Le nouveau président de la FFR, Bernard Laporte enterre le grand projet de son prédécesseur: la construction d'un stade de 82.000 places dans l'Essonne chère à Manuel Valls.

Bernard Laporte, fossoyeur des grandes ambitions de la FFR pour le Grand Stade de Rugby
Bernard Laporte, fossoyeur des grandes ambitions de la FFR pour le Grand Stade de Rugby © AFP / Olivier Arandel

A la Fédération française de rugby (FFR), la folie des grandeurs du président Pierre Camou a fait long feu: à peine investi à sa place, Bernard Laporte a en quelques minutes coupé court au projet-phare de son prédescesseur: la construction, à Ris-Orangis dans l'Essonne, d'un Grand Stade, digne du stade de France avec ses 82 000 places, mais entièrement dédié au rugby.

L'idée avait été lancée par Camou en 2010. Enceinte ultra-moderne, pelouse et toit rétractables, club VIP, rien n'était trop beau pour ce temple de l'Ovalie, dont le coût avait été estimé à 700 millions d'euros, et qui laissera, après son abandon, une ardoise de 12 millions d'études déjà réalisées et payées par la FFR.

Manuel Valls en parrain attentionné

Le site de l'ancien hippodrome de Ris-Orangis avait été retenu, fortement soutenu par l'agglomération d'Evry et sa figure politique tutélaire, un Manuel Valls présent, sur le site, en juin 2014, pour signer le Contrat d'intérêt National qui englobait le futur stade, et dont l'ex-premier ministre a toujours été un soutien sans faille. Et ce, malgré les réticences de la Cour des comptes, qui en 2016 pointait les "risques financiers" liés au projet, appelant l'Etat et la Fédération à "trouver des alternatives" au projet de Grand Stade de Rugby.

Pour afficher ses ambitions et convaincre de la nécessité de ce grand chantier, la FFR version Pierre Camou avait lancé un site internet dédié au projet. On y trouvait notamment cette vidéo:

Des images qui n'ont pas convaincu apparemment Bernard Laporte, lequel avait dès le début de sa campagne pour la présidence de la fédération promis de tirer un trait sur le projet Grand Stade. Laporte, ancien sélectionneur du XV de France, ancien secrétaire d'Etat sarkoziste aux Sports, s'est fait élire en se présentant comme le candidat des clubs. Le projet de Grand Stade avait justement soulevé la colère de nombre de ces clubs, qui dénonçaient les coûts faramineux engagés par la FFR, laquelle se voyait déjà propriétaire de l'enceinte sportive.

Plaintes déposées

Cet automne, une association baptisée Callisto XV et qui regroupe des professionnels, du BTP, des anciens internationaux, et des dirigeants de clubs, avait d'ailleurs déposé deux plaintes, l'une au civil pour demander "l’annulation judiciaire du contrat signé en faveur du groupement IBELYS", l'autre au pénal visant personnellement Pierre Camou pour "détournement de fonds publics, abus de confiance et escroquerie". Les membres de l'association accusaient l'ex-président de la Fédération de graves manquements aux règles fédérales dans l'attribution du contrat et la fixation du prix.

XV de France cherche stade

Ces accusations ont pesé dans la campagne pour la présidence, qui a donc porté Bernard Laporte en lieu et place de Pierre Camou. Le nouveau président de la FFR, à peine arrivé en fonction, a eu tôt fait de signer l'arrêt de mort du Grand Stade. A présent, il évoque des alternatives: il veut renégocier à la baisse le contrat qui lie sa fédération au Stade de France : l’objectif sera de faire baisser le coût de la location fixé pour le moment à un million par match du XV de France à Saint-Denis. Bernard Laporte veut aussi pousser les stades de province, dont certains ont été modernisés et agrandis ces dernières années, à participer à des appels d'offres pour accueillir des matchs internationaux.

Des enceintes comme le stade Vélodrome de Marseille se tournent de plus en plus vers le rugby pour rentabiliser leurs investissements: le stade marseillais accueillera cette saison les demi-finales du Top 14.

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