Il a été champion olympique il y a 9 ans à Londres, 4 fois champion du monde. Jérémy Stravius avait pris sa retraite au début de l’année 2020, juste avant le confinement. Plus d’un an après, il fait son retour dans les bassins à Marseille pour l’Open de Méditerranée. Un retour sans pression mais avec passion.

Jérémy Stravius fait son retour dans les bassins ce week-end à Marseille après plus d'un an d'arrêt.
Jérémy Stravius fait son retour dans les bassins ce week-end à Marseille après plus d'un an d'arrêt. © Radio France / Jérôme Val

Jérémy Stravius ne regrette absolument rien : ni sa retraite à 31 ans annoncée l’an passé ("c’était le bon moment", dit-il), ni sa nouvelle vie loin des médailles et des compétitions partout à travers le monde. Et pourtant depuis plus d’un an, ça n’est pas toujours facile. "Je vis du chômage, révèle le champion olympique du relais à Londres en 2012. Je suis chômeur, ce qui est dit est dit. J’espère vite retrouver un travail parce que ça fait plus d’un an". 

Ses projets de reconversion mûris depuis les Jeux de Rio en 2016 sont tombés à l’eau les uns après les autres : un circuit de kart, un escape game, rien n’a abouti. La crise sanitaire et économique n’arrange rien. Jérémy Stravius mise maintenant sur l’achat d’un bar dans le centre-ville d’Amiens, sa ville. Malgré tout, le Picard se réjouit de sa deuxième vie. "Je fais maintenant des choses que je n’avais pas pris le temps de faire auparavant, explique-t-il. Je n’avais pas pris le temps pour moi et pour ma famille. Ce sont des choses qui ont changé depuis un an. Je passe des vacances de plus de deux jours avec mes neveux et nièces, ça change énormément. C’est une nouvelle vie". 

J'ai pris 11 kilos quand j'ai arrêté.

Mais l’envie de nager et la saveur des compétitions ont été plus fortes. Jérémy Stravius est devenu conseiller pour les Étoiles, un club privé de la région parisienne. Et il s’est lui-même remis à l’eau. "Ça me fera du bien physiquement aussi de retrouver un corps correct. Il faut dire ce qui est, j’ai pris cher quand j’ai arrêté. J’ai pris 11 kilos quand j’ai arrêté et quand on passe la barre des 100 kilos, ça fait mal, ça pique". Son corps arbore aussi un tatouage sur l’avant-bras droit, Jérémy Stravius était l’un des seuls nageurs à ne pas avoir une marque d’encre sur la peau. C’est aussi ça le nouveau Stravius. 

À l’occasion de son retour, son programme est forcément plus allégé que quand il était au haut-niveau : il s’entraîne seul à Amiens et une fois par semaine en groupe à Nanterre dans les Hauts de Seine. "Aller m’entraîner tout seul, c’est vraiment très dur, raconte le Picard. Mais quand je viens à Nanterre, c’est plaisant parce qu’il y a un groupe, un collectif. Ça m’avait manqué de retrouver les potes. C’est ce qui manque à tout le monde aujourd’hui mais dans le sport encore plus". 

Jérémy Stravius aux Jeux Olympiques de Rio en 2016
Jérémy Stravius aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 © AFP / Stephane Kempinaire / DPPI Media / DPPI

Jérémy Stravius se donne encore trois mois pour retrouver la forme et sa cible sera les championnats de France à Chartres en juin, dernière chance de qualification pour les Jeux. Titré à Londres sur le 4x100m nage libre, il ne s’interdit rien. "Je ne me refuse rien, assure-t-il. Je n’y vais pas juste pour faire une course. Je vais essayer d’apporter la meilleure performance possible. Si je me sens capable de faire un beau temps et d’accrocher une sélection sur un relais, je ne vais pas me gêner". 

Je suis libre de faire ce que je veux et c’est ce qui me plaît.

Jérémy Stravius se revendique comme un homme libre aujourd’hui : libre de tout sponsor, de tout contrat et loin de l’équipe de France. "Je n’ai plus envie de devoir quelque chose à quelqu’un. Quand on a des sponsors, on fait notre boulot, on doit être professionnel. Là, j’ai décroché, je n’ai plus de contrat. Je ne dois rien à personne et tant mieux. Je suis libre de faire ce que je veux et c’est ce qui me plaît".  

Ce week-end à Marseille, il assume de n’être pas encore être très affûté, comme pouvait l’être un Florent Manaudou à son retour en 2019. Mais le Picard savoure d’être là, tout simplement et l’on n’a pas fini de voir sa silhouette au bord des bassins.