Un boxeur contre un combattant de MMA, c'est le programme de l'improbable combat qui aura lieu samedi à Las Vegas. Un duel très lucratif qui pourrait tourner au ridicule.

Le boxeur Floyd Mayweather affronte samedi soir le combattant de MMA Conor McGregor dans un improbable duel.
Le boxeur Floyd Mayweather affronte samedi soir le combattant de MMA Conor McGregor dans un improbable duel. © AFP / John Gurzinski

Floyd Mayweather et le noble art ont beaucoup à perdre samedi à Las Vegas, aux Etats-Unis. La star de la boxe affronte l’Irlandais Conor McGregor, champion de MMA (arts martiaux mixtes), dans un improbable combat dont le premier est le grandissime favori.

Ce duel se déroulera en effet selon les règles de la boxe et Mayweather excelle dans ce domaine. À 40 ans, il est invaincu en carrière avec 49 victoires et remonte sur un ring deux ans après son dernier combat. Son adversaire, quant à lui, disputera son tout premier combat de boxe.

A Las Vegas, le reportage de Loïc Pialat

Les plus grands noms du noble art ont présenté cet événement comme un spectacle, un cirque ou une farce. Mais le battage médiatique, la popularité des deux combattants et les énormes sommes d’argent mises en jeu en font une rencontre de dimension planétaire. À défaut de convaincre les puristes, ce duel ravit bon nombre d’amateurs.

Les spectateurs devront néanmoins débourser la modique somme de 99,99 dollars pour suivre l’affrontement à la télévision, tandis que les places dans la T-Mobile Arena de Las Vegas se sont vendues entre 1 400 et 16 000 dollars. Les recettes attendues, elles, tournent autour du milliard de dollars.

Mais ce combat pourrait bien être l’un des événements les plus embarrassants de l’histoire de la boxe. Ben, un Américain qui sera devant sa télé samedi, explique qu’après un tel combat, "les combinaisons sont sans fin, comme dans des jeux vidéos ou des films d’action". Et c’est bien là le problème. En faisant s’affronter des combattants de styles si différents, c’est la porte ouverte au grand n’importe quoi. Comme l’avait été le combat de 1976 entre la légende de la boxe Mohamed Ali et le catcheur japonais Antonio Inoki.

Ali contre Inoki : heureusement que le ridicule ne tue pas

À Tokyo, cette année-là, Mohamed Ali au sommet de sa gloire avait accepté, pour la somme de 6 millions de dollars, d’affronter le catcheur révéré dans son pays. Le promoteur Bob Arum est d’ailleurs catégorique : "Ce combat-là est le plus merdique dans lequel j’ai été impliqué." De leur côté, les organisateurs japonais tentent de convaincre Ali de scénariser le combat. "Ali, au bord de la victoire, devait demander à l'arbitre de stopper le combat. Inoki lui aurait à ce moment-là sauté dessus pour le battre par soumission (une technique de catch) et l'arbitre l’aurait déclaré vainqueur", raconte Arum.

Mohamed Ali rejette ce scénario et les règles du combat sont rédigées n’importe comment. Inoki n'a pas le droit de saisir son adversaire ni de se jeter dans ses pieds. Résultat, le combat est ridicule. Le Japonais passe la quasi-totalité du combat au sol à donner des coups de pied dans les jambes d’Ali, qui lui demande de se lever et de se battre mais ne lui porte que six coups en quinze rounds. Le public tokyoïte, affligé, finit par jeter ses déchets sur le ring… Un moment tristement célèbre, suivi par 1,4 milliard de téléspectateurs, et particulièrement embarrassant. Mais la boxe en a connu d’autres depuis.

Quand maman Wilson sauve son fiston de la défaite

Retour vers le futur. Nous sommes en 1989 à Southampton, en Angleterre. Champion britannique catégorie mi-lourds, Tony Wilson fait face à un autre Britannique, Steve McCarthy. Au troisième round, McCarthy envoie Wilson au tapis. Il lui fait alors la chasse sur le ring et tente de finir le boulot dans les cordes. Coincé, Wilson esquive du mieux qu’il peut les attaques de son adversaire, sous le regard concentré de l’arbitre qui sait que l’issue du combat est en train de se jouer.

Mais soudain, une quatrième personne débarque sur le ring. Incrédule, l’arbitre Adrian Morgan tente de stopper la furie qui accoure chaussure brandie au-dessus de la tête. C’est peine perdue et la femme, qui n’est autre que Milna Wilson, la maman de Tony, assène plusieurs coups de pompe sur la tête de McCarthy avant d’être évacuée du ring. Le boxeur qui avait un avantage indéniable croit à l’arrêt du combat et lève les bras, voyant le staff de Wilson monter sur le ring. McCarthy, une plaie au front, quitte alors l’arène pour se faire soigner. On aurait pu en rester là, avec McCarthy déclaré vainqueur par disqualification. Mais le surréalisme ne s’arrête pas là. L’arbitre souhaite faire reprendre le combat, McCarthy refuse. Wilson est alors déclaré vainqueur par KO technique… grâce à sa maman.

Qui sait si samedi, McGregor, fatigué d’encaisser les directs de Mayweather, n’ira pas tenter quelques coups illégaux façon MMA ? Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que la boxe perde ses lettres de noblesse, sous le regard médusé de spectateurs ayant payé des centaines, voire des milliers de dollars, pour un combat qui restera dans les annales de l’embarras. Le tout pour l'amour du cash ? Mais nous n’en sommes pas encore là…

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