La 79e édition de Paris-Nice se déroule du 7 au 14 mars, avec une arrivée espérée ce dimanche, sur la Promenade des Anglais, à Nice. Grand favori de l’épreuve : Primoz Roglic. Parmi les Français à suivre pour le classement général : David Gaudu et Guillaume Martin. Le Normand a accordé un entretien à France Inter.

Le cycliste ornais Guillaume Martin posant avec le maillot de meilleur grimpeur de la Vuelta, le tour d'Espagne
Le cycliste ornais Guillaume Martin posant avec le maillot de meilleur grimpeur de la Vuelta, le tour d'Espagne © Radio France / Olivier Duc

Paris-Nice, la course au Soleil, s’est élancée ce dimanche 7 mars, de Saint-Cyr-L’Ecole, dans les Yvelines, avec un beau ciel bleu à l'horizon et même quelques spectateurs au bord des routes, direction la Côte d’Azur. De quoi mettre un peu de baume au coeur aux 161 coureurs au départ de la première grande course à étapes de la saison. Parmi eux, Guillaume Martin qui, malgré une préparation perturbée par des douleurs au genou, ne manque pas d'ambitions. Après une saison 2020 tonitruante, marquée notamment par une 11e place sur le Tour de France et un maillot à pois de meilleur grimpeur sur la Vuelta, le leader de l'équipe Cofidis est devenu, à 27 ans, une valeur sûre du cyclisme tricolore. Il livre à France Inter sa vision du cyclisme et nous parle de son prochain livre qui nous emmènera au coeur de "la société du peloton". 

FRANCE INTER : Quelles sont vos ambitions sur ce Paris-Nice ? Etre à la bagarre pour le classement général ou aller chercher une victoire d'étape ?

GUILLAUME MARTIN : "Je suis venu sans pression particulière. Dès le début, ma préparation hivernale a été compliquée. Au bout d'une semaine d'entraînement, après la reprise en décembre, j'ai eu une douleur au genou qui m'a perturbée tout l'hiver. Et au moment où je m'en débarrassais, en février, j'ai été victime d'une chute. J'ai donc repris les courses avec peu d'entraînement dans les jambes. Dans ces conditions, je ne pense pas pouvoir être dans une forme optimale sur ce Paris-Nice. Mais malgré tout, je vais tenter des choses dans la seconde moitié de course."

Comment gérez-vous la crise sanitaire en tant que coureur ? Quelles en sont les conséquences au quotidien pour les équipes ? 

"On a eu un hiver, c'est vrai, un peu inhabituel, avec pas forcément les stages de cohésion que l'on peut normalement avoir en novembre ou décembre, où l'on est tous réunis. Malgré tout, en janvier, on a pu organiser des stages avec l'équipe. On a mis en place, comme en course, des bulles et respecté des protocoles. On a même réussi à s'entraîner à l'étranger, en Espagne. Donc je n'ai pas envie que l'on se réfugie derrière la Covid pour tout expliquer. Après, évidemment qu'il y a des contraintes, des protocoles assez stricts, des tests PCR à faire très régulièrement (les coureurs ont deux tests obligatoires à 72h et 48h avant chaque course), ce n'est évidemment pas très agréable à faire ! Mais voilà, on sait tous qu'il faut en passer par là, encore pour quelques mois au moins, pour pouvoir faire tout simplement notre métier."

Est-ce que vous seriez favorable à pouvoir être vacciné rapidement, comme certaines équipes cyclistes étrangères le sont ?

"Pour le coup, je comprends tout à fait que les sportifs ne soient certainement pas prioritaires par rapport à des publics plus à risque que nous. Je suis prêt à attendre quelques mois, le temps qu'il faudra. Alors oui, en attendant, il y aura toujours ce risque d'être exclu d'une course parce qu'on est contaminé mais ce risque est négligeable encore une fois par rapport à ce qu'encourent certaines personnes." 

On a un devoir d'exemplarité. Après, je pense qu'il ne faut pas non plus prendre les gens pour des idiots.

Pour limiter les risques lors des courses, l'Union cycliste internationale recommande la fin des manifestations de joie, des accolades entre coureurs une fois la ligne d'arrivée franchie. Vous comprenez cette mesure ?

"Pour être honnête, je pense qu'il y a au milieu de tout cela, un certain nombre de mesures qui sont aussi des mesures d'image. Cela dit, l'image, c'est important bien sûr, nous sommes des personnes publiques qu'on le veuille ou non et on a donc un devoir d'exemplarité. Après, je pense qu'il ne faut pas non plus prendre les gens pour des idiots, ils savent faire la part des choses. Tout le monde se doute bien que, déjà, quand on passe la ligne d'arrivée, on est content et que notre premier réflexe n'est pas forcément de penser au Covid. Et puis, on est tous testés, théoriquement quand on est dans la bulle course, on est relativement protégés. Sinon, dans ce cas-là, dans le peloton, sur les 180 km de course, où on est à plus de 160 coureurs, collés les uns aux autres, en mouvement, avec forcément des postillons qui peuvent s'échapper, il y a un risque à mon avis qui est là beaucoup plus grand que celui de se donner l'accolade à l'arrivée de l'étape." 

Pour revenir à la course, quand on sort d'une superbe saison (11e et premier Français du Tour de France, équipier de luxe de Julian Alaphilippe aux Mondiaux), est-ce que dès qu'arrive un grain de sable, une préparation délicate comme cet hiver, on cogite encore plus ?

"Oh, vous savez, une carrière de cycliste, c'est comme un match de rugby, il y a des temps forts et des temps faibles. Il y a même plus souvent des temps faibles et c'est justement cela qu'il faut savoir gérer. On est cycliste, on fait le dos rond. Et puis, avec l'expérience, les années, j'apprends aussi à mieux appréhender les soucis physiques, prendre un peu de distance, même si bien sûr, c'est toujours frustrant. Mais généralement, après, j'arrive à revenir encore en meilleure forme donc j'espère que ce sera pareil cette année." 

Le meilleur moyen de gagner une course, c'est quand même à un moment donné d'attaquer !

Est-ce que, comme beaucoup, vous trouvez que le niveau des courses est de plus en plus relevé ?

"Je le pense aussi. Moi, cela ne fait pas non plus très longtemps que je suis professionnel (depuis 2016, ndlr), mais même en si peu de temps, j'ai l'impression que le niveau s'est élevé et resserré. Oui, c'est quand même plus dur aujourd'hui de faire sa place et d'aller chercher des résultats, surtout depuis la Covid en fait. Il y a moins de courses donc cela signifie que sur chaque course, tous les meilleurs sont là et tout le monde a un peu le couteau entre les dents. Quant au fait de durcir les parcours, moi, c'est vrai, cela me convient et je pense qu'aux spectateurs aussi. Je pense que les gens aiment les courses spectaculaires. Moi, en tant que coureur, j'aime quand il se passe des choses, quand il y a du mouvement, même des bordures (cassures provoquées par le vent dans le peloton), plutôt que simplement rester à attendre le sprint de manière ennuyeuse."

Attaquer, courir à l'instinct plutôt qu'appliquer une tactique pré-établie ?

"Je pense que l'un n'empêche pas l'autre. Quand j'attaque, ce n'est pas non plus n'importe quoi et ce n'est pas pour faire le show ! Il y a aussi une tactique derrière, des stratégies en place. Mais, oui, je reste persuadé que le meilleur moyen pour gagner une course, c'est à un moment donné d'attaquer ! Si on reste toujours dans les roues, on fera au mieux deuxième... Cela, c'est une grande vérité." 

J'ai été frappé par toutes les similitudes entre le microcosme qu'est le peloton et la société en général. Le peloton, comme la société, a ses leaders, ses équipiers. 

Vous êtes l'auteur de Socrate à vélo. Quand vous étiez à l'arrêt cet hiver, vous en avez profité pour travailler sur votre prochain livre, c'est cela ?

"Oui, cela m'a permis de bien avancer sur un nouveau projet que j'ai avec les éditions Grasset, un livre qui s'appellerait La société du peloton et qui devrait paraître à l'automne prochain. C'était un bon moyen, c'est vrai, quand il y avait de la frustration et un peu d'inquiétude, de m'aérer l'esprit et de me concentrer sur autre chose que le vélo et mes petits pépins physiques."  

Et on peut en savoir plus sur cette société du peloton ?

"Cela parle évidemment de vécu et de choses que j'expérimente depuis le début de ma carrière. Et c'est vrai que d'une manière régulière, j'ai été frappé par toutes les similitudes entre le microcosme qu'est un peloton, avec effectivement sa hiérarchie qui peut être tout à fait comparable à celle d'une entreprise de la société civile ou même la société en général. Ce sont donc ces similitudes que je m'amuse à développer et à travailler. Dans le peloton, comme dans la société, il y a des leaders, des équipiers. Toute la question est de savoir si le but suprême est de gravir à tout prix les échelons et comment le faire de manière honnête et sans écraser les autres ou leur manquer de respect. Moi, je suis leader de mon équipe, alors comment me comporter en tant que leader vis-à-vis de mes coéquipiers ? Ce sont des questions qui me concernent au quotidien et qui m'interrogent. Et je pense que ce sont des questions qui peuvent intéresser beaucoup de personnes parce qu'on est la plupart du temps, dans notre société, dans des rapports hiérarchiques avec des N+1, des N+2, ou des gens dont on est entre guillemets le chef, et donc comment se comporter dans ces relations de pouvoir en quelque sorte, cela nous concerne tous." 

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