La médiatisation l'an dernier de témoignages de sportives victimes de harcèlement ou de violences sexuelles trouve un écho chez les sportifs en situation de handicap physique ou mental. Le sujet est encore tabou mais les associations et le Comité paralympique et sportif français planchent sur des moyens d’agir.

Un athlète paralympique lors des Jeux de 2016 à Rio (photo d'illustration)
Un athlète paralympique lors des Jeux de 2016 à Rio (photo d'illustration) © AFP / Vladimir Astapkovich / Sputnik

C’était il y a tout juste un an. Marie Rabatel, présidente de l'Association francophone des femmes autistes (AFFA), participe au colloque organisé par le ministère des Sports contre les violences sexuelles commises dans ce domaine. Nous sommes quelques semaines après les révélations de Sarah Abitbol.

Les jours suivants, Marie Rabatel reçoit une douzaine d'appels : "Des personnes qui ont raconté ce qu’elles ont vécu quand elles étaient enfants, avec des animateurs sportifs dans des centres aérés ou des instituts médico-éducatifs. D’autres qui décrivent des comportements qui ont lieu dans des salles de musculation ou des gymnases : des entraîneurs, des accompagnants ou même des sportifs qui ne sont pas en situation de handicap et qui se permettent des attitudes que l’on peut qualifier de violences sexuelles."

Une libération de la parole particulièrement difficile

La présidente de l’AFFA croit que la vague #metoo du sport touche enfin le monde du handicap. Rappelant volontiers que les femmes ou les enfants en situation de handicap sont deux fois plus sujets de violences dans la société, elle reste convaincue que le sport n’est pas épargné. Marie Rabatel encourage alors ses interlocuteurs à porter plainte mais tout se referme : "Pourquoi ? Parce que le sport, c’est ce qui leur permet d’être inclus dans la société. Une personne qui a eu un accident de la vie va revivre grâce au sport, se réapproprier son corps. Dénoncer les agressions dans le sport, c’est compliqué parce qu’on a l’impression que tout va s’écrouler."

L’autre difficulté, c’est que certaines formes de handicap induisent un rapport au corps très différent chez les sportifs. "Les personnes qui ont des troubles autistiques, par exemple, ne comprennent pas le second degré ou le double sens", souligne Marie Rabatel. "Certaines personnes grandissent aussi avec un rapport au médical qui fait qu’elles ont le sentiment que leur corps ne leur appartient plus, toujours touché ou manipulé", explique Valentine Duquesne, sociologique missionnée par le Comité paralympique et sportif français. "Il est l’objet d’un autre. Des personnes ont aussi du mal à formuler ce qui peut être vécu comme une agression. C’est ce qu’on appelle la culture de la soumission."

Voilà pourquoi à ce stade, très peu de cas sont remontés jusqu'à la plateforme de signalement du ministère des Sports (pour mémoire : plus de 400 témoignages recensés dans 80 disciplines sportives depuis son ouverture début 2020).

Cellule d’écoute et "violentomètre"

Mais le Comité paralympique et sportif français, épaulé par des associations comme l’AFFA ou Colosse aux pieds d’argile, a décidé de libérer la parole. Dès le mois prochain, Valentine Duquesne mènera un groupe de travail pour adapter un outil qui existe déjà en Île-de-France en direction des femmes victimes de violences : un "violentomètre". Il s’agit d’une réglette très facile d’usage qui permet d’évaluer les situations rencontrées, comme le précise Valentine Duquesne : "Avec un code couleur et des mots et des phrases types, on permet au sportif de se repérer : là vous êtes dans une situation qui est plutôt saine vous pouvez continuer, là attention, vous pouvez être en danger, ou bien tels propos montrent que vous êtes clairement en danger, il faut demander de l’aide."

Cette réglette pourrait être déclinée suivant les handicaps ou les domaines (les relations avec les entraineurs, avec le monde médical...) Objectif : proposer cet outil dans les fédérations sportives et les clubs en septembre.

L’autre action programmée vise les athlètes du groupe France engagés pour les jeux paralympiques de Tokyo (du 24 août au 5 septembre 2021). Le CPSF veut ouvrir une cellule d’écoute pour les athlètes pendant l’épreuve.

Un choix pour le moins surprenant, mais qui s’explique selon Valentine Duquesne : "Les Jeux, la vie au village des athlètes, etc, peuvent être propices à certains types de débordement. Il ne faut pas avoir honte et il faut en parler. Ce n’est pas destructeur, au contraire, ça peut être libérateur même à ce moment-là de sa carrière. On veut aussi être là pour les encadrants qui pourraient être témoins de choses et ne pas savoir comment réagir." Le Comité paralympique veut saisir toutes les opportunités pour briser un tabou.