L’application fait un carton chez les cyclistes professionnels mais aussi amateurs. Des coureurs du Tour de France l’utilisent.

L’application compte 73 millions d’utilisateurs dans le monde, elle est très populaire au États-Unis, au Brésil, en Grande-Bretagne et en France.
L’application compte 73 millions d’utilisateurs dans le monde, elle est très populaire au États-Unis, au Brésil, en Grande-Bretagne et en France. © Radio France / Victor Vasseur

Voici le Facebook du sportif. Avant de mettre les mains sur son guidon, un dernier coup d’œil sur son portable ou sa montre, le GPS s’active, le chronomètre se déclenche, Strava se met en route. C’est parti. Quentin Pacher, coureur français chez B&B Hotels, utilise l’application depuis 2013, quatre ans après sa création. "On peut partager nos sorties avec les gens. Voir aussi les routes sur lesquelles on a déjà roulé. Cela me permet de faire des circuits que je n'ai jamais fait, des routes jamais arpentées, même dans une région que je connais bien, pour découvrir de nouveaux cols."

72% du peloton utilise l'application

Car Strava mémorise tout. Le temps de parcours, la vitesse, la cadence de pédalage, les routes empruntés, le dénivelé ou encore la fréquence cardiaque. Ce qui a fait son succès, ce sont les segments. Ces portions de route où l’on peut se comparer avec les autres utilisateurs. Le plus rapide peut devenir un _"King of the Mountains", c'est-à-dire le plus rapide sur une portion de route. Marco, 18 ans, roule en Haute-Savoie : "Avec les segments, on peut se comparer aux professionnels et suivre ses performances au fil des semaines." Le coureur Quentin Pacher ajoute : "En compétition, on peut connaître les temps d'ascension. Avant une étape de montagne par exemple, je regarde les records d'ascension sur chaque route, pour me faire une idée. Si c'est 30 minutes d'effort, ou 40 minutes. Même à l'entraînement, ça aide à me motiver, quand il y a des efforts à faire, à haute intensité. Je me mets des petits objectifs dans la séance, aller chercher le record d'une montée à tel ou tel endroit."_

Ça monte et ça descend !
Ça monte et ça descend ! © Radio France / Victor Vasseur

L’application compte 73 millions d’utilisateurs dans le monde, elle est très populaire au États-Unis, au Brésil, en Grande-Bretagne et en France. Chez nous, Strava compte 4 millions d’utilisateurs, dont 800 000 cyclistes. Sur le Tour de France 2021, 72% du peloton l'utilise, soit 134 coureurs sur 174. Parmi eux, Thibaut Pinot, le grimpeur de la FDJ : "Je n’ai pas de problème à partager mes entraînements et mes courses sur Strava" affirme-t-il au journal suisse Le Temps, "ça me permet de connecter avec le public et avec les photos on peut montrer en plus où on roule". Partager avec parcimonie, car les autres concurrents peuvent scruter l’état de forme de ses rivaux. Julien Pinot, le frère et entraîneur de l’équipe FDJ, conseille de cacher quelques entraînements, pour ne pas dévoiler son état de forme et sa préparation. 

À la recherche de nouvelles côtes

Si l'application est utile pour les coureurs, elle l'est aussi pour la direction du Tour de France. Si les Pyrénées et les Alpes n'ont plus de secret pour Thierry Gouvenou, le directeur technique de l'épreuve, certains coins de France sont plus mystérieux. Il reçoit bien des courriers pour l'aider à trouver de nouvelles routes, mais l'application peut lui être utile par moments. "On regarde les segments, le pourcentage de la côte avant d'aller sur le terrain vérifier" précise l'ancien coureur. L'une des dernières découvertes, dont il se souvient, est la côte de la Jaillière avant l'arrivée à Saint-Etienne en 2019. Thibault Pinot et Alaphilippe ont attaqué. "J'avais beaucoup utilisé l'application sur cette étape pour enchaîner les difficultés" reconnaît Thierry Gouvenou. Il se souvient : "Sur Google Earth, on avait l'impression que c'était une route désaffectée, mais en arrivant sur le terrain, le goudron était neuf." Cette année, il a déniché le signal d'Uchon grâce à un courrier et Strava, la "perle du Morvan", avec une pente à 18% par endroits.

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Aller plus vite et chambrer ses amis

Comme Instagram et Facebook, Strava est le royaume des "stalkeurs", où il est possible d’épier les promenades et courses à vélo. "Ça pousse à aller pédaler" témoigne Jacques, 61 ans et originaire de Wissous au sud de Paris. "Si je vois avant de partir qu’un copain a fait 80 kilomètres, je me dis que je vais en faire 100 l’après-midi. Pour aller lui dire après que j’ai fait plus" rigole-t-il, "on chambre pas mal avec les amis".

Le maillot jaune du Tour de France utilise l'application lors de ses courses.
Le maillot jaune du Tour de France utilise l'application lors de ses courses. © Radio France / Victor Vasseur

En Suédois, Strava signifie "faire tout son possible" ou "courir après". Une traduction qui prend du sens avec le jeune cycliste haut-savoyard Marco : 

On peut voir les temps d’autres coureurs, aujourd’hui pro. Par exemple, le belge Tim Wellens venait grimper dans les Alpes quand il était en junior. On peut se mesurer à ses résultats d’avant.

Marco regarde aussi les temps de Pogacar sur le Tour de France. Le coureur slovène ajoute ses courses sur l’application. On apprend par exemple que seul Steven Kruijswijk a été plus rapide que lui, en juillet 2018, sur le col de la Colombière en Haute-Savoie il y a quelques jours. Romain Bardet le talonne dans la classement. Marco reste bouche bée : "On regarde et on se dit que ça va très vite. Même avec 150 kilomètres dans les jambes ils arrivent à monter des cols avec une allure impressionnante". Jacques se souvient avoir croisé plusieurs fois l’ancien coureur Yoann Offredo et à présent consultant sur les routes de la vallée de Chevreuse : "C’est intéressant de voir à quelle vitesse ils passent. Quand eux montent à 20 km/h, on peut voir que nous on coince à 10km/h". Thomas, 24 ans, a vu les coureurs passer à côté de chez lui la semaine dernière en Haute-Savoie : "Ils ont pris mes routes d'entraînements, on voit leur allure. On se rend compte que c'est un niveau de ouf." Ils ont la même application, la même passion, mais pas les mêmes jambes.