Ils sont rares, imprévisibles et légendaires. C'est pour ça qu'on les aime ces matchs en cinq sets à rallonge. Ils sont le grand privilège des matchs de Grand Chelem. Il y a 10 ans, l'américain John Isner et le français Nicolas Mahut se livrèrent un combat record de plus de 11h à Wimbledon. Rétrospective.

Les deux joueurs posent devant leur score légendaire, sur le court 18 du tournoi de Wimbledon en 2010
Les deux joueurs posent devant leur score légendaire, sur le court 18 du tournoi de Wimbledon en 2010 © AFP / GLYN KIRK

John Isner vs Nicolas Mahut (2010) - 11h05

Le match qui a conduit Wimbledon à revoir ses règles de jeu au 5e set

C'était en juin 2010. Le match s'étend sur trois jours et le tableau d'affichage présente un score astronomique "6-4 ; 3-6 ; 6-7 ; 7-6 ; 70-68". Les deux joueurs ayant gagné, à eux deux, 183 jeux et 980 points en tout ! Il est important aussi de rappeler que, ce jour-là, ce sont deux grands serveurs qui s'opposent et sur l'une des surfaces les plus rapides de l'histoire du tennis. Ils claquent 216 aces en tout. Isner en produit 113 à lui tout seul ! Premier record. Depuis ce match, il détient le record d'aces effectués au cours d'une partie avec Nicolas Mahut qui vient ensuite avec ses 103 aces

Une formidable combinaison très souvent propice aux grands retournements de situation. Sur herbe, à Wimbledon, le combo service/volée fait la force, la renommée, le prestige, le particularisme et la légende du tournoi depuis sa création en 1877. 

Dans le dernier set qui oppose alors l'Américain au Français, aucun joueur ne cède son service. C'est la raison pour laquelle le score devient vite pyramidal et interminable ! 

En 2010, le Grand Chelem londonien n'avait pas encore introduit de super tie-break au cinquième set. Désormais, arrivés à 12 jeux partout dans le cinquième set, les deux adversaires doivent aborder un super tie-break de 7 points. Cela est mis en place depuis 2019 seulement, pour éviter que les matchs deviennent interminables. Tristesse. La même année l'Open d'Australie avait fait de même mais à hauteur de 6 jeux partout. L’US Open était le premier tournoi à avoir introduit ce système de super tie-break classique à 6 jeux partout 6 (en 7 points) en 1970.

Oui car, au tennis, pour gagner, il faut forcément remporter, à un moment ou un autre, la mise en jeu de son adversaire. C'est-à-dire remporter un jeu où son adversaire est en train de servir pour disposer de deux jeux d'avance. C'est le fameux "break" ! Un match sans break peut vite déboucher sur un cinq sets à rallonge comme l'ont parfaitement illustré nos deux champions en 2010. 

11h05 : Jeu, set et match Isner !

C'est la base. Pour arriver jusqu'au cinquième set, au tennis, il faut que les deux joueurs remportent chacun deux sets. C'est chose faite après presque trois heures de jeu. 

John Isner obtient une première balle de match à 10 jeux à 9 dans le cinquième set sur le service du français, mais que ce dernier écarte fermement grâce à un ace qui lui permet d'égaliser à 10 jeux à 10. Rassurez-vous, nous en sommes alors seulement qu'à quatre heures de jeu ! La partie est loin d'être finie. 

L'Américain obtient deux nouvelles chances d'écourter ce match en obtenant deux balles de match à 33 jeux à 32 (40-15) une nouvelle fois sur le service de son adversaire. Mahut les efface successivement grâce à une magnifique volée résiliente, deux services gagnants et un revers long de ligne qui parle de lui-même. Nous en sommes à 33 jeux partout ! 

Puis c'est une quatrième occasion manquée pour Isner d'emporter le match à 59 jeux 58 toujours sur le service du français qui recolle encore au score. Nous en sommes à 59/59.

Le match est interrompu pour la seconde fois à cause de l'obscurité. C'est parti pour le troisième (et dernier) jour !

Le suspense touche enfin à sa fin. L'Américain obtient son ultime balle de match à 69/68 pour remporter le match 70 jeux à 68 dans le cinquième set. Certes, s'il faut bien un vainqueur et un perdant, celui-ci est un match d'anthologie dont on ne retient que très peu le gagnant. C'est une double victoire tant les deux joueurs inscrivent le record le plus original de l'histoire du tennis, et qui ne sera sans doute jamais battu. 

Six matchs rallye en Coupe Davis 

En 2015, lors de la Coupe Davis (qui oppose les équipes nationales), l'argentin Léonardo Mayer et le brésilien Joao Souza produisent le deuxième plus long match de l'histoire du tennis. C'est un combat de 6h42, soit 20 minutes de plus que celui qui vit opposer John McEnroe et Mats Wilander en 1982, durant le même championnat (6h22). 

Viennent ensuite Boris Becker face John McEnroe, en 1987 (6h21) ; l'argentin José Luis Clerc face à John McEnroe durant la finale de 1981 (6h15) ; l'autrichien Horst Koff face à Mats Wilander en 1989 (6h04) ; le canadien Harry Fritz face au vénézuélien Jorge Andrew, en 1982 (6h01) ; et le tchèque Radek Stepanek face au croate Ivo Karlovic, en 2009 (5h59)...

John Isner vs Kevin Anderson (2018) - 6h35

En 2018, l'américain John Isner (oui encore) était opposé au sud-africain Kevin Anderson, un autre très grand serveur sur le circuit. Ils se sont illustrés en demi-finale du tournoi de Wimbledon, un an avant que les nouvelles règles concernant le cinquième set ne soient instituées à Londres. Cette fois, l'Américain n'est pas venu à bout de ce second interminable rallye de 6h35 de jeu. 

Les trois premiers sets seront remportés au Tie-break (arrivé à 6 jeux partout, le premier qui arrive à 7 points remporte le set), c'est très souvent le cas lorsque deux gros serveurs s'opposent. Le tie-break est fort bien utile pour les démarquer. Le cinquième set restera lui aussi à tout jamais inscris dans la légende : 26-24 ! 8 ans après, Isner avait peut-être voulu tenter de battre son premier record. Qui sait ?

Score : 7-6 ; 6-7 ; 6-7 ; 6-4 ; 26-24 Anderson !

Fabrice Santoro et Arnaud Clément (2004) - 6h33

Il faut ensuite remonter aux années 2000, sur la terre parisienne cette fois-ci. Le match opposait, en 2004, les deux français Fabrice Santoro et Arnaud Clément au premier tour. Décidément, les premiers tours semblent avoir des prédispositions pour les matchs à rallonge ! À l'époque les deux joueurs avaient un style de jeu et un engagement mental similaires dont la complexité tennistique a mené à ce grand combat sur le terrain central. 

Résultat : 6-4 ; 6-3 ; 6-7 ; 3-6 ; 16-14 Santoro !

Saviez-vous que Roland Garros est le seul tournoi du Grand Chelem à faire exception à la règle d'un Super tie-break au cinquième set, comme l'ont introduit ses trois autres homologues ? À Paris, la tradition d'un cinquième set avec deux jeux d'écarts est encore en place. Joie. 

Novak Djokovic vs Rafael Nadal (2012) - 5h53

C'est la plus longue finale jamais jouée en Grand Chelem.

C'était à Melbourne durant l'Open d'Australie. En plus d'approcher les six heures de jeu, elle oppose deux des plus grands joueurs de l'histoire du tennis. Le serbe Novak Djokovic, numéro 1 mondial, vient à bout du majorquin Rafael Nadal, numéro 2 mondial, en cinq sets. Alors que, dans le dernier set, Nadal parvient à breaker le serbe, en menant alors 4 jeux à 2, Djokovic débreake et recolle à 5 jeux partout, avant de breaker l'Espagnol à son tour et de remporter 7-5 au dernier set. 

Si le score ne semble pas si stratosphérique à première vue, les échanges quant à eux sont souvent très longs. Après ses victoires, en 2011, à Wimbledon et à l’US Open, face Nadal, le serbe remporte son troisième titre de grand Chelem consécutif ! C'est le cinquième de sa carrière. 

Score : 5-7 ; 6-4 ; 6-2 ; 6-7 ; 7-5 Djokovic !

John Isner vs Paul-Henri Mahtieu (2012) - 5h41

La même année, au deuxième tour de Roland Garros, l'américain John Isner redonne vie au souvenir de Wimbledon 2010 ! Cette fois-ci c'est contre un autre Français qu'il consacre ce nouveau rallye. 

Isner récite là son style tennistique : 41 aces, 37 coups droit gagnants et 86 % de réussite sur ses 36 montées au filet. Mais Paul-Henri Mathieu aura raison de lui en cinq sets affichant 18/16 au dernier jeu. Le français revenait sur le circuit après une longue absence : il s'était fait opérer du genou et prouvait qu'il pouvait rejouer à un haut niveau. Il est 21h passées quand il confirme sa 7e balle de match. 

Score : 6-7 ; 6-4 ; 6-4 ; 3-6 ; 18-16 Mathieu ! 

À Wimbledon, un précédent record avait été détenu par Greg Holmes et Todd Witsken, en 5h28 au deuxième tour en 1989 ; à l'US Open, rappelons aussi le combat de titans entre Stefan Edberg et Michael Chang en 1992, pour un match qui avait duré 5h26. L'année dernière, en 2019, alors que Wimbledon avait introduit le nouveau système de super tie-break en 7 points dans le cinquième set, à 12 jeux partout, Novak Djokovic vient à bout du suisse Roger Federer en 4h57

Les matchs féminins les plus longs

Si le plus long match a eu lieu durant le tournoi à Richmond, en Virginie, en 1984, lorsque Vicki Nelson vint à bout de Jean Hepner en deux manches (6–4, 7–6), le match le plus saisissant en Grand Chelem, du point du vue du nombre de jeux, est détenu par l'énorme combat de 4h44 que se sont livré l'italienne Francesca Schavione et la russe Svetlana Kuznetsova à l'Open d'Australie en 2011, pendant les huitièmes de finale : 

Score : 6-4 ; 6-1 ; 16-14 Schiavone !  

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