Les championnats de France de natation dans le grand bassin de Saint-Raphaël dans le Var ont consacré une nouvelle fois Florent Manaudou ce vendredi soir sur le 50 mètres nage libre. Mais cette compétition, la première depuis le confinement de mars, est aussi un révélateur pour de jeunes talents, dont Léon Marchand.

Léon Marchand, en février dernier à Nice
Léon Marchand, en février dernier à Nice © AFP / STEPHANE KEMPINAIRE / KMSP

Le visage est encore poupon mais la voix, assurée, est celle d'un jeune homme déterminé. A peine majeur (18 ans cette année), Léon Marchand ne se fixe aucune limite. "C'est exactement ça, explique-t-il en souriant, encore haletant après une qualification pour la finale du 200 mètres papillon qu'il a remportée avec un temps canon de 1 minute, 56 secondes 63 centièmes. Je me fixe le moins de limites possibles, j'essaye d'être libre. Et je suis ici pour m'amuser." 

S'amuser alors que 2020 ne s'est pas déroulé comme prévu avec l'épidémie de coronavirus. Le jeune Toulousain sortait d'une saison 2019 XXL : un premier titre chez les seniors sur le 200 mètres papillon, deux médailles de bronze aux championnats d'Europe juniors et une autre aux mondiaux juniors. Il n'a pas pu confirmer dans la foulée à cause des bouleversements engendrés par la crise sanitaire. 

"Je n'ai que 18 ans" (Léon Marchand)

Mais dans cette période, il s'est construit un mental d'acier. "Le mental, ça joue énormément. Ca dépend des nageurs mais à un moment dans une carrière, on en a besoin pour pouvoir se recentrer sur soi-même et aller chercher un peu plus loin en nous." Et le nageur de poursuivre, toujours avec un ton posé : "Les freins pour moi, ça pouvait être le stress et la peur qu'il faut arriver à gérer. Moi, je n'ai que 18 ans et ça pouvait être compliqué. Je commence à y arriver, ça commence à se mettre en place et je suis content."  

Précoce, Léon Marchand l'est aussi dans la gestion de sa carrière. Issu d'une famille de nageurs (son oncle et ses parents ont disputé des Jeux Olympiques), il a été repéré par Bob Bowman, l'ancien entraîneur du mythique Michael Phelps (23 médailles d'or reportées entre 2004 et 1016 aux JO). Après les Jeux, il intègrera son académie en Arizona aux Etats-Unis, comme il l'a annoncé en septembre dernier. "J'ai toujours kiffé la culture des Etats-Unis, raconte celui qui a vécu tout bébé quelques mois là-bas où son père s'entraînait. C'est aussi dans ce pays qu'il y a les meilleurs nageurs au monde. C'est l'un des seuls pays où on peut s'entraîner et faire des études à côté. Je peux même espérer décrocher un master dans le domaine de l'ingénierie ou de l'informatique." 

"Pas une menace" (Julien Issoulié, DTN de la natation française)

Cet exil aurait pu provoquer de vifs débats mais le Directeur Technique National Julien Issoulié, ne le voit pas d'un si mauvais œil. "A partir du moment où l'athlète fait le choix d'aller à cet endroit-là, qu'il est attendu, que le projet va être construit autour de lui et de sa progression, c'est intéressant, détaille-t-il au bord du bassin. Je ne me dis pas qu'il part parce qu'il n'a pas ça chez nous. Il part parce qu'il veut aller chercher autre chose. Je ne le vois pas comme une menace. En plus, il aura la chance certainement d'avoir des diplômes américains. Et dans la natation, qui n'est pas le sport de haut niveau le plus rémunérateur, c'est quand même bien de pouvoir penser à l'avenir." 

Mais avant le rêve américain, il y a Tokyo et les Jeux l'été prochain. Léon Marchand, le nageur pressé, ne veut pas laisser passer sa chance.