Dimanche prochain devait avoir lieu le Grand Prix de France de Formule 1 sur le Circuit du Castellet. Pas de course, cette année, mais l'occasion d'un retour sur un destin oublié, celui d'une pilote automobile extraordinaire par Philippe Collin.

Hellé Nice, la pilote injustement accusée de Collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, bientôt réhabilitée ? Ici en 1930
Hellé Nice, la pilote injustement accusée de Collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, bientôt réhabilitée ? Ici en 1930 © Getty / Imagno/Getty Images

Elle fut la première femme à courir des Grands Prix face aux hommes. Une pionnière dont plus personne ne se souvient du nom. Pourtant, elle fut une immense vedette des années 1930 avant d'être "punie", à partir de 1949. Ses contemporains l'ont condamnée à disparaître, sans doute à tort. Et l'histoire n'est pas finie ! 

À l'état civil, elle s'appelait Mariette Hélène Delangle

Elle est née le 15 décembre 1900 à Aulnay-sous-Auneau, en Eure-et-Loir. Son père était receveur des Postes. Léon Delangle meurt en 1916. Il laisse sa gamine un peu paumée. Mariette décide de "monter à Paris" tenter sa chance. Elle devient modèle nu pour des artistes de Montmartre. Très vite, sa beauté sulfureuse ne passe pas inaperçue. La voilà danseuse dénudée sur la scène de différents cabarets parisiens. Ces revues sont un triomphe. Elle empoche beaucoup d'argent, devient très riche et elle se met à fréquenter la société dite huppée.

C'est dans ce cercle qu'elle fait la rencontre d'un aviateur de la Grande Guerre, Henri-Gérard de Courcel

Passionné d'automobile, pilote lui-même, il devient l'amant de Mariette, qui a changé de nom. Elle s'appelle désormais Hellé Nice, surnom attribué par les soldats américains en garnison à Paris. Il l'ont vu sur scène et ils l'ont trouvée charmante. Elle est "Nice", vous avez compris ?

Et en 1920, de Courcel lui fait passer le permis de conduire. À l'époque, c'est extrêmement rare pour une femme. 

Fascinée par la vitesse et par les courses de "bagnoles", Hellé Nice parvient à s'immiscer dans ce monde d'hommes jusqu'à convaincre Etore Bugatti, le constructeur automobile, de lui confier un volant de son écurie pour participer à des Grands Prix. Elle enchaîne les circuits à toute berzingue : une vraie trompe-la-mort ! 

1930, Grand Prix Bugatti du Mans : elle décroche une troisième place sur le podium

Elle court contre les hommes, elle est vraiment à l'avant-garde en 1930. Elle devient une vedette, à tel point qu'elle part en tournée aux Etats-Unis, où elle participe à 76 courses. Elle devient l'égérie des clubs Lucky Strike et sa renommée devient mondiale. 

Lorsqu'en 1936, elle participe au Grand Prix de São Paulo, au Brésil, où elle manque de mourir dans un accident tragique. Elle est violemment expulsé de son bolide lancé à 160 km/h. Elle s'en sort après trois jours de coma et deux mois d'hôpital. Ce qui lui vaut de devenir une véritable héroïne dans ce pays : de 1936 jusqu'à aujourd'hui, plus de 45 000 jeunes femmes ont été prénommées comme elle au Brésil.

Arrive la Seconde guerre mondiale

Dans la France occupée par les Allemands, elle vit d'abord à Paris avec son nouveau fiancé Arnaldo. A partir de 1943, ils s'installent tous les deux à Nice, où elle attend tranquillement le retour des compétitions automobiles. C'est le cas en 1949 avec le premier Rallye Monte-Carlo d'après-guerre auquel Hellé Nice devait participer. 

"Devait" parce que lors d'une fête organisée la veille, Louis Chiron, immense pilote d'avant-guerre, l’accuse publiquement et férocement d'avoir été agent de la Gestapo sous l'Occupation.

Elle est aussitôt interdite de course le lendemain et c'est le début de la fin.

Avec ce lourd soupçon fondé sur aucune preuve, mais l'époque est à la vindicte virile, Hellé Nice perd tous ses sponsors. Elle est exclue de toutes les compétitions. Tous ses amis la lâchent en rase campagne et c'est un long calvaire qui commence, au point qu'elle meurt seule en 1984 et sans un sou pour se faire enterrer. C'est l'association La roue tourne, organisme qui vient en aide aux artistes nécessiteux, qui a payé ses obsèques. Sinon, elle aurait été jetée à la fosse commune, effacée des annales et des palmarès. 

Hellé Nice semblait donc condamnée à l'oubli éternel

Mais heureusement, en 2004, une biographe britannique de haute volée, Miranda Seymour, s'est penchée sur ce dossier et a révélé dans son enquête qu'il n'avait strictement aucune preuve dans les archives, y compris dans celles de la Gestapo à Berlin, qui pourrait attester que Hellé Nice collaborait. 

Miranda Seymour va plus loin

Elle est à peu près certaine que Louis Chiron s'est vengé pour d'obscures raisons plus intimes. Une injustice qui pourrait être réparée dans les mois qui viennent : il semblerait que Bugatti, le constructeur automobile basé en Alsace, vole enfin au secours d'Hellé Nice. Ils ont laissé entendre, dans la foulée des travaux de Miranda Seymour, que le prochain modèle de la marque s'appellerait peut-être la "Bugatti Hellé Nice". En tout les cas, certains le souhaitent, comme une sorte de réhabilitation. Quelle histoire ! 

ECOUTER | La chronique de Philippe Collin

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