La ministre des Sports a annoncé mardi qu'elle souhaitait légaliser la pratique des arts martiaux mixtes, en la déléguant à la Fédération française de boxe. Grosse nouvelle pour les amateurs comme pour les stars françaises, qui vont pouvoir enfin combattre à domicile.

Roxana Maracineanu a choisi de déléguer l’organisation du MMA à la fédération française de boxe, premier pas vers la légalisation.
Roxana Maracineanu a choisi de déléguer l’organisation du MMA à la fédération française de boxe, premier pas vers la légalisation. © AFP / François Guillot

Les combattants ont fait des pieds et des mains pour être reconnus, c’est chose faite : la ministre des Sports Roxana Maracineanu a choisi mardi de déléguer l’organisation de la pratique des arts martiaux mixtes (MMA) à la fédération française de boxe, premier pas vers la légalisation de la discipline

De quoi dédiaboliser, espèrent les professionnels, l’image du MMA, ce sport de combat libre où tous les coups sont permis : coups de poing, de pied, mais aussi de genou et de coude. Les coups au sol, les clés et les étranglements sont également autorisés. Le tout dans une enceinte fermée, qu’on appelle l’"octogone". "Le MMA n’est apparemment pas un sport facile à défendre", soupire Bertrand Amoussou, président de la commission française de MMA et directeur de la fédération internationale, interrogé par France Inter. "Sur les réseaux sociaux et les médias, on trouve un peu de tout et de n’importe quoi, et souvent le plus sulfureux." Comme cette vidéo sur Youtube, visionnée plus d'un million de fois, qui compile les blessures les plus impressionnantes du MMA

La légalisation, combat de 15 ans

"Ça fait presque 15 ans qu’on œuvre à ce que ce jour arrive", souligne Bertrand Amoussou, pionnier de ce sport en France. "Satisfait" même s'il attend encore l'avis consultatif du comité olympique français, qui attendu dans les prochaines semaines : "J’ai rencontré beaucoup de gens dans le s ministères, mais c’était assez compliqué. Soit ils ne savaient pas de quoi ils parlaient, ou alors les conseillers avaient une mauvaise visibilité du sport. C’était toujours très difficile de convaincre." Thierry Braillard, ancien secrétaire d'État chargé des Sports sous la présidence de François Hollande, avait d'ailleurs confirmé fin 2016 l'interdiction par décret du sport. La France était alors le seul pays d'Europe à interdire le MMA professionnel.

La pratique amatrice de MMA est tolérée en France.
La pratique amatrice de MMA est tolérée en France. © AFP / Jean-Philippe Ksiazek

Face aux refus successifs, les professionnels des arts martiaux mixtes ont donc œuvré pour structurer leur discipline. Un combat de longue haleine : "Il a fallu mettre en place tout un système, élaboré avec la fédération internationale, pour présenter une progression technique, pour qu’on puisse enseigner le MMA dans les clubs comme on enseigne n’importe quel autre sport de combat. Des systèmes de grades, une progression dans l'enseignement des mouvements…", énumère Bertrand Amoussou, qui enseigne aussi lui-même le MMA. "Des choses qu’il a fallu créer, parce qu'elles n’existaient pas."

Reste à travailler main dans la main avec la Fédération française de boxe. "C’est la boxe, ça aurait pu être une autre,  je pense qu’on fera un très bon boulot", prédit Bertrand Amoussou : "il faut juste se mettre en accord." 

"Vous demandez à n’importe qui dans la rue, les gens connaissent, ce qui n’était pas le cas il y a 5 ans"

Le MMA compterait entre 30 000 et 50 000 pratiquants en France, dans des clubs affiliés à diverses fédérations d’arts martiaux. Car a pratique amatrice est "tolérée". Des fans de MMA qui pour beaucoup suivent religieusement les compétitions organisée à l’étranger, dont la plus renommée est l’Ultimate Fighting Championship (UFC), avec ses stars charismatiques comme l'Irlandais à barbe rousse Conor McGregor. 

McGregor est devenu en 2016 le premier combattant de l'histoire de l'UFC à décrocher deux titres dans deux divisions différentes en même temps, poids plumes et poids légers.
McGregor est devenu en 2016 le premier combattant de l'histoire de l'UFC à décrocher deux titres dans deux divisions différentes en même temps, poids plumes et poids légers. © AFP / Steve Marcus

Le MMA est donc connu et reconnu, les structures sont prêtes, et le reste suivra, augure le président de la commission française : "Derrière, des coachs vont ouvrir des clubs et accueillir les différentes populations. Demain, avec le concours d’une fédération délégataire, on pourra mettre en place des formations diplômantes pour que n’importe quel coach ou personne qui souhaite faire du MMA soit sûre de rentrer dans un club, et de pratiquer la discipline sans se blesser. Ce qui était important c’est de ne pas laisser une pratique dans la nature sans qu’elle puisse être encadrée par des professeurs diplômés."

Le retour des combattants au bercail

La légalisation signerait aussi le comeback triomphal de stars françaises de MMA dans l'Hexagone, comme Francis Ngannou ou Ciryl Gane. "Tous les combattants français, moi y compris quand j’ai démarré, partaient à l’étranger pour combattre et défendre les couleurs de la France, car on ne pouvait pas combattre sur le sol français", souligne Bertrand Amoussou. "C’est un point important pour les acteurs qui vont pouvoir avoir une reconnaissance chez eux : on pourra enfin combattre chez nous."

Cyril Gane, l'un des grands noms du MMA à la française.
Cyril Gane, l'un des grands noms du MMA à la française. © AFP / Seyllou

Avec une promesse : l'organisation d'événements de grande ampleur chez nous, comme des galas. Les leaders mondiaux de compétitions de MMA sont d'ores et déjà dans les starting blocks, à commencer donc par la puissante Ultimate Fighting Championship, valorisée à 4 milliards de dollars (3,6 milliards d'euros) lors de son rachat en 2016. "Nous espérons organiser plusieurs événements par an en France et à Paris", assurait l'année dernière son directeur général.

Derrière, on pourra aussi avoir une protection des publics, un contrôle accru de la discipline et surtout proposer un cadre à des pratiquants qui existent déjà et qui le demandent fortement", Roxana Maracineanu, ministre des Sports

Répondre à la fois aux exigences des professionnels et des amateurs, c’est bien l’objectif affiché par Roxana Maracineanu, interrogée ce mercredi sur franceinfo : "Les champions sont contraints d'aller jouer à l'étranger, donc devant un autre public que le nôtre et donc avec moins de chance de l'emporter. Et puis je pense aux pratiquants loisirs, qui ne peuvent pas se licencier et donc ne peuvent pas bénéficier d'une protection adéquate comme tous les autres pratiquants de sport en France", argumente la ministre des Sports.

Sans oublier la dimension sociale, tient à ajouter Bertrand Amoussou : "Le MMA est très attractif au niveau des jeunes. Il peut devenir demain un vecteur pour récupérer certains jeunes en perdition, et les remettre sur le droit chemin."

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