La veille, il avait jugé "dangereux de mélanger sports et politique"_. 

Plusieurs clubs de football hongrois vont éclairer mercredi leur stade aux couleurs du drapeau national, rouge-blanc-vert, pendant le match de l'Euro Allemagne-Hongrie.