Ce grand rendez-vous pour le football international, et le sport en général, est l'occasion de réinterroger la place des footballeuses dans la société française à travers le prisme de l'égalité hommes-femmes. C'est la question à laquelle les invités du Téléphone Sonne ont tenté de répondre.

Les joueuses françaises avant le match contre la Norvège, 12 juin 2019, Stade de Nice
Les joueuses françaises avant le match contre la Norvège, 12 juin 2019, Stade de Nice © AFP / CHRISTOPHE SIMON / AFP

D'après les propos de Béatrice Barbusse, sociologue spécialisée dans le sport, maître de conférences à l’université Paris Est Créteil et secrétaire générale de la Fédération française de handball ; Melissa Plaza, ex-joueuse professionnelle internationale de football ; Annie Fortems, cofondatrice et capitaine de la section féminine du club de football de Juvisy, invitées dans le Téléphone sonne

Les sportives sont, aujourd'hui, piégées entre transgressive et conformisme (Béatrice Barbusse)

Inégalités des salaires 

Si elles deviennent championnes du monde, début juillet, les Bleues toucheront 40 000 euros chacune. Une prime très en deçà du niveau de celle touchée par leurs camarades footballeurs lors de leur victoire à Moscou, en juillet 2018.

Béatrice Barbusse souligne "qu'il y a toujours ce discours dominant qui dit que c'est quand même mieux par rapport à avant, que la logique économique n'est pas la même que rapport à celle des hommes.. C'est pourquoi, j'ose espérer que les sportives en activité s'associeront pour dire STOP car, à partir du moment où on fait le même métier et qu'on s’entraîne autant que les hommes, on a le droit d'avoir des traitement salariaux équivalents". 

Mélissa Plaza : on interroge les femmes de l'équipe de France qui sont désavantagées certes mais elles ont l'avantage d'être professionnelles. Cette réalité en masque une autre : celle de toutes les autres joueuses de D1 (ligue 1) qui ne vivent pas du football et sont obligées d'avoir un travail d'appoint. Elles sont obligées d'abandonner leurs études et peinent à avoir un SMIC. Cela, jamais personne ne vous le dira.. J'ai une amie qui est capitaine d'une équipe de D1 et qui gagne 250 euros par mois et s’entraîne à 1h de son lieu de résidence, ce qui ne lui permet pas de rembourser ses frais de remplacements. 

Le vocabulaire utilisé  

La discussion s'ouvre ensuite sur la désignation conceptuelle du football, celui-ci serait immédiatement "genré" dès lors que l'on utilise l'expression "football féminin" plutôt que football tout court. 

Béatrice Barbusse estime que "c'est une question primordiale car lorsqu'on utilise les termes tels que "entraineuse", "sélectionneuse"... le féminin est entendu et directement concerné tandis que si vous dites "entraineure" mais avec un "e", celui-ci ne s'entend pas". 

De fait, on ne peut pas avoir envie de devenir ce qu'on ne voit pas, et on ne peut pas plus devenir ce que l'on n'entend jamais

Mélissa Plaza : on ne devrait plus parler de "football féminin" car lorsque ce terme est employé, on considère que, par essence, le football est forcément masculin, que le football dit "féminin" ne serait qu'une sous-discipline dans l'ombre du masculin. Elle ajoute également qu'il y a aussi, derrière cet usage, une espèce d'injonction faite à la féminité qu'il faut, certes, combattre mais paradoxalement cette même injonction à la féminité est, aujourd'hui nécessaire, car il constitue notre droit d'entrée dans ce milieu et même notre cote part à la médiatisation. C'est-à-dire qu'on vous réserve le droit de n'être médiatisée qu'à condition de correspondre au canon de beauté féminin actuellement prôné par notre société. 

Béatrice Barbusse : même encore, au sein de l'éducation nationale, cela continue comme hier. Les professionnels de l'éducation ne sont pas suffisamment formés à toutes ces questions-là et participent à la reproduction des stéréotypes de genre.

Situation dans les clubs de foot français

Annie Fortems : "Bon nombre de filles, une fois passé le cap des 15 ans, ne peuvent plus pratiquer normalement le football car on estime souvent qu'elles ne peuvent pas jouer avec les garçons. C'est un vrai problème que l'on me rapporte régulièrement". 

Heureusement qu'il existe le football mixte pour s'agréger aux garçons

Mélissa Plaza : "même si on a évolué, avec de nombreux clubs ouverts aux filles, encore faut-il qu'elles soient bien accueillies et surtout fidélisées. Je pense notamment en termes d'équipements à leur taille. Eh bien, trop souvent, on leur laisse ce qui est trop grand pour les garçons. Autre exemple qui représente cet effet de repoussoir : sur les réseaux, des parents sont désœuvrés et expliquent que leur fille ne rentre qu'à partir du moment où l'équipe mène 3 à 0. Cela doit inciter à se poser la question : pourquoi, dans les diplômes d'Etat, il n'y a pas un module d'égalité ?" 

Mélissa Plaza poursuit son propos en rapportant une expérience personnelle vécue durant sa jeunesse : "Lorsque j'étais petite, sans arrêt, les garçons m'excluaient, souvent en me concentrant dans les buts, comme gardienne. Ce n'est qu'à force de démonstration que j'ai dû faire mes preuves, avant de m'imposer et ce de manière progressive. C'est un véritable parcours de combattante pour, ne serait-ce, qu'emprunter les terrains. C'est pourquoi, il est aussi très important de travailler sur les joueuses qui n'ont pas forcément conscience de tout cela. 

On nous demande d'être féminine avant d'être talentueuse

Béatrice Barbusse appuie ce dernier propos en affirmant que "le problème du sport, c'est le corps. Tout part de là. Il y a des injonctions à la féminité en permanence". 

La coupe du monde 2019, un tournant ? 

Guillaume Battin, journaliste sportif chez France Inter, était présent au Parc des princes pour l'entrée en lice des Bleues contre la Corée du sud et raconte "qu'on a vraiment l'impression d'être dans l’organisation d'un énorme événement, dans cette coupe du monde de la FIFA, avec les mêmes obligations, le même protocole obligatoire. Le record, en termes de spectateurs, est battu : le stade du Parc des princes, avec une capacité maximale de 48 000 places, est plein. Le dernier record d'affluence, pour un match de football féminin, était de 24 835 spectateurs, en 2007, à Rennes, pour France-Grèce". De plus, il ajoute que "le nouveau président de la FIFA s'est engagé à investir 500 millions d'euros pour développer le football féminin et organiser, ainsi, une nouvelle compétition".

🎧 ÉCOUTER - Le Téléphone sonne, La place des femmes dans le sport

📖 LIRE - Béatrice Barbusse, Du sexisme dans le sport (Anamosa) 

📖 LIRE - Melissa Plaza, Pas pour les filles ? (éditions Robert Laffont) 

📖 LIRE - Annie Fortems, Le football féminin face aux institutions : maltraitance et conquêtes sociales, (Mouvements)

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