La championne de patinage a raconté dans son livre "Un si long silence", qui parait aujourd’hui en livre de poche, avoir été victime de viols par son entraineur alors qu’elle avait 15 ans. Invitée de l’émission "La Bande originale" avec Nagui, elle est revenue sur les conséquences de ses dénonciations.

L'ancienne championne de patinage Sarah Abitbol a Paris en janvier 2020.
L'ancienne championne de patinage Sarah Abitbol a Paris en janvier 2020. © AFP / Celine Villegas / Hans Lucas

Dans l’émission Jérémie Renier et Noée Abita présentaient le film Slalom de Charlène Favier, l’histoire d’une jeune sportive sous l’emprise de son entraîneur. Un film que la championne a vu.

Slalom un regard juste

Sarah Abitbol : « Regarder le film Slalom a été compliqué pour moi, surtout la scène de la voiture. Malheureusement, j’ai aussi été victime d’abus enfermée dans un véhicule. Ce moment m’a beaucoup touchée. Ce sont des souvenirs douloureux qui reviennent souvent. 

Mais c’est très bien joué. Cette main contre la vitre veut tout dire. Cette jeune fille subit, elle ne comprend pas ce qui lui arrive. La sportive est sous emprise. Grâce à cette main, on comprend tout. On peut voir jusqu’où un entraineur peut aller. Alors qu’ils étaient en complicité totale, qu’ils partageaient des moments sympathiques, l’entraineur a fauté. Il n’avait pas le droit de faire ce qu’il a fait. » 

De la difficulté d’en parler

SA : « J’ai été poussée à parler par Olivier, un tenisman de table. Il avait remarqué que ce que j’avais vécu avait des conséquences physiques et psychologiques. Bruno Solo (qui s’occupe de l’association La Voix de l’enfant) m’a également poussé à m’exprimer. Un jour il a poussé une gueulante : « Sarah, tu ne vas pas bien, tu as le droit au bonheur. Il faut que tu parles ! » Cela a été un électrochoc. Je me suis décidé à parler pour moi, et pour les autres. Je savais que mon agresseur continuait à entrainer d’autres personnes et continuait ses sales pratiques. Enfin, le film de Flavie Flavent, La Consolation, m’a aussi encouragé à dénoncer ce crime.

Je me sentais complice de ce silence, mais j’avais tellement honte, je n’arrivais pas à parler

J’ai appelé toutes celles dont j’avais encore le contact téléphonique. Certaines m’ont répondu que ces histoires étaient du passé, et d’autres, elles aussi victimes du même prédateur, ont encore peur de parler. » 

Black listée à la fédé

SA : « Aujourd’hui, je subie la double-peine. Mon agresseur, Monsieur O. n’est plus entraineur, mais le système continue. On m’empêche d’aller patiner dans la patinoire qui a été la mienne pendant des années. J’ai proposé mes services à la Fédération pour l’aide à la libération de la parole, l’entraînement des couples, la présentation de galas, ou pour un petit spectacle avec ma fille. Malheureusement, tout a été refusé. 

Il y a des personnes qui appellent les organisateurs de galas en leur demandant de ne pas me faire travailler. Pourquoi n’aurais-je pas le droit de patiner en public comme je l’ai toujours fait ?

Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas travailler en France. Je paye d’avoir brisé l’omerta. Je suis vue comme une menace. 

Or j’ai dénoncé des crimes graves pour que ce sport puisse repartir sur de bonnes bases avec une meilleure image. 

Mais pour l’instant tout m'est refusé. Philippe Candeloro, non plus, n’est pas écouté. 

Aujourd’hui, je traverse toujours des jours un peu difficiles, mais je me bats. Le fait d’avoir parlé, d’avoir écrit… Je suis dans la reconstruction, et surtout d’arriver à prononcer le mot « viol », je vais mieux. »

Sur la prescription

SA : « On a été déçus par le rapport de la députée Alexandra Louis qui a rejeté l’introduction de l’amnésie traumatique dans la loi. Or quand on est un enfant violé par un adulte, le cerveau protège par l’oubli. Quand le souvenir revient, c’est trop tard pour porter plainte : il y a prescription. On s’est battus. Mais ils n’ont rien accepté. 

J’appelle les responsables politiques à nous entendre : nous, les traumatisés sommes punis à vie, nous avons un mal-être à vie… Et nos prédateurs sont dehors. C’est inadmissible ! 

Je suis partie loin aux Etats-Unis, mais j’aimerais entrainer des jeunes en France. J’aime le patinage, c’est un très beau sport, et il ne faudrait pas que les parents aient peur d’y emmener leurs enfants. »

La Fédération dément

Ces accusations ont été rejetées par la nouvelle équipe et Nathalie Péchalat, à la tête de la Fédération depuis mars. Elle lui a d’ailleurs écrit en fin de semaine dernière pour lui répéter que les portes de la Fédération ne lui étaient pas fermées. Des postes ont été créés, notamment au comité d’éthique, mais l’ancienne championne n’a pas été candidate. 

Sarah Abitbol explique aussi qu’on l’empêche d’entraîner dans un club : faux, lui rétorque la Fédération. Il lui suffirait de passer des diplômes, comme l’ont fait d’anciens patineurs (Brian Joubert à Poitiers ou Laëtitia Hubert à Albertville). 

Et si aucun gala avec Sarah Abitbol et sa fille n’a pu avoir lieu, c’est normal, rappelle-t-on au siège : aucune manifestation n’a été organisée en cette fin d’année à cause de la crise sanitaire.

Aller plus loin

🎧 ECOUTER | La bande originale sur Slalom avec Sarah Abitbol

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