Alors que les Jeux paralympiques débutent dans 100 jours en Corée du Sud, la Grande-Bretagne enquête sur les failles du système de classification des athlètes. Elle soupçonne certains d’entre eux d’accentuer leur handicap de façon à concourir dans des catégories plus faciles.

Finale de rugby fauteuil lors des Jeux paralympiques de Rio en 2016.
Finale de rugby fauteuil lors des Jeux paralympiques de Rio en 2016. © AFP / Vladimir Astapkovich

Son témoignage devant les députés britanniques a fait trembler le monde du handisport. Début novembre à Londres , un ancien expert du Comité international paralympique a été entendu de façon anonyme par la Chambre des communes sur les nombreuses tricheries mises en place par les athlètes afin de bénéficier de classifications plus favorables.

Il y a donc ceux qui feraient de l’exercice avant les tests d’évaluation afin de paraître plus faibles. D’autres s’infligeraient des douches glacées ou se rouleraient dans la neige afin d’ankyloser leurs muscles. 

Ce même expert, cité par le Guardian, affirme par ailleurs avoir vu des athlètes enrouler leurs membres dans des bandages, ou même absorber du Valium, un anxiolytique, toujours dans le but d’amoindrir leurs performances et de se retrouver en compétition face à des adversaires plus faibles.

Sujet tabou

Rares sont les athlètes à briser l’omerta. Devant la commission d’enquête britannique, Tanni Grey-Thompson (onze fois championne paralympique d’athlétisme) a expliqué que des sportifs avaient été menacés de renvoi de la sélection s’ils mettaient publiquement en cause le système de classification. 

La Française Marie-Amélie Le Fur, triple médaillée aux Jeux de Rio en saut en longueur, reconnaît la persistance de rumeurs concernant certains pays. Mais tous les types de handicap ne sont pas concernés, selon elle.

"Il est assez difficile de douter de ma classification, je suis amputée de la jambe gauche, c’est assez facile à voir", glisse-t-elle dans un sourire. "En revanche on peut avoir des questionnements sur les déficients visuels par exemple"

Pour Marie-Amélie Le Fur, la question de la classification en fonction du handicap est loin d'être simple. _"_On essaie de regrouper des pathologies très différentes les unes des autres. Certains sportifs vont avoir l’impression d’être lésés, de n’avoir pas exactement les mêmes chances de médaille".

Des règles à améliorer 

Des accusations que réfute en bloc le nageur paraplégique David Smétanine, pour qui le système aujourd’hui est "le plus juste possible" , grâce à des évaluations complètes et complexes.  

"En natation par exemple, on est d’abord soumis à un test kiné sur un banc, puis une observation dans l’eau, un test technique aquatique", détaille-t-il. Pour évaluer le potentiel musculaire de chaque sportif, les spécialistes utilisent un système de points. "Un muscle sain, c’est 5 points. Si, au niveau du biceps, vous n’avez aucune contraction, vous n’avez aucun point. Une petite contraction vous vaut un point. Un mouvement avec toute l’amplitude, trois points, etc". 

Le président du Comité international paralympique Andrew Parsons reconnait néanmoins que les règles des classifications doivent être améliorées, comparant le phénomène à la lutte antidopage

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