Le coup d'envoi du prestigieux Grand Prix d'Amérique est donné ce dimanche à Vincennes. Mais avant de laisser place aux champions, notre journaliste a enfilé casque, combinaison, et s'est élancée à toute vitesse à bord d'un sulky. Sensations garanties.

Sur l'hippodrome de Vincennes et son circuit du Grand prix d'Amérique à bord d'un sulky.
Sur l'hippodrome de Vincennes et son circuit du Grand prix d'Amérique à bord d'un sulky. © Radio France / Fanny Lechevestrier

C'est la plus grande course de trot de l'année, la plus prestigieuse aussi : le Grand Prix d'Amérique a lieu ce dimanche, sur la piste de l'hippodrome de Vincennes. Une institution du monde hippique dont la première édition s'est déroulée il y a cent ans, le 1er février 1920, en hommage à l'aide américaine apportée à la France durant la première guerre mondiale. Et pour plonger dans l'ambiance particulière de cette course et vous la faire vivre de l'intérieur, Fanny Lechevestrier a pu monter sur un sulky pour France Inter, sur la piste de l'hippodrome de Vincennes.

Dans la peau d'un "driver"

C'était lors du Grand Prix des Médias, l'occasion de me mettre dans la peau d'un driver professionnel sur le même mâchefer et le même parcours que vont emprunter ce dimanche les 18 meilleurs trotteurs du monde.

Alors, avant de vous emmener avec moi sur un sulky ou plutôt sur un road-car, il y a la préparation : du cheval, bien sûr, mais aussi l'habillement des jockeys-driver. Tous les participants enfilent une combinaison avec une protection dorsale, un casque – très important car il peut y avoir des chutes violentes durant la course – et de grandes lunettes en plastique pour nous protéger de la terre renvoyée avec la vitesse. En cas de pluie, il n'est pas rare de finir avec de la boue partout sur le visage.  Mais allez, tenue prête, nous voilà parés pour aller à la rencontre de notre driver Emmanuel Devenne et notre cheval, une jument baptisée Fiona Game.

"En course, on peut aller jusqu'à 60 km/h"

Assise à côté d'Emmanuel Devenne, on fait un petit tour tranquillement pour que je prenne mes marques, me familiarise un peu avec Fiona Game, et repère la corde que je peux tenir "si j'ai trop peur ou pas confiance", me précise en riant mon driver, ajoutant que "si cela va trop vite, il ne faut pas hésiter à me le dire. Si vraiment il y a de l'appréhension, on calme le jeu." 

J'apprendrai à la fin de la course qu'on n'a pas été au-delà des 45 km/h. "Là, ça va... Vous avez des courses où il y a vraiment du combat, où cela frotte, où il y a de la virilité qui sort, même parfois un peu de bêtise. Cela peut être vraiment chaud", me confie Emmanuel Devenne, alors que je lui fais part de mon ressenti durant la course, des sensations grisantes de filer à "toute vitesse" dans l'avant-dernière ligne droite de l'hippodrome et de voir que l'on touche presque le sulky lancé à notre poursuite, d'entendre ses sabots claquer le mâchefer, voir les naseaux du cheval voisin se contracter de plus en plus vite à la recherche de toujours plus d'air. 

Je suis aussi impressionnée par le maniement des rênes, tout en douceur. Pas besoin d'utiliser une cravache à tout bout de champ. Pour m'y être essayée quelques instants, à peine une petite impulsion sur les rênes et notre jument Fiona file à droite ou à gauche. Je suis un peu trop brusque dans mes gestes, elle a même du mal à comprendre ce que je lui indique. 

Parfois, il faut un an de travail voire plus pour que les chevaux comprennent ce qu'on attend d'eux"

Et Emmanuel Devenne de m'expliquer que chaque cheval a son comportement, sa sensibilité et que la relation avec le driver se construit au fil du temps : "C'est un art, c'est un métier surtout qu'il faut apprendre. Il faut réussir à ressentir les choses avec certains chevaux plus sensibles que d'autres. Cela demande beaucoup de temps, il faut s'en occuper régulièrement, c'est comme un athlète avec tous les jours des balades, tous les trois jours un travail poussé pour travailler le cœur. Fiona, elle, réagit vite car elle a déjà pas mal de courses au compteur, elle connaît son métier." 

"Avoir une bonne hygiène de vie"

La préparation concerne aussi le driver. Pas question de faire n'importe quoi. Pour le sulky, Emmanuel Devenne doit notamment surveiller son poids : "pour ma part, il faut que je fasse attention parce que je suis quand même un bon vivant et je me tiens bien à table donc il faut faire attention, garder une ligne, une bonne hygiène de vie, pas trop manger. Si on veut vraiment être dans le bain avec les meilleurs drivers, il faut faire attention à cela." 

"Dès le départ, c'est tactique!" 

Et la course, me direz-vous? Je n'ai pas été trop ridicule. Fiona a pris une belle deuxième place après avoir fait quasiment toute la course en tête, dépassée seulement dans les ultimes mètres. "Dès le départ, c'est tactique", m'explique Emmanuel Devennne qui savait que sa jument ne serait pas la plus rapide dans le final. Alors, il avait tenté de la placer idéalement dès le début de la course : "il y a une place à prendre suivant les connaissances que vous avez de votre cheval, suivant ce qu'il est capable de faire. Donc, même en étant moins bon que les autres, on peut déjà prendre une avance en partant".Il ne nous aura manqué que quelques mètres pour aller au bout. Verdict : à refaire.

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