Le journaliste de France Télévisions Thierry Vildary a enquêté près de deux ans sur le dopage dans le rugby. Des mois de confidences sous le manteau, de rendez-vous annulés, de coups de fil pour trouver enfin un témoignage d’ancien joueur admettant l’usage de stéroïdes dans son sport. Interview.

"Keep rugby clean" - "Garder le rugby propre" : ce message aux intentions louables est-il respecté dans le monde du ballon ovale ?
"Keep rugby clean" - "Garder le rugby propre" : ce message aux intentions louables est-il respecté dans le monde du ballon ovale ? © AFP / PAUL ELLIS

Quelles informations aviez-vous au départ de cette enquête ?

Thierry Vildary : Nous ne sommes partis de rien. Nous faisions tous la même constatation : nous ne croyions plus au rugby. Laurent Bénézech [un ancien joueur de l’équipe de France de rugby, NDR] parlait déjà d’hypermédicalisation et de pratiques qui s’apparentaient à du dopage. Son témoignage m’avait frappé, et j’ai voulu le rencontrer. Nous constations comme lui que les performances et l’évolution des joueurs nous posaient question, et j’ai voulu voir ce qu’il en était concrètement. A force de creuser, j’ai pu obtenir des bribes d’histoires douteuses. Mais personne ne voulait parler, même au téléphone. J’ai mis plus d’un an et demi avant d’avoir des informations solides.

De quelles histoires parlez-vous ?

T.V. : J’entendais parler de jeunes joueurs mineurs en centres de formation à qui l’on donnait des produits inconnus, sans que la famille puisse intervenir. Ou bien le témoignage d’une enseignante, là aussi en centre de formation, qui avait des discussions avec des jeunes de 15 ou 16 ans, qui étaient déjà au courant des procédures pour commander des produits interdits sur internet, et des effets de ceux-ci sur l’organisme. Je me rappelle aussi d’un ancien joueur condamné pour détention et cession de produits dopants, qui me racontait que « tout le monde en prenait dans le vestiaire ». J’ai eu une dizaine d’histoire, et aucun protagoniste n’a voulu témoigner, même de façon anonyme. Il y a une vraie omerta. 

J’ai tout de même réussi à recueillir la parole de deux joueurs, dont un jeune. C’était important pour moi de faire prendre conscience aux jeunes joueurs et à leurs familles du contexte particulier dans le rugby aujourd’hui.

Le dopage serait donc généralisé dans le rugby ?

T.V. : Je dirais que ce n’est certainement pas une pratique marginale, mais je ne crois pas que le problème soit généralisé, et je ne l’espère pas. Beaucoup de dirigeants sont conscients de ces pratiques. Pas seulement par les médicaments, mais aussi par la cocaïne par exemple [début 2017, Ali Williams et James O’Connor, joueurs au Racing 92, avaient été arrêtés pour possession de cocaïne, NDR], ça pose question. Comme me le confiait un joueur, on ne l’a jamais forcé à se doper, mais dans tous les clubs qu’il a fréquenté, s’il le voulait, il trouvait la solution très rapidement.

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