Deux joueurs de tennis français de tennis ont été placés en garde à vue mardi matin dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de matches arrangés. Pour la première fois, des joueurs français sont concernés par cette enquête sur des paris truqués sur les matches de tournois professionnels secondaires.

Un scandale de corruption secoue le monde du tennis
Un scandale de corruption secoue le monde du tennis © Getty / Pablo Benitez Lope / EyeEm

Ces deux joueurs, Jules Okala, 21 ans (classé 381e joueur mondial à son meilleur en 2016), et Mick Lescure, 25 ans (487e en 2018) ont été interpellés à leur hôtel mardi matin, quelques heures avant le début d'un tournoi professionnel à Bressuire (Deux-Sèvres), et placés en garde à vue.

Ils sont soupçonnés d'avoir perçu de l'argent en échange de la perte d'un set sur un score précis.

Ces deux arrestations ont eu lieu dans le cadre d'une vaste enquête mondiale sur des matches arrangés qui implique des dizaines de joueurs et concerne des centaines de matches depuis 2014, dans plusieurs pays.

D'autres arrestations de joueurs pourraient avoir lieu dans les heures ou les jours à venir.

France Inter a recueilli le témoignage de Hugo Nys, 451ème mondial en simple dans les tournois de 2e et 3e catégorie, et 58e en double. Il a 27 ans. Il explique les tentatives de corruption sur les joueurs professionnels.

Toutes les semaines des joueurs sont approchés, presque tous l'ont été. Peut-être que certains n'ont pas beaucoup réfléchi et vont le payer. La tentation est forte car ils ne gagnent pas bien leur vie. On reçoit encore plus de menaces et d'insultes que de propositions. C'est tous les jours et tout le temps. Quand le mec dit qu'il va te trouver et te tuer, ça devient des menaces sérieuses. On m'a proposé 1.500 ou 2.000 euros pour perdre une finale. Un joueur qui "balance" un match c'est indétectable car comment juger du degré de volonté d'un joueur, c'est délicat.

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Hugo Nys

Par Fabrice Abgrall

Un scandale international

Ce coup de filet, qui concerne pour la première fois des joueurs français, a eu lieu dans le cadre d'une enquête bien plus vaste, qui avait mené, en juin dernier, à 13 arrestations en Belgique dans le milieu de la mafia belgo-arménienne. Des perquisitions avaient été menées à ce moment-là dans six autres pays, dont les États-Unis.

Un Arménien, surnommé "le Maestro", est soupçonné d'être le donneur d'ordre. Il a été inculpé en Belgique pour des faits de corruption, blanchiment d'argent, faux en écriture, appartenance à une organisation criminelle et infraction à la législation sur les jeux de hasard. Il est toujours détenu en Belgique.

L'enquête soupçonne une corruption active de joueurs professionnels depuis 2014 à travers le monde. Sont concernés des joueurs classés entre la 200e et la 800e place mondiale et non des joueurs de premier ordre. L'enquête, menée dans plusieurs pays, concerne des paris truqués sur les matches de tournois secondaires du circuit professionnel, les niveaux Future et Challenger.

Un responsable de l'Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL) s'est réjoui que "la collaboration exemplaire entre plusieurs acteurs à travers le monde porte ses fruits" et que dans cette affaire "ce ne sont pas seulement les joueurs mais aussi les manipulateurs qui aient à répondre de leurs agissements".

En France, l'enquête est menée par le service central des courses et jeux de la police judiciaire.

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