Ce samedi, la 14e étape du Tour de France conduit les rescapés du peloton de Saint-Paul-Trois-Châteaux, dans la Drôme, à Mende en Lozère. Les derniers kilomètres avant l'arrivée sont à nos yeux aussi mythiques que l'ascension de l'Alpe d'Huez. Démonstration...

Ne soyez pas vaches, acclamez les coureurs du Tour sur la route vers Mende !
Ne soyez pas vaches, acclamez les coureurs du Tour sur la route vers Mende ! © Maxppp / SEBASTIEN NOGIER

Vous avez raté l’étape de l’Alpe-d’Huez, jeudi, trop pris que vous étiez à rattraper avant les vacances le retard accumulé au boulot à cause de la Coupe du Monde et vous vous demandez si cela vaut encore le coup de suivre un Tour de France dont la victoire finale semble déjà acquise pour Geraint Thomas ou Christopher Froome ? Restez encore un peu sur cette page. 

Vous n’avez jamais pu rester plus de cinq minutes devant les images d’un long serpent coloré sur l’asphalte brûlant des routes françaises du mois de juillet sans vous endormir pour vous réveiller une fois le sprint terminé, les interviews à la presse données et le car-podium de l’arrivé replié ? Ne cliquez pas, laissez encore une chance aux “forçats” de la route de vous séduire. Au moins un jour.
Comment ?  En lisant ces quelques lignes sur l’étape de jour : Saint Paul Trois Châteaux - Mende. 

Jalabert, un 14 juillet !

De Saint-Paul-Trois-Châteaux nous dirons juste que la commune drômoise de près de 9 000 habitants a reçu à deux reprises la visite du Tour et accueille en son sein une cathédrale du XIIe dont l’abside principale est dotée d’une nef voûtée en cul-de-four (Jean-Paul Ollivier si tu nous lis...).

De Mende, il y a plus à dire si l’on s’intéresse au vélo. La préfecture du moins peuplé des départements français (la Lozère avec 77 000 habitants) est devenue à notre avis et de la façon la plus subjective qui soit, l’autre grand rendez-vous du Tour après l’Alpe-d’Huez. 

Tout a commencé en 1995, un jour de juillet où le feu d’artifice s’est déroulé en plein jour et le bouquet final tiré aux alentours des 17 heures dans la côte du Mont-Mimat.

Celui qui a mis le feu aux poudres s’appelle Laurent Jalabert, quasiment un “país”, le champion de l’équipe espagnole ONCE étant originaire du Tarn, pas très loin de là. Ce 14 juillet 1995 donc, quelques kilomètres après le départ donné à Saint-Etienne, Jalabert en vert -pas pour rendre hommage aux footballeurs de l’ASSE mais parce qu’il était alors premier au classement par points- fausse très vite compagnie au peloton avec à ses côtés cinq autres coureurs. 

Sur les 222 kilomètres d’une étape écrasée par la chaleur, les six fuyards en feront 198 d’échappée, sans se faire rattraper par le peloton, comptant jusqu’à 10 minutes d’avance. Dingue ! Tout aussi dingue que les derniers kilomètres engloutis par un Laurent Jalabert solo et dont sortait de la bouche une bave blanche donnant au héros une allure inquiétante (Nous étions là pour voir). 

Quand on vous dit qu'il en bavait !
Quand on vous dit qu'il en bavait ! © AFP / Pascal Pavani

A ce moment là de l’article, les hermétiques au vélo voire au sport se disent qu’on les a trompés sur la marchandise et que cette étape n’a pas plus d’intérêt qu’un arrivée au sprint à Bordeaux en début de Tour.
Attendez ! Les derniers kilomètres de l’étape Saint-Etienne-Mende, vous ne le savez peut-être pas, mais vous les connaissez tous ! Si, si, tous ! Vous les avez déjà vus et pouvez encore les voir au moins une fois par an, sauf si vous faîtes une allergie à Louis de Funès. 

Rappelez-vous le film La Grande Vadrouille. Dans la scène finale : après que les bonne sœurs ont pu se débarrasser des motards allemands en leur jetant des citrouilles, De Funès, Bourvil et leurs camarades se retrouvent sur un aérodrome duquel ils décolleront dans deux planeurs tirés par une voiture. C’est sur ce même aérodrome que se déroule l’arrivée de chaque étape se terminant à Mende. L’aérodrome de Mende-Brenoux précisément que Patrick Chêne sur France 2 appelait “aéroport” et qui offre l’arrivée la plus large de l’histoire du Tour.

Donc là les amateurs de films populaires et de beaux paysages ont la paupière qui frétille. “Ah tiens pourquoi pas finalement se planter devant la télé ce samedi après-midi ?” D’autant qu’ils se sentiront appartenir à la caste de ceux qui “savent”. Petite information supplémentaire pour briller en société : au bas de la falaise se trouvant en bout de piste de l'aérodrome repose, aujourd’hui encore, 61 ans plus tard, la carcasse de la traction qui a permis aux planeurs de décoller. Et là vous vous dîtes : waow !  

Mais les amateurs de belles bagarres sur deux roues hésitent, se disant que l’étape de Mende n’a pas grand intérêt et qu’une pause de quelques jours entre les étapes des Alpes et celles des Pyrénées leur permettront de parfaire leur lancé de boule sur la place de la mairie. Mais non ! Car l’étape de Mende -comme on dit l’étape de l’Alpe, on dit désormais l’étape de Mende, la ville ayant avec la victoire de Jalabert en 1995 réussi à être aux yeux des Français autre chose qu’une préfecture quasiment inconnue- l’étape de Mende donc assure en général un joli spectacle. Les quatre fois où elle a été ville arrivée du Tour (95, 2005, 2010 et 2015) les routes vallonnées du Massif Central ont permis des échappées de coureurs en solitaire ou en petits groupes. Cette année le parcours traverse les Cévennes. Beauté des paysages assurée.

La montée de la Croix-Neuve juge de paix

Et hormis l’arrivée sur l’aérodrome de Mende ce sont les derniers kilomètres qui concluent toujours de belle façon l’étape : la montée de la Croix Neuve, officiellement rebaptisée Montée Jalabert : 3 kilomètres à 10,2% partant de la sortie de Mende et menant sur le causse du Mont Mimat avant une légère descente et un replat vers l’aérodrome. Cette montée en général casse bien les jambes des coureurs. Ce samedi ils auront déjà parcourus 186 km avec trois cols de 3e et 4e catégorie sans jamais vraiment pouvoir souffler. L’ultime ascension, aussi courte soit-elle, peut servir de juge de paix. On se souvient en 2015 du duo français Pinot-Bardet qui avait profité de la montée pour s’échapper emmenant cependant sur leur porte bagage le britannique Stephen Cummings, plus malin et victorieux au sprint.

Voila tout est dit. Pour être complet sachez que le Pape Urbain V, né en Lozère, a fait ériger la très belle cathédrale qui trône en plein coeur de Mende depuis le XIVe siècle et que le dans le département de la Lozère, se trouve une ville s’appellant Chirac et un village Le Pompidou.

Si avec tout ça vous ne suivez pas l’étape du jour, on ne peut plus rien pour vous. 

Ne ratez pas le passage du col du Pont-Sans-Eau !
Ne ratez pas le passage du col du Pont-Sans-Eau ! © Visactu
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