Pilier du rugby français dans les années 70 et 80, l'ASBH, club de rugby de la ville de Béziers, est depuis deux mois au cœur d'une passe d'armes entre les dirigeants du club, la mairie et de nouveaux investisseurs potentiels. Vendredi, la mairie doit prendre une nouvelle fois la parole autour de ce feuilleton.

Le stade de Béziers, ici en 2016
Le stade de Béziers, ici en 2016 © Maxppp / Thomas Brégardis / PhotoPQR / Ouest France

C'est un roman d'été qui semble ne jamais s'achever, ponctué par des coups de théâtre, des coups de gueule et, sur les réseaux sociaux, des photos de supporters mécontents prêts à briser, casser ou découper leur carte d'abonnement. Depuis maintenant plus de deux mois, le public biterrois est suspendu aux innombrables rebondissements dans l'affaire de la reprise du club de rugby local, l'Association sportive Béziers Hérault (ASBH). Ce vendredi, le maire de Béziers doit faire le point sur les dernières évolutions – et peut-être des annonces qui scelleront l'avenir du club.

Joyau du rugby français dans les années 70 et 80, le club biterrois, le troisième plus primé de l'histoire avec 11 victoires en Championnat de France, évolue désormais en Pro D2 et est en proie, depuis plusieurs mois, à de graves difficultés financières.

Acte I : un mystérieux repreneur

L'histoire commence mi-mai, quand l'ancien international Christophe Dominici confirme des rumeurs affirmant qu'un investisseur émirati est intéressé par un rachat du club. À l'époque, son identité est inconnue, mais l'homme est présenté comme "un très proche du pouvoir royal" des Émirats Arabes Unis.

Venu initialement pour acheter des vignes dans l'Hérault, l'investisseur aurait vu dans le club de Béziers l'opportunité de reproduire dans le rugby un scénario similaire à celui du PSG dans le foot : s'il propose un rachat "pour un euro symbolique", il promet en contrepartie "d'abroger toutes les dettes du club" et surtout de "mettre les fonds nécessaires pour permettre au club de rejoindre le Top 14 [la première division, NDLR] le plus rapidement possible".

Les deux co-présidents du club, Cédric Bistué et Pierre-Olivier Valaize, affirment alors que leur rencontre avec les représentants de ce mystérieux investisseur a été "très peu constructive", mais qu'ils laissent la porte ouverte alors que d'autres projets de rachat se profilent. L'option retenue doit être annoncée le 31 mai au plus tard.

Acte II : la "solution locale" arrivée par surprise

La décision arrive bien plus tard que prévu… et surprend toutes les parties prenantes : le 23 juin, le club annonce avoir accepté un autre projet de rachat, celui du principal sponsor du club, Louis-Pierre Angelotti, adossé à l'ancien président du Stade Toulousain René Bouscatel, appelé à devenir le nouveau président de l'ASBH. Les dirigeants en profitent pour lancer une pique au projet émirati, en affirmant avoir retenu "un vrai projet, biterrois, concret et réaliste". 

La situation bascule dans une véritable bataille médiatique à coups de déclarations dans la presse locale. Le soir même, Christophe Dominici, toujours porte-parole des émiratis, tient une conférence de presse devant quelques dizaines de supporters devant le stade de Béziers, dans laquelle il ne cache pas son amertume :

"On subit une injustice, une offense (…) Je suis sur ce projet depuis deux mois et demi, jour et nuit. On avait envie de faire de ce club le plus grand d'Europe (…) Nous avons été traités comme des moins-que-rien, nous avons appris la fin des discussions par l'AFP."

Il réclame aussi un audit et un contrôle fiscal du club. Et entretemps – et histoire de rendre l'histoire encore un peu plus complexe qu'elle ne l'est déjà, l'association ASBH est elle aussi montée au créneau. Comme dans tous les clubs professionnels, il faut deux composantes : une structure pro adossée à une association amateur, cette dernière étant propriétaire de la marque... et du numéro d'affiliation à la Fédération française de rugby. En d'autres termes, il y a tout intérêt à ce que les relations entre ces deux branches soient bonnes. Et c'est loin d'être le cas : l'association accuse l'entreprise, la SASP Béziers Rugby, de ne pas avoir versé les sommes qui lui sont dues depuis plusieurs années.

Acte III : Robert Ménard entre en scène, l'investisseur biterrois sort du circuit

C'est alors qu'entre en jeu un acteur majeur du feuilleton : Robert Ménard. Le maire de Béziers, proche du RN, affirme sa préférence pour "une solution locale" mais déplore en même temps "d'avoir été aussi peu mis au courant. C'est incorrect vis-à-vis du maire que je suis", affirme-t-il, annonçant qu'il va réunir autour d'une table tous les protagonistes de l'affaire. "On verra ceux qui se préfèrent eux-mêmes à l'avenir du club (…) La solution doit apporter deux réponses, autour d'un projet sportif, et financier. Je ne vois pas de projet pour l'actuelle direction. Pourtant, il va falloir trouver de l'argent car le club en a besoin. Et M. Bouscatel ne m'a pas dit qu'il amenait un euro", ajoute-t-il. 

À peine deux jours plus tard, Louis-Pierre Angelotti annonce qu'il "renonce définitivement" au projet de reprise. Il dit avoir "subi de graves injures et des menaces inacceptables et insupportables". Résultat : le projet des Émiratis adossés à Christophe Dominici reste le seul en course, et l'AS Béziers et les investisseurs émiratis annoncent dès le lendemain leur entrée en négociations exclusives.

Acte IV : la Fédération refuse la vente

Est-ce la fin du roman ? Ce serait trop simple. Alors que Christophe Dominici préparait les nouveaux recrutements en piochant dans la crème du rugby international. Mais le 13 juillet, alors que la veille, de nouvelles recrues ont été aperçues par les supporters dans les rues de Béziers, la Direction nationale d'aide et de contrôle de gestion de la FFR, chargée de contrôler les finances des clubs de rugby, rejette, faute de garanties, le dossier émirati

Pour Christophe Dominici, représentant de l'investisseur (dont on connait désormais le nom, Samir Ben Rhomdane, et la raison sociale, la Sotaco), la décision est reçue comme "une flèche obligeant la DNACG à ne pas pouvoir donner son accord immédiat". Surtout, le club, qui semble incapable de trouver une solution à ses ennuis financiers, risque désormais une relégation administrative. Sur les réseaux sociaux, les supporters se déchaînent, appellent à boycotter le club la saison prochaine.

Acte V : la grande fuite… et un retour ?

Finalement, la DNACG fait preuve de clémence, en raison de la longueur des négociations. Pourtant, comme dirait la chanson, ça continue encore et encore : en moins d'une semaine, Louis-Pierre Angelotti, ex-candidat à la reprise, annonce qu'il coupe les ponts avec le club, dont il était pourtant le sponsor numéro un ; puis c'est l'un des deux co-présidents, Pierre-Olivier Valaize, qui annonce son départ.

Et ce lundi, trois associations ont écrit une lettre ouverte au Maire de Béziers lui demandant de reprendre contact avec les investisseurs émiratis. Ce vendredi, Robert Ménard est donc attendu au tournant par les supporters du club – alors qu'il y a quelques jours, selon le journal spécialisé Midi Olympique, le nom des investisseurs émiratis est revenu sur la table, cette fois en tant qu'actionnaires. 

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