Après plusieurs heures d'attente, le skipper Kevin Escoffier a été récupéré, sain et sauf, par Jean Le Cam, son concurrent dans le Vendée Globe. Après une nuit de repos, les deux skippers ont raconté leur expérience à France Inter.

"On est tombés dans les bras l'un de l'autre", racontent Kevin Escoffier et Jean Le Cam
"On est tombés dans les bras l'un de l'autre", racontent Kevin Escoffier et Jean Le Cam

Onze heures se sont écoulées entre l'annonce du naufrage du bateau de Kevin Escoffier et celle de son sauvetage par Jean Le Cam. Onze heures pendant lesquelles le skipper est resté sur un radeau, après que son bateau a été brisé en deux par une vague. Sur Twitter, Jean Le Cam a annoncé que "Kevin est bien à bord de Hubert sain et sauf", peu après que les organisateurs de la course ont annoncé le sauvetage. 

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Quatre skippers du Vendée Globe étaient partis en opération de sauvetage, mais c'est Jean Le Cam qui a été le premier à rejoindre la zone d'où la balise de détresse de Kevin Escoffier avait émis un signal quelques heures plus tôt. Les deux navigateurs étaient très proches, et se disputaient la troisième place de la course.

Après un repas et une nuit de sommeil, les deux skippers se sont confiés à Bruno Duvic pour France Inter.

Kevin Escoffier : "Sur le radeau, on a le temps de gamberger" 

FRANCE INTER : Comment allez-vous, Kevin Escoffier ? 

KEVIN ESCOFFIER : "Ça va beaucoup mieux, j'ai mangé, j'ai dormi 2h30. Tout va bien, comparé à la journée d'hier. Je garde mes affaires pour les faire sécher". 

Que s'est-il passé avec le bateau ? 

"Nous étions dans des conditions où le vent et la mer n'allaient que forcir. On était en mode régate toute la journée, et moi je venais d'affaler une voile plus grande qui me permettait d'aller un peu plus vite. Je me préparais pour 24h qui allaient être compliquées en termes de mer et de vent. À ce moment-là, le vent a commencé à monter à 30, 35 nœuds. Je suis parti en surf sur une vague, et j'ai fini par faire ce qu'on appelle en bateau un planté : en bas de la vague, le nez du bateau est rentré dans l'eau.  

Moi, j'étais sur le pont. J'ai eu une sensation bizarre, où le bateau ne ressortait pas. Quand le nez est ressorti, l'avant du bateau était à 90 degrés par rapport à l'arrière. Il s'était cassé en deux. Quand j'ai mis la tête dans le bateau, il y avait une marée d'eau qui rentrait dans le bateau, qui est montée très vite."

Qu'avez-vous fait à ce moment-là ? 

"J'ai envoyé un texto. Je savais que comme l'eau rentrait, elle allait tout arrêter à bord. J'ai eu le temps d'envoyer "Je coule" à mon équipe technique, pour qu'ils puissent envoyer des secours et j'ai bien fait : c'est le dernier texto qu'ils ont reçu. Quand l'eau est arrivée sur les batteries, sur l'électronique, tout s'est coupé à bord. J'avais déjà de l'eau sur les genoux.  

J'ai pris ma combinaison de survie, que j'ai toujours dans un coin. Je l'ai mise à l'extérieur du bateau par-dessus mon ciré, et j'ai préparé un radeau pendant que l'eau continuait à monter. En préparant le radeau, je suis passé à l'eau avec une vague. Heureusement, dans la poche de mon ciré, j'ai toujours une balise. Cela a permis que Jean puisse me retrouver le soir même."

Là, c'est le début de l'attente pour vous, avec des creux de quatre à cinq mètres... 

"C'était solide, des conditions pas faciles. Jean est passé à côté de moi, on a pu échanger deux mots, il avait du mal à manœuvrer son bateau, il y avait beaucoup de mer et beaucoup de vent. Il m'a laissé un peu : dans ces conditions, on ne pouvait pas être récupéré. Jean est parti ajuster la toile, et moi je suis resté dans le radeau à me faire brasser toute la nuit."

Quand vous l'avez vu s'éloigner, vous vous êtes dit que ça n'allait pas le faire ? 

"Quand j'ai vu Jean, je me suis plutôt dit qu'il m'avait vu, qu'il y avait du monde sur place, qu'on savait que j'avais eu un gros souci. J'étais plutôt optimiste. Je savais que les conditions allaient s'améliorer, qu'on verrait ça au petit matin. Et le matin, Jean m'a retrouvé, on a chacun fait une manœuvre pour qu'il puisse me récupérer."

Concrètement, il vous jette une corde à l'eau et vous vous êtes jeté à l'eau ? 

"C'est un peu plus compliqué que cela, il faut imaginer, de nuit, des bateaux qui montent et descendent. Nos bateaux à voile sont très difficiles à arrêter, et nos moteurs sont très peu manœuvrants. Jean et moi avons eu les bons réflexes, ce qui fait que l'histoire se termine bien, ce qui n'est pas toujours évident."

Lorsque vous êtes monté sur le bateau, que s'est-il passé ? 

"On est tombés dans les bras l'un de l'autre ! Moi, j'étais content d'être à bord : les nuits en radeau, je ne le conseille à personne. J'étais désolé, aussi, d'embêter Jean pendant sa course... Mais l'histoire est dingue : en 2008, Jean perd son bulbe et c'est Vincent Riou qui vient le chercher au large du Cap Horn. Jean m'a dit que je ne l'embêtais pas, que la dernière fois c'était l'inverse !"

Vous avez eu le temps d'avoir peur, ou vous devez être dans l'action en permanence ? 

"On est dans l'action en permanence. Après, dans le radeau, je peux vous dire que je me suis posé deux, trois questions. Est-ce que Jean allait réussir à revenir ? Est-ce qu'on réussirait à faire la passation entre les deux bateaux ? Est-ce que je n'allais pas prendre une vague de nuit sur le radeau ? Autant sur le bateau il n'y a pas le temps d'avoir peur, autant sur le radeau on a le temps de gamberger."

Que va-t-il se passer maintenant ? 

"On ne sait pas trop ! On a mangé tous les deux, on a dormi tous les deux, on va boire un café après. Là, je suis très content d'être à bord avec Jean. Je laisse la suite à des gens qui sont bons en logistique."

Jean Le Cam : "Il a fallu prendre la bonne décision rapidement" 

Jean Le Cam, qu'avez-vous fait pour récupérer Kevin Escoffier quand vous avez réussi à approcher la deuxième fois son radeau ? 

JEAN LE CAM : "A ce moment-là, j'arrive à un point qui m'a donné été donné par l'organisation. Et je ne vois personne à ce point-là. J'aperçois une petite lumière au loin, je comprends rapidement que c'était le radeau de Kevin. Je me suis laissé dériver vers le radeau, et j'ai passé un flotteur à Kevin. Après, la pêche au maquereau – mais un gros maquereau, il y avait tout le radeau à traîner avec ! S'il se jetait à l'eau et qu'on ratait le coup, c'était foutu. Il a fallu prendre la bonne décision rapidement. Kevin a réussi à raccrocher le bras qui fait la transmission de barre à l'arrière, et à grimper sur le bateau. Là, on est content : le scénario aurait pu être bien différent."

C'est agréable, la vie à bord, à deux ? 

"C'est sympa, d'avoir de la compagnie, au final !"

C'est une course de dingue que vous vivez : votre bateau n'est pas à la pointe de la technologie, vous faites la course parmi les premiers depuis début novembre... 

"Cette course-là, pour moi, c'est un truc de dingue ! Il y avait 33 bateaux au départ, à un moment je me suis retrouvé premier... je ne pouvais pas imaginer ça ! Et là, juste avant que Kevin ne casse son bateau, la veille, j'étais troisième encore."

Vous avez encore un espoir de l'emporter ? 

"Non, là on est plus loin. Je ne sais pas ce qu'on va se passer. Mais il est clair que c'est secondaire."