Le pilote de course britannique Sir Stirling Moss s’est éteint ce 12 avril 2020 à l’âge de 90 ans. Il a marqué l'histoire de la course automobile en remportant des victoires historiques comme la Targa Fiorio ou les Mille Miglia, mais jamais il n'accrocha le titre de champion du monde de F1 qui lui semblait promis.

Le pilote de course britannique Stirling Moss, devant sa Mercedes 300 SLR avec laquelle il remporta les Mille Miglia en 1955 (2005)
Le pilote de course britannique Stirling Moss, devant sa Mercedes 300 SLR avec laquelle il remporta les Mille Miglia en 1955 (2005) © AFP / HARRY MELCHERT / DPA / dpa Picture-Alliance

Vainqueur entre autres de la Targa Florio et de 16 grands prix de Formule 1, Stirling Moss n’a jamais gagné le championnat mais s’est assuré auprès de ses pairs un respect total pour son fair play, son pilotage et sa ténacité. Il avait démarré sa carrière en 1947 en rallye. Elle prit fin en 1962, lors d’une course de pré-saison sur le circuit de Goodwood en Angleterre après un crash qui le plongea dans le coma pendant plus d’un mois et lui infligea des séquelles qui le poussèrent à arrêter la compétition.

Ce dimanche 12 avril, Stirling Moss est mort à l'âge de 90 ans, des suites d'une longue maladie. Son épouse, qui a annoncé le décès à la presse, a déclaré qu'il "a simplement fermé les yeux". 

Pour la plupart des gens qui s’intéressent de loin à la course automobile, le nom de Stirling Moss n’évoque peut-être rien. Et l’époque dont nous allons parler ici, est très éloignée culturellement de la nôtre. Une époque où les voitures ne freinaient pas vraiment, où les pilotes portaient des casques de joueurs de polo et où chaque saison, trois à quatre d’entre eux avaient rendez-vous avec la mort au détour d’un virage, le dimanche après-midi.

Damon Hill, champion du monde F1 1996 dans le documentaire  Racing Legends présenté par Patrick Stewart pour la BBC en 2012 :

Son nom restera comme celui d’un pur pilote.

Stirling Moss fêtant sa victoire le 28 août 1950 en catégorie 500 cc et congratulé par l'épouse du constructeur John Cooper
Stirling Moss fêtant sa victoire le 28 août 1950 en catégorie 500 cc et congratulé par l'épouse du constructeur John Cooper © Getty / Stroud/Express

La course dans le sang

Stirling Moss est né en 1929, dans une famille où tout le monde a la course dans le sang, que ce soit les voitures ou les chevaux. Son père, sa mère et même sa sœur cadette qui remporte cinq championnats d’Europe des rallyes. Le jeune Stirling va apprendre à conduire dès l’âge de six ans au volant d’une Austin, dans la ferme familiale. Son père le voit dentiste, mais le jeune garçon est fasciné par les aventures d’un gentleman-driver thaïlandais qui participa aux premières éditions du championnat de Formule 1, comme il l'expliquait dans le documentaire que lui consacrait la BBC en 2012 :

Je lisais les aventures du Prince Bira. Sa vie était fantastique : les courses de voitures, les jolies filles…

Il lui faut beaucoup d’énergie pour convaincre son père de l’aider et, en 1948, il accepte finalement d'accompagner son fils dans cette aventure. F3, F2, Tourist Trophy,… fait rare aujourd'hui, Stirling Moss passe d’une catégorie à une autre, saute de voiture en voiture sans y penser. Il emprunte même une Jaguar à un ami de la famille pour remporter la course de Dundrod en Angleterre. Repéré par les pontes de la F1, il fait ses débuts dans la catégorie reine en 1951, au Grand Prix de Suisse.

En 1952, le Commendatore Enzo Ferrari est prêt à le prendre mais lui préfère finalement un autre pilote au dernier moment. Vexé, Stirling Moss veut battre les Italiens dans un domaine où ils sont alors les rois et avec une voiture anglaise, si possible. 

Stirling Moss au volant de sa Jaguar type C pendant les 9 heures de Goodwood
Stirling Moss au volant de sa Jaguar type C pendant les 9 heures de Goodwood © Getty / Klemantaski Collection

1955, une année sous une bonne étoile

Repéré par Mercedes, il va devenir le co-équipier de celui qui est déjà un des plus grands : l’argentin Juan-Manuel Fangio. Et avec cette écurie, le premier domine le championnat de la tête et des épaules. Pourtant, son jeune poulain va réussir un exploit qui va réveiller l’Angleterre : être le premier britannique à remporter le Grand Prix de Grande-Bretagne, devant Fangio. En 2010 pour le Grand prix de Monaco, et et toujours sur la BBC, il expliquait ceci :

J’étais l’équipier de Fangio. Il était le pilote de Grand Prix le plus rapide à l’époque. Mais j’arrivais à le battre dans d’autres catégories

Stirling Moss réalise un autre exploit cette même année, battre les italiens dans leur jardin, lors de la course des Mille Miglia qui parcourait l’Italie sur des routes ouvertes : 1600 km en dix heures à bord de la Mercedes 300 SL. Un record qui restera invaincu. Il rentre en héros à la maison. Elle reste une de ses plus belles victoires en course. 

Toujours en 1955, il mène avec Fangio les 24h du Mans, et avec quatre tours d’avance sur les Jaguar. Mais la direction de Mercedes les retire de la course avant la fin. Quelques heures plus tôt, un accident avec l’autre voiture d'usine a causé la mort de 80 personnes dans les tribunes. Ils arrêtent la compétition pour ne revenir qu’en 1985.

L’honneur ou le titre

Autre fait rare en compétition pour être souligné, Stirling Moss perd le titre de champion de Formule 1 en 1958 pour cause de... fair-play. Alors qu’il pilote pour l’écurie Vanwall, et qu’il remporte en Argentine une course avec la voiture d’un autre pilote, il est à la lutte au classement avec un autre britannique nommé Mike Hawthorne qui pilote sur Ferrari. Lors du Grand prix du Portugal, ce dernier réalise une manœuvre litigieuse aux yeux des commissaires de courses qui sont prêt à le disqualifier mais son rival Stirling Moss prend sa défense. Cet acte de fair-play lui coûte le titre mais lui apporte le respect de ses pairs. Il perd cette année-là le championnat pour un seul point. Entre 1955 et 1958, il finit quatre fois second.

Il continue de piloter par la suite, pour son ami le magnat du whisky Robb Walker, mais la voiture n’est pas fiable et son coup de volant désormais légendaire ne suffit pas. Même sa victoire à domicile sur une voiture anglaise ne le ramène pas sur le podium mondial. En revanche, sa victoire à Monaco devant les deux Ferrari en 1961 oblige Enzo Ferrari à rappeler le pilote anglais après quelques années de froid. Il lui propose même, chose extraordinaire, de courir sur une Ferrari aux couleurs de Robb Walker ; Stirling Moss accepte l’offre du Commendatore.

Goodwood, là où tout finit.

Des accidents dans sa vie de pilote, Stirling Moss en a eu quelques-uns. Il en est ressorti avec des fractures aux jambes, à l’épaule, et quelques dents en moins. La mort n’a pas effrayé ce garçon qui vivait une vie qu’il a continué par la suite de qualifier d’extraordinaire. Dans son bureau sont accrochés deux volants de voitures tordus par les accidents. Car pour lui, c’est le danger qui le poussait à conduire :

J’aime la course. Le danger pour moi est un ingrédient essentiel de la vie. Comme le sel en cuisine.

Alors que la saison 1962 s’annonce sous les meilleurs auspices avec l’écurie au cheval cabré, Stirling Moss revient à Goodwood en Angleterre pour une course de préparation. Alors qu’il est au coude-à-coude avec Graham Hill, il perd le contrôle de sa Lotus dans le virage de St-Mary. Le choc violent le laisse inconscient. Il est sorti du véhicule et hospitalisé. Il lui faut un an pour se remettre derrière un volant sur ce même circuit mais après une demi-heure d’essai, il comprend qu’il doit arrêter sa carrière de pilote.

Steve Mcqueen, acteur et pilote, avait couru contre Moss en 1962 à Sebring et avait déclaré :

Je préfère passer une nuit avec Stirling Moss qu’avec Marylin Monroe

Stirling Moss au volant de sa Maserati 250 F remporta le grand prix de Monaco 1956
Stirling Moss au volant de sa Maserati 250 F remporta le grand prix de Monaco 1956 © Getty / Bernard Cahier
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