Niki Lauda, rescapé de la F1, et triple champion du monde, est décédé le 20 mai 2019 à l'âge de 70 ans. Retour sur le parcours d'un pilote hors du commun.

Niki Lauda en juin 2018, pour la Course des Légendes, en ouverture du Grand Prix d'Autriche de Formule 1
Niki Lauda en juin 2018, pour la Course des Légendes, en ouverture du Grand Prix d'Autriche de Formule 1 © AFP / Erwin Scheriau

Le triple champion du monde de Formule 1 et homme d’affaire autrichien Andreas Nikolaus "Niki" Lauda est décédé le 20 mai 2019 à l’âge de 70 ans. En août 2018, il avait subi une transplantation pulmonaire, à l’hôpital général de Vienne, 42 ans quasiment jour pour jour après son accident sur le circuit du Nuburgring qui avait déjà failli lui coûter la vie. Connu pour son caractère abrupt et son franc-parler, il a marqué l’histoire de la course automobile par sa volonté et sa science de la course. 

Un jeune homme décidé

Niki Lauda, né en 1949 dans une famille d’industriels autrichiens, n’a pas vraiment l’intention de suivre la route tracée par son père. Le monde de l’entreprise, pense-t-il alors, très peu pour lui. Ce qu’il veut, c’est piloter. Et vite. Dans tout les sens du termes. Si il faut quitter le riche cocon familial, et se débrouiller, pas de problème. Niki Lauda n'est pas du genre à avoir des états d'âme. 

Dès 1968, il fait des petits boulots et pilote le weekend. Sur son nom, célèbre en Autriche, il contracte des emprunts dans les banques. En l’espace de trois ans, il arrive en Formule 1 en achetant son volant pour courir le Grand Prix d’Autriche. Et il va mettre la main au portefeuille ou plutôt celui des banques. Pendant trois ans,  il pilote au sein de l’écurie BRM en Formule 1, avec en co-équipier l’ex-pilote Ferrari Clay Regazzoni. Il pilote également dans d’autres catégories comme les 24h du Mans. Mais les résultats ne sont pas là, l’argent ne lui achète pas les victoires. Et les banques ne vont pas tarder à réclamer leur dû. Heureusement, le salut va venir d'Italie.

L'Autrichien Niki Lauda au volant de la "March", procède à la première série d'essais du 22e Grand Prix de Rouen sur le circuit des Essarts, le 22 juin 1972.
L'Autrichien Niki Lauda au volant de la "March", procède à la première série d'essais du 22e Grand Prix de Rouen sur le circuit des Essarts, le 22 juin 1972. © AFP

Monsieur "l'ordinateur"

Un surnom que le pilote va acquérir grâce à sa science de la course et ses qualités de metteur au point. C’est un ingénieur, un calculateur. Même sa modeste BRM lui permet de se faire remarquer par le commendatore Enzo Ferrari, sur l’exigeant circuit de Monaco en 1973. Ce dernier l’embauche et fait revenir en soutien Clay Regazzoni. Un jeune homme que Niki va recroiser tout au long de sa carrière est le directeur sportif de l’écurie au cheval cabré : Luca di Montezemolo. Avec cette équipe, il remporte en 1974 son premier grand-prix en Espagne. L’année suivante, le titre de champion du monde est à lui et sa mythique  Ferrari 312T. 

Niki Lauda, au volant de la Ferrari 312T, sous la pluie, lors du Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone le 19 juillet 1975
Niki Lauda, au volant de la Ferrari 312T, sous la pluie, lors du Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone le 19 juillet 1975 © AFP / DPPI F1

Mourir…

Rien ne semble empêcher Niki Lauda de remporter le titre en 1976. Rien ou presque… D’abord, il y a le beau James Hunt, pilote McLaren, qui est un noceur de première. Crinière au vent, il traîne dans les paddocks sa nonchalance, et séduit toutes les femmes qui passent sur son chemin. Il le dit lui-même et l’arbore fièrement sur sa combinaison : « Le sexe, c’est le petit déjeuner des champions ». De son côté, Niki n’a pas la beauté, ni le charme. Dans le paddock, on le surnomme "Niki le rat". Il n’a pas non plus le côté sympathique de Hunt. Et si il ne peut pas le battre dans les médias, il veut le battre sur le circuit.

Niki Lauda, L'équipe - 9 juin 2007

Mon but, c’était de contrôler ces voitures à leur limite, à deux centimètres des rails et à plus de 300 km/h... Et j’ai continué tant que ce plaisir était supérieur à la peur de me tuer.

Mais courir en F1, à l’époque, c’est risquer sa vie chaque dimanche. On compte alors au moins un mort par an. Niki Lauda est en tête du championnat, quand il est victime, le 1er août 1976, d’un grave accident sur le réputé circuit du Nürburgring. La voiture prend feu. Coincé dans l’habitacle, il inhale les vapeurs d’essence. Il est sauvé par d’autres pilotes qui se sont arrêtés pour lui porter secours. A l’hôpital, on ne donne pas cher de sa vie et le prêtre vient même lui donner l’extrême onction. Chez Ferrari, on cherche déjà un autre pilote... 

Lors d'une conférence de presse le 8 septembre 1976 à Salzbourg, Niki Lauda annonce son intention de poursuivre la F1 après sa convalescence
Lors d'une conférence de presse le 8 septembre 1976 à Salzbourg, Niki Lauda annonce son intention de poursuivre la F1 après sa convalescence © AFP / HARTMUT REEH / DPA / dpa Picture-Alliance

… Et renaître

Mais Niki veut gagner le championnat et va lutter sur son lit d’hôpital. La mort peut bien attendre. Il revient, comme un ressuscité, 40 jours après, le visage brûlé, pour courir le Grand prix d’Italie. Il termine 4e derrière Jacques Lafitte. Le championnat est encore à portée de main. 

Au pied du Mont Fuji, il renonce pourtant à finir la course. C’est le Grand prix du Japon. L’ultime de la saison. La pluie a détrempé le circuit. Le risque est trop grand. Il laisse le titre à James Hunt. Finalement, la véritable victoire c’est lui qui la gagne avec son retour. Et il gardera sa cicatrice comme un trophée, ou un rappel des risques qu’il encourt. 

Cet épisode de sa vie et cette lutte avec James Hunt est portée à l’écran en 2013 par le réalisateur Ron Howard dans le film Rush. Un film que Lauda juge à 80% vrai et qui lui fait réaliser ce que ses proches ont pu vivre à l’époque.

En 1977, il réalise un autre tour de force en gagnant le championnat avec trois victoires et en claquant la porte de Ferrari qui l’avait relégué au rôle de second, avant la fin de la saison. Il poursuit sa carrière jusqu’en 1979 mais sans titre et avec une motivation à la baisse. En 1982, il revient chez McLaren pour faire rentrer du cash… mais aussi gagner. L’ordinateur reprend du service et gagne en 1984 son troisième titre face celui que l’on appellera un jour « Le professeur », le jeune Alain Prost qui apprend beaucoup à ses côtés.

Alain Prost à l'antenne de France Info, ce 21 mai 2019 :

Il y a des champions et des gens qui ont des palmarès, mais lui c'était un seigneur

Grand Prix du Portugal 1984, Niki Lauda termine second derrière celui qui lui succédera comme Champion du monde de F1 en 1985 : Alain Prost.
Grand Prix du Portugal 1984, Niki Lauda termine second derrière celui qui lui succédera comme Champion du monde de F1 en 1985 : Alain Prost. © AFP / Gabriel Duval

Un homme d’affaire malgré tout

On n'échappe pas à son destin. Si il n’a pas voulu faire comme son père, Niki Lauda a fini par marcher dans ses pas. Dans sa carrière de pilote, il n’hésite pas à négocier âprement les aspects financiers, ni à signer pour le plus offrant. Ensuite, Niki s’est découvert une autre passion : les avions. Il monte sa propre compagnie d’aviation en 1978 : Lauda Air.

Niki Lauda, devant un des avions de la flotte Lauda Air en 1994
Niki Lauda, devant un des avions de la flotte Lauda Air en 1994 © Getty / Ullstein Bild

Il cumule les casquettes : patron, pilote chez McLaren de 82 à 85, consultant chez Ferrari de 92 à 96, commentateur de grand prix pour la télévision… Il joue sur son image pour faire rentrer du cash et porte même une casquette où il arbore son sponsor alors qu’il ne pilote plus. En 1991, un de ses avions se crashe en Thaïlande avec 223 personnes à bord.

Niki Lauda, L'Equipe - 9 juin 2007 :

Ce furent les pires moments de mon existence. Quand je risquais ma vie, c’était mon choix. Mais, là, des gens avaient été tués dans un de mes avions.

Pour rebondir, il a besoin de comprendre les raisons de l'accident. Comme en 1973 au Grand prix des États-Unis, quand il assiste à l'accident d'un de ses rivaux François Cevert. Pour reprendre le volant après, il a besoin d'analyser ce qui c'est passé. Cette méthode, il va donc l'appliquer à nouveau en tant que patron.  Il travaille donc avec Boeing et le design du 767 est finalement mis en cause après 8 mois d’investigation. Austrian Air Lines rachète Lauda Air en 2000 et pousse le fondateur vers la sortie. Niki Lauda revient sur les circuits de F1 comme directeur de Jaguar jusqu’en 2003. Puis remonte une compagnie aérienne, FlyNiki qu’il revend en 2011. Depuis 2012, il était le président non exécutif de l’écurie Mercedes qui a remporté 4 championnat du monde avec Lewis Hamilton et Nico Rosberg.

Même s'il trouvait que la Formule 1 était devenu un sport "trop facile", il ne s'est jamais départi de son esprit de compétition. Il gardait néanmoins un regard nostalgique sur ses jeunes années en course. Il expliquait d'ailleurs ainsi son état d'esprit comme celui de ses rivaux :

Il est impossible de comprendre le sport automobile de l'époque sans intégrer la notion de mort ; on s'amusait beaucoup car on mourait beaucoup. 

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