Cet été, vous n'avez pas échappé à la Coupe du monde de football. Plus récemment : le Top 14 en rugby, le tennis, la Ryder Cup, la Ligue 1, la natation... Et les chaînes de sport fleurissent comme des pâquerettes au printemps. Georges Vigarello, invité de l'Œil du tigre de Philippe Collin nous expliquait pourquoi.

Au sud de la Thaïlande dans la province de Narathiwat, le 15 juillet 2018, des Thaïlandais célébraient la victoire de la France en Coupe du monde de foot
Au sud de la Thaïlande dans la province de Narathiwat, le 15 juillet 2018, des Thaïlandais célébraient la victoire de la France en Coupe du monde de foot © AFP / Madaree TOHLALA

Le sport est partout. Internet, télévision, presse écrite, radio. Pourtant, le sport que nous connaissons, le sport moderne ne date que de la fin du XIXe siècle, comme l'explique l'historien du sport et ancien athlète Georges Vigarello. Ce sport est éloigné de celui de nos ancêtres qui, nus, pratiquaient le discobole et la lutte afin de faire briller l'aura de leurs cités respectives. Enfin... Nos ancêtres, c'est plus une façon de parler qu'autre chose puisque seuls les citoyens grecs pouvaient pratiquer contrairement aux étrangers, aux esclaves et aux femmes. Ailleurs dans l'espace et le temps, on pratique le sport sous forme de jeu mais l'activité n'a alors rien avoir avec ce que nous connaissons aujourd'hui.

Le sport moderne a une chance qu'il ne mesure pas encore bien à ses débuts. Il va naître quasi en même temps que les médias de masse. Les Britanniques sont les premier à lancer un journal consacré uniquement au sport au début du XIXe siècle. En France, Eugène Chapus lance le journal Le sport en 1854.  Mais la presse écrite n'est qu'une étape. 

En 1914, la Belgique va émettre les premières émissions de radio de façon régulière mais pour avoir du sport sur les ondes, il faut attendre. Un des premiers événements sportifs diffusés à la radio est le tournoi des 5 Nations, commenté par Edmond Dehorter. 20 ans après les premiers Jeux Olympiques de Coubertin. Avec 1936 et les Jeux Olympiques de Berlin, le sport va entrer dans l'ère de l'ultra-médiatisation avec les actualités filmées. La dernière étape passe par la lucarne : en 1949, le journal du 24 juillet de Pierre Sabbagh fait la part belle au Tour de France.

Au micro de Philippe Collin, Georges Vigarello expose le constat d'une enquête en 2010 qui évaluait la présence des « objets sportifs » dans les journaux télévisés entre 2000 et 2010. Et le sport était, de loin, le sujet le plus présent. À titre d'exemple, il explique qu'en 2000, le Tour de France faisait l’objet de 134 sujets dans les journaux. Le festival d’Avignon, lui, faisait moitié moins.

Mais pourquoi ce mariage entre média et sport fonctionne-t-il si bien ? Pour Georges Vigarello, il y a plusieurs raisons à cela :

Le sport a réussi à se glisser dans les modèles de nos démocraties. Il donne le sentiment que celui qui réussit obéit parfaitement à l’idéal de nos sociétés. Pourquoi ? Parce que le sportif représente quelqu’un qui part d’une situation « lambda », qui ne se distingue pas du tout d’un autre et qui, grâce à son talent et son mérite, son travail, peut être le premier. 

Alors évidemment, il y a des privilèges, des privilèges sociaux, des passe-droits… de la triche, éventuellement. Mais l’idéal véhiculé n’en est pas moins celui là : la concrétisation de l’idéal démocratique.

Deuxième point que l’on a tendance à oublier : grâce aux médias, à l’image, aux reportages radiophonique, la compétition bénéficie d’une présence immédiate auprès du spectateur. Cette présence réveille un sentiment de l’ordre de l'appartenance. On choisit de soutenir une équipe ou un athlète, même malgré soi.

Le sport a la vertu de réveiller la "nostalgie du collectif". Là où dans l'inconscient collectif européen, la notion d’État a reculé et est devenue suspecte, c’est le sport qui a pris le pas du rassemblement et d'une notion d'identité retrouvée. Le cas des Coupes du monde prouve qu'un public peut adhérer à nouveau et même temporairement à un drapeau, une nation.

Pour les chaines infos, c’est du pain béni mais il y a toujours quelque chose de nouveau à annoncer dans le monde du sport : résultats, annonces, changement d’entraîneur, polémiques, compétitions. 

Avec le sport moderne, vous avez à votre disposition des récits comme les récits du XIXe siècle qui vous faisait adhérer à telle ou telle émotion, personnage, héros. Les récits pouvaient infirmer ce que vous attendiez. Il y a des logiques narratives qui entraînent votre curiosité. Idem dans le sport ; elles entraînent votre curiosité, créé de l’excitation.

Enfin, le spectacle vous donne l’impression que vos corps s’allègent. Les corps que vous regardez finissent par avoir un effet quasi-physique. Georges Vigarello parle ici du concept d'illimitation. Mais méfiez-vous, cela ne vous dispense pas d'un peu d'exercice...

ALLER PLUS LOIN

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.