"Chirac était un fou de sumo", témoigne Marc Mingoia. Ancien commentateur des tournois de sumo sur Eurosport, il raconte la passion de l'ancien président de la République, décédé jeudi, pour ce sport de lutte japonais. Interview.

12 novembre 1996, Jacques Chirac salue les athlètes avant le grand tournoi sumo de Kyushu à Fukoka.
12 novembre 1996, Jacques Chirac salue les athlètes avant le grand tournoi sumo de Kyushu à Fukoka. © AFP / Jiji Press

FRANCE INTER : Jacques Chirac était un téléspectateur passionné par le sumo. Comment l'avez vous appris ?  

MARC MINGOIA : "Chirac était un fou de sumo. Un samedi matin, j'ai reçu un coup de téléphone de Patrick Lelay, président de TF1, qui avait repris le contrôle de la chaîne. Il avait été réveillé par le président Chirac qui lui avait dit avoir regardé le sumo la veille et avoir trouvé ça très bien mais se il plaignait que ce soit diffusé assez tard après les compétitions ; il voulait voir les combats plus tôt. À ce moment là, je recevais les cassettes du Japon, avec les tournois de sumo, sans habillage ni montage. Dès réception, on faisait des copies VHS, j'appelais l'Élysée et ils envoyaient un motard de la garde républicaine venir chercher les cassettes à Eurosport."

Vous avez, dès lors, établi des liens privilégiés avec lui ? 

"J'avais appelé Jean-François Lamour, son conseiller sport, et à partir de ce jour là, j'ai été invité aux vœux à la presse et à la "garden party" du 14-Juillet. Aux vœux à la presse, on m'a présenté le président Chirac. On a parlé sumo et le lendemain, tous les chroniqueurs accrédités racontaient l'histoire. Puis nous avons échangé des messages ou par téléphone. C'est assez étonnant quand vous arrivez le matin et que sur votre répondeur vous avez un message de Jacques Chirac qui vous remercie pour les cassettes et veut vous rappeler. Donc on discutait régulièrement de sumo. Un jour, il m'a dit que le chancelier Gerhard Schröder adorait également ce sport. Sachant ça, j'avais fait une copie des tournois en langue allemande, l’avait envoyé à l'Élysée qui l'avait envoyé à Berlin."

"Pendant un an, je faisais ces copies des cassettes ; dès que je les recevais, on lui envoyait."

Donc, Jacques Chirac et le chancelier Schröder se voyaient et parlaient sumo entre eux ? 

"C'est ce qu'on a découvert, effectivement. Et pendant un an, j'ai fait ces copies des cassettes et dès que je les recevais, on lui envoyait. Comme ça, il avait le tournoi environ une semaine après qu'il ait eu lieu. Et pour le président Gerhard Schröder, on lui envoyait une fois que le tournoi était commenté en allemand."

C'est donc ce qui a aidé le rapprochement franco-allemand ? 

(Rires) "J'imagine ! Vous vous rendez compte, quand même : le sumo est la base des relations, de la diplomatie franco-allemande !"

Est-ce que l'on sait pourquoi Jacques Chirac aimait tant le sumo ? Pourquoi une telle passion ?

"Il aimait toute la culture orientale, toute la philosophie orientale. Ce n'est pas par hasard s'il a œuvré pour le musée des Arts premiers. Il lisait les poèmes japonais, il les collectionnait. Effectivement, le sumo, ce n'était pas tant l'affrontement ou le combat qu'il aimait, c'était plutôt tout le cérémonial autour. C'était un vrai connaisseur, il connaissait les champions et les règles. Il était aussi très proche de la fédération ; il avait même crée la coupe du président de la République française, qui s'est rapidement appelée la coupe Chirac et qui a été remise de 2000 à 2007, en même temps que la coupe de l'Empereur et la coupe du Premier ministre japonais. On m'a même raconté que le chien de madame Chirac s'appelait Sumo ! C'était un chihuahua, un tout petit chien blanc."  

Est-ce que Jacques Chirac, lorsqu'il se rendait au Japon, assistait à ces tournois de sumo ?

"On raconte même que Jacques Chirac organisait ses déplacements en fonction des tournois ! Il y en avait six par an, tous les mois impairs. Il parait qu'une fois, les lutteurs ont été prévenus au dernier moment qu'il venait. Donc, ils ont envoyé une délégation pour accueillir le président. Et ils n'ont vu arriver qu'un taxi. Chirac est descendu tout seul avec un garde du corps ; il avait juste un papier à la main avec l'adresse du stade griffonnée par le réceptionniste de l'hôtel pour lui indiquer où était le tournoi. Il n'y avait pas de blabla, pas de chichis. Il venait, c'était un homme normal, passionné, il vivait sa passion jusqu'au bout."

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