L'ex-star des parquets Magic Johnson a démissionné, dans la nuit de mardi à mercredi, de son poste de président de la franchise de basket de Los Angeles. La fin d'une histoire d'amour avec les Lakers qui aura duré 40 ans. Quatre décennies durant lesquelles il est passé par quasiment tous les postes.

Magic Johnson, lors de l'annonce de sa démission de la présidence des Los Angeles Lakers.
Magic Johnson, lors de l'annonce de sa démission de la présidence des Los Angeles Lakers. © Getty / HARRY HOW

Une allocution de 40 minutes. Inattendue, surréaliste, parfois confuse. À quelques minutes d'un match de basket entre les Los Angeles Lakers et les Portland Trailblazers, dans la nuit de mardi à mercredi, Magic Johnson a convoqué la presse, aux bords des larmes. "J'ai décidé aujourd'hui de quitter mon poste de président", a-t-il déclaré. L'ex-meneur vedette des Lakers dans les années 80-90 a expliqué sa volonté de "reprendre sa liberté" à 59 ans, miné, il faut dire, par une saison cauchemardesque. La franchise emblématique de la cité des Anges ne participera pas aux play-offs pour la sixième année consécutive, malgré le recrutement en grande pompe, l'été dernier, de la star Lebron James. 

C'est la fin d'une histoire aux multiples rebondissements qui aura duré 40 ans.

Les débuts fracassants

Après avoir fait ses gammes à l'université d'État du Michigan, Earvin Jonhson Jr. dit Magic Johnson se présente à la Draft NBA en 1979. Il n'a que 20 ans et est directement choisi en première position par les Los Angeles Lakers. Meneur de grande taille (2,06 m), il va vite se faire une place au sein de la prestigieuse franchise californienne. 

Le "rookie" (ndlr : débutant, en français) se fait remarquer dès son premier match en délivrant une passe décisive pour la vedette de l'équipe, Kareem Abdul-Jabbar. Le pivot marque au "buzzer" pour donner la victoire aux Lakers d'une courte tête face aux San Diego Clippers. La légende est en marche. 

Au cours d'une année 1979-1980 proche de la perfection, Magic Johnson va cumuler 18 points, 7,7 rebonds, 7,3 passes décisives et 2,4 interceptions de moyenne par match. Sa franchise se qualifie pour les play-offs où il va jouer un rôle majeur. Lors du sixième match des finales NBA face à Philadelphie, Kareem Abdul-Jabbar se blesse. Le "rookie", habituellement meneur, le supplée au poste de pivot et va sortir un match monumental avec 40 points inscrits. Les Lakers sont champions pour la première saison de Magic Johnson chez les grands

Le spécialiste du "Showtime"

Ce qui caractérise ce grand meneur, c'est avant tout sa qualité de passe. "Un panier rend heureux une personne, une passe rend deux personnes heureuses", déclare-t-il après un match lors duquel il délivre plus de 20 passes décisives. Magic Johnson s'érige en spécialiste du"Showtime", des actions de grande classe. Passe à l'aveugle - sans regarder le receveur - passe dans le dos, entre les jambes. Il amuse la galerie, les spectateurs et ses coéquipiers.

Durant toute sa carrière NBA, il délivre 10 334 passes décisives et devient rapidement le meilleur passeur de l'histoire de la ligue. Un record aujourd'hui dépassé, mais il reste encore, en 2019, le joueur au ratio passes décisives par match le plus élevé de tous les temps, avec 11,19 passes par match.

La séropositivité, fin de la parenthèse enchantée 

C'est un moment qui restera dans l'histoire de la NBA, dans l'histoire du sport tout court, d'ailleurs. Nous sommes le 7 novembre 1991. Magic Johnson a 32 ans et compte à son actif neuf finales et cinq titres dans le championnat américain. Il est au sommet de son art, idole de tout fan des Lakers. Mais il ne joue plus depuis une semaine. Quelque chose ne va pas. L'encadrement de la franchise californienne fait officiellement savoir que son meneur est atteint d'un virus, qu'il perd du poids mais qu'il va bientôt revenir sur les parquets. 

Déjà, la rumeur court. Magic Johnson serait atteint du VIH. L'entraîneur des Lakers convoque tous les joueurs dans le vestiaire et officialise la nouvelle. Pendant ce temps, Magic Johnson, lui, se présente en conférence de presse. Pas en tenue d'entrainement mais en costume-cravate. Il s'avance au micro et annonce qu'il met un terme à sa carrière, affaibli par sa séropositivité qu'il rend publique, en direct, sur les chaînes d'information américaines en continu.

Certains journalistes sont en larmes, lui demandent combien de temps il lui reste à vivre. Magic Johnson livre un discours plein d'espoir. "Je vais continuer à mener ma vie et vivre encore longtemps. Vous me reverrez. J’ai l’intention de rester proche des Lakers. Je vais continuer ma route. Je vais vaincre cette maladie et je vais continuer à m’amuser", déclare-t-il en conférence de presse.

Quelques mois plus tard, son numéro 32 est retiré, en hommage à sa carrière. Plus personne ne pourra l'avoir sur un maillot des Lakers.

Il est, à ce jour, le seul joueur de basket américain à avoir révéler sa séropositivité, durant sa carrière. Il fera savoir, plus tard, qu'il a contracté le virus en ayant eu des rapports non protégés avec plusieurs femmes, dans sa jeunesse.

Bien qu'éloigné des parquets, il sera sélectionné par les fans pour disputer le All-Star Game en fin de saison et fera partie de la Dream Team américaine victorieuse des Jeux Olympiques de Barcelone, en 1992.

Du poste d'entraîneur au retour sur les parquets

Tellement emblématique et important aux yeux des Lakers, il reste sous contrat, malgré l'annonce de sa fin de carrière. Il est même prolongé d'une saison par la franchise, qui rêve toujours d'un hypothétique retour à la compétition. Telle une histoire digne d'un film holywoodien. 

Le retour en forme prend du temps. C'est finalement par un autre biais que Magic Johnson va faire son come-back. Les Lakers sont aux abois lors de la saison 1994-1995. Le propriétaire de la franchise NBA fait appel à son ancienne gloire pour reprendre en main l'équipe, au poste d’entraîneur. Magic Johnson dirige les 16 derniers matchs de l'année pour un maigre bilan de 5 victoires pour 11 défaites. Les Lakers vont manquer les play-offs. Une première depuis 18 ans.

L'année d'après, Magic Johnson fait part de son envie de rejouer en NBA. Les Lakers sautent sur l'occasion et lui proposent un énième contrat. Le retour sur les parquets de l'enfant prodige a lieu le 30 janvier 1996, trois ans et demi après son dernier match aux JO de Barcelone. Le numéro 32 des Los Angeles Lakers commence la rencontre sur le banc face aux Golden State Warriors et lorsqu'il s'apprête à rentrer en jeu, le public se lève et l'applaudit de longues minutes. Magic Johnson prouve qu'il n'a rien perdu de son talent et finit le match avec 19 points. Un come-back héroïque. Ce sera le premier de ses 32 derniers matchs. Il quitte définitivement les parquets en fin de saison.

Un rôle d'ambassadeur

Officiellement retraité, Magic Johnson ne reste jamais loin de l'organigramme des Lakers. Il devient actionnaire en achetant 4,5% des parts de la franchise, qu'il revendra en 2010 à un fidèle abonné des gradins. Durant toute cette période, il fera profiter aux Lakers de sa notoriété et de son rôle d'ambassadeur pour attirer les meilleurs joueurs de la ligue, parmi lesquels Shaquille O'Neal et Kobe Bryant.

Il donne son avis sur tout. Le recrutement, les stratégies de direction, les différents coachs et mieux vaut ne pas s'attirer ses foudres pour rester quelqu'un qui compte chez les Lakers. De 2010 à 2016, Magic Johnson occupe le poste de vice-président, un titre honorifique qui lui permet de garder une influence au sein de la franchise NBA. 

La présidence des opérations sportives

En février 2017, coup de tonnerre dans l'organigramme des Lakers. Il est appelé à la rescousse par la propriétaire Jeanie Buss, qui le nomme président des opérations sportives, avec l'idée de ramener la franchise en play-offs.

L'objectif espéré n'est pas atteint et l'histoire se termine mal. Deux ans après sa nomination, il démissionne. Un échec pour conclure 40 ans d'une belle histoire d'amour avec les Lakers. "Il n'y a pas de plus grand Laker qu'Earvin Johnson. Nous lui sommes redevables pour tout ce qu'il a accompli pour notre franchise, en tant que joueur, ambassadeur et dirigeant (...) Il sera toujours une icône des Lakers mais aussi un membre de notre famille", a déclaré dans un communiqué la propriétaire de la franchise.

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