Duel au sommet... rarement autant que sur le Tour l'expression aura aussi bien portée son nom.

1948 : Bartali vs Bobet

Le Tour 1948 restera dans les mémoires comme celui du retour de Gino Bartali, 10 ans après sa victoire d’avant-guerre. Mais face à lui, il y avait cette année-là un jeune Français que Gino ne connaissait pas, Louison Bobet.Bobet qui portera le maillot jaune 9 jours durant, autant que le vainqueur. Et qui livrera jusqu’au bout une bataille entamée entre La Rochelle et Bordeaux, et poursuivie sur les pentes de l’Aubisque, avant de trouver son épilogue plus tard, dans les Alpes, entre Briançon et Aix-les-Bains.

### 1964 : Poulidor vs Anquetil En 1964, si on est Français, on est Anquetil ou Poulidor comme on est Bordeaux ou Bourgogne. Le Normand et le Limousin vont en découdre avec des fortunes diverses qui seront surtout des infortunes pour le populaire Poupou, victime d’une chute à Toulouse et d’une crevaison sur la route de Bayonne, chaque fois à un moment où il est en bataille avec Maître Jacques.Jusqu’à la vingtième étape entre Brive et le Puy-de-Dôme que Jacques Goddet qualifiera dans « L’Equipe » de « Bataille du Tour des Tours ». Après un coude à coude d’anthologie, Poulidor a repris 42 secondes au maillot jaune, revenant à seulement 14 secondes d’Anquetil (qui est allé au bout de ses forces pour limiter l’écart) au classement général.L’ultime étape contre la montre entre Versailles et Paris, consacrera Anquetil qui finira les 4505 kilomètres de ce Tour avec 55 secondes d’avance sur son rival de toujours.
Duel Poulidor Anquetil 1964
Duel Poulidor Anquetil 1964 © Radio France / L'Equipe
### 1971, Mercks vs Ocana Cette année 1971, Eddy Merckx va remporter son troisième Tour consécutif. Pourtant, au départ, la concurrence était loin d’être résignée : Zoetemelk et Van Impe, mais surtout Luis Ocana semblent capables de rivaliser.En effet, l’Espagnol s’impose en solitaire à Orcière Merlette dans la 11ème étape et s’empare du maillot jaune. Dans la 14ème, dans la descente du col de Mente, Merckx tombe, entrainant Ocana dans sa chute. Celui-ci se relève au moment où arrive Zoetemelk qui ne peut l’éviter. Brisé, l’Espagnol est contraint à l’abandon. Merckx affirmera « _gagner le Tour dans ces conditions ne m’intéresse pas_ ».
Merckc Ocana 1971
Merckc Ocana 1971 © Radio France / L'Equipe
### 1984, Fignon vs Hinault Rarement équipe française aura tant dominé le Tour. Un Tour qui restera comme celui de la passation de pouvoir entre deux champions exceptionnels. Bernard Hinault, absent l’année précédente avait laissé le commandement de l’équipe Renault à son dauphin Laurent Fignon pour une première victoire de celui-ci. Mais le Blaireau était revenu avec des ambitions à la tête de sa nouvelle formation, La Vie Claire. Pourtant, les équipiers de Fignon ne lui laisseront que des miettes, comme le raconte le directeur sportif de Renault, Cyrille Guimard. "Dans les secrets du Tour de France" de Cyrille Guimard (Grasset, 2012) > Notre harmonie collective n'avait d'égale que notre domination globale. Jamais nous n'avions maitrisé un Tour de France de cette manière. Jamais. Je dus d'ailleurs réfréner quelque peu les ardeurs de Laurent qui, chaque jour, pouvait s'envoler seul s'il le souhaitait (...).Ce jour là, Hinault n'avait pas abdiqué. Il était passé à l'offensive dès le col du Coq, puis, de nouveau, dans la côte de Laffey. Laurent n'eut aucun problème pour répliquer à ce harcèlement sans jamais paniquer. Un peu avant Bourg-d’Oisans, le Blaireau n'attendit pas la montée finale et, avant même les premiers lacets, sur le plat, il décida d'attaquer. Une forme de suicide. Dès les premières rampes de l'Alpe d'Huez, Laurent était revenu sur lui. Et il le déposa à la seconde où je lui en donnais l'ordre. Hinault abandonna quelques minutes. Laurent prenait définitivement le maillot jaune.Lors de la conférence de presse, un journaliste lui demanda : "Qu'est-ce que ça vous a fait quand Hinault a attaqué avant l'Alpe ?". Laurent répondit : "Quand je l'ai vu partir ainsi, je me suis mis à rigoler". C'était cruel. ### 1989 : LeMond vs Fignon Un KO pour 8 secondes.Pendant toute la durée du Tour, depuis la cinquième étape, Laurent Fignon et l’Américain Greg LeMond se sont échangé le maillot jaune. A la veille de l’arrivée, le Français était en tête avec 50 secondes d’avance…Jusqu’à ce contre-la-montre de 24 kilomètres 500 entre Versailles et les Champs-Elysées. Fignon blessé à la selle, LeMond qui utilise un guidon plat de triathlète, et à l’arrivée, LeMond qui s’impose avec 58 secondes d’avance, reléguant Fignon à 8 secondes au classement général.8 secondes pour l’éternité.
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.