La saison passée 1.820 suspicions de commotions cérébrales ont été signalées dans le rugby amateur. Réunis à Marcoussis ce jeudi, experts et médecins réfléchissent à des solutions.

Des jeunes joueurs de rugby des écoles de Villefranche de Lauragais et de Rouffiac-Tolosan jouent en novembre 2008.
Des jeunes joueurs de rugby des écoles de Villefranche de Lauragais et de Rouffiac-Tolosan jouent en novembre 2008. © AFP / PASCAL PAVANI

Dans beaucoup de fiefs du ballon ovale, le mot rugby rime avec tradition, manège-carré et plaquages. Le terme "commotion cérébrale", lui, intervient rarement dans les conversations. Pourtant, la saison passée, 1900 suspicions de commotions cérébrales ont été détectées dont 1820 dans le monde amateur selon la Fédération française de rugby (FFR).

En 2011, c’est ce qui est arrivé à Bertrand Desortiaux sur un terrain d'Auvergne. C'était la première fois que le joueur se retrouvait avec les seniors de Saint-Genès-Champanelle, dans le Puy-de-Dôme. Un match de première série, l'équivalent de la 8ème division et puis ce coup à la tête. Il ne se rappelle de rien "pendant dix, quinze minutes, c'est inquiétant", raconte-t-il à France Inter.

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Si le problème est de plus en plus visible dans le monde du rugby professionnel, sa prise en compte dans le monde amateur est plus lente. Alors pour tenter de trouver des solutions, l'Observatoire médical du rugby se réunit pour la première fois ce jeudi 19 octobre à Marcoussis, dans l'Essonne. Arbitres, techniciens, médecins, experts et chercheurs sont rassemblés pour réfléchir aux pratiques à changer dans le monde professionnel mais aussi dans le monde amateur qui rassemble quelque 300.000 licenciés en France.

L’appel à la mobilisation du médecin de l’association du Stade Français

Dans une lettre ouverte publiée début octobre, Jean-Christophe Berlin, responsable du pôle médical de l’association du Stade Français (Paris) lance l’alerte. Il dresse un constat "alarmant" des blessures chez les joueurs de la catégorie minime : les moins de quatorze ans.

Il dénonce en particulier les risques liés aux écarts de poids et de tailles, ils "vont du simple au double, soit de 50kg pour 100kg et 1m60 pour 2m". Le médecin précise que les chocs ont d’autant plus d’impact sur des joueurs de cet âge-là, en pleine croissance. 

Jean-Christophe Berlin appelle donc à mettre fin à la pratique de la percussion directe jusqu’à la catégorie cadet où "les écarts de gabarit sont moins prononcés" précise encore le médecin dans sa lettre.

Un sport qui inquiète les parents et perd des adhérents

Le rugby français a perdu 12.000 licenciés de moins de quatorze ans ces quatre dernières années. Selon Philippe Lageyre, médecin du comité de rugby du Béarn, se sont les parents qui s’inquiètent plus qu’avant. Lui gère des dossiers de commotions chaque semaine dans le club et avertit les parents lors des inscriptions : le rugby est quand même traumatisant.

Comme de nombreux professionnels, Philippe Lageyre appelle à une évolution dans le sport.

Le carton bleu : nouvelle arme contre les suspicions de commotions 

Depuis le 8 septembre maintenant, un nouveau carton apparaît sur le bord des terrains amateurs : le carton bleu. Expérimenté en Fédérale 1 (plus haut niveau chez les amateurs) et en Top 8 (l'élite féminine) il entraîne l’exclusion d’un joueur ou d’une joueuse en cas de suspicion de commotion cérébrale.

Le sportif est alors au repos forcé pour une durée minimale de dix jours mais qui peut atteindre plusieurs mois. Seule une attestation signée d’un médecin peut permettre au joueur de rechausser les crampons.

Jeudi à Marcoussis, les experts du sport et de la santé ont prévu d’échanger pendant une heure sur les blessures et commotions dans le rugby amateur. L’urgence est réelle puisque la France veut éviter le drame qui s’est produit en Irlande en 2011 : un collégien de quatorze ans mort après trois commotions subies dans un même match.

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