Comme d'autres athlètes avant elle, la handballeuse suédoise Louise Sand vient d'annoncer qu'elle abandonnait sa carrière pour se consacrer à son changement de genre et devenir ainsi Louis. Retour sur la difficile acceptation de la transidentité dans le monde du sport.

La joueuse suédoise Louise Sand a annoncé la fin de sa carrière pour "se concentrer sur une nouvelle vie"
La joueuse suédoise Louise Sand a annoncé la fin de sa carrière pour "se concentrer sur une nouvelle vie" © Getty / Jan Christensen

Si les mœurs et le regard de la société évoluent sur la question du genre et de l'identité sexuelle, le chemin est plus long dans l'univers du sport, et pour cause : ce dernier divise chaque discipline en deux catégories opposées, compétition féminine contre compétition masculine. 

Louis.e Sand, chapeau bas

Ainsi, la joueuse suédoise de handball Louise Sand, qui évoluait dans l'équipe de Fleury-Les-Aubrais, avait déjà fait son coming-out, mais cette fois elle est allée plus loin : le 7 janvier dernier, elle a annoncé abandonner le handball pour se consacrer à sa quête d'identité, "prendre soin d'elle" selon le communiqué du club et surtout devenir Louis, en entamant un processus médical pour y parvenir, sans toutefois préciser si elle irait (ou pas) jusqu'au changement de sexe.

Les gens m'ont aimée et m'ont acceptée comme j'étais, mais je ne veux plus porter la haine de moi-même.

Signe que la question évolue aussi au sein du monde sportif, il a reçu le soutien plein et entier de du président de son club, mais aussi de toute son équipe nationale, qui a salué la décision du "roi Louis".

Philippa York, disparaître et renaître

Avant Philippa, il y eut Robert Millar, coureur cycliste écossais de renom, qui a suivi la compétition de 1980 à 1995, avec un titre de meilleur grimpeur du Tour de France en 1984, avant de décider de changer de genre.

Le coureur cycliste écossais Robert Millar en 1995
Le coureur cycliste écossais Robert Millar en 1995 © Getty / Colin McPherson

Devenue Philippa York, elle est aujourd'hui journaliste et consultante pour l'actualité des sports cyclistes. Elle a vécu sa transition loin des regards, en disparaissant littéralement pendant plusieurs années. Le quotidien Le Monde l'a rencontré en 2017 :

Je me suis cachée, parce que sinon on ne survit pas. On apprend à ne pas en parler, puis on essaye d’oublier. (…) Avec mon histoire, le grand public réalise que ce truc peut arriver à quelqu’un qui n’était pas considéré comme faible.

Le corps poussé à bout  

Les champions d'ex-Allemagne de l'Est ont eu à subir le revers de la médaille du dopage, pratique érigée en véritable institution dans le pays, et qui fit des ravages dans le corps de ses athlètes.

Heidi Krieger, par exemple, championne d’Europe du lancer de poids en 1986, et dont l'abus de stéroïdes, qui ont accentué la masculinisation de ses traits, l'a poussé à se questionner sur sa sexualité, si bien qu'elle décide de sauter le pas en 1997. Une opération de changement de sexe plus tard, elle est devenue "il" : Andreas Kriger, qui a aujourd'hui épouse et enfant.

Andreas Kriger portant une photo de lui en 1987, sous l'identité de Heidi
Andreas Kriger portant une photo de lui en 1987, sous l'identité de Heidi © AFP / JOHN MACDOUGALL / AFP

Interrogé par le magazine Courrier International, il reconnait :  "Il ne me serait même pas venu à l’idée de me demander si c’était des hormones que l’on m’administrait."

Son compatriote, Balian Buschbaum, connu comme championne du monde du saut à la perche à la fin des années 90, sous l'identité de Yvonne Buschbaum, a lui aussi mis fin à sa carrière avant d'opérer sa transition en 2008. Elle expliquait alors avoir mis son corps à rude épreuve :

Yvonne Buschbaum en 2002
Yvonne Buschbaum en 2002 © Getty / Alexander Hassenstein

Ces années de divergence entre l'être et le paraître ont laissé des traces et ont trouvé leur expression physique dans les blessures à répétition.

Balian Buschbaum se présente aujourd'hui comme "coach de business & vie".

L'histoire d'Erik Schinneger raconte aussi un corps poussé à ses limites : né Erika Schinneger, skieuse championne du monde de descente en 1966, il trouvera sa véritable identité après des tests "de féminité" effectués à l'époque sur les athlètes féminines, pour lutter contre la triche et le dopage. Ces tests lui révéleront des organes génitaux masculins restés à l'intérieur de son corps. Une opération lui permettra de récupérer sa véritable identité. Aujourd'hui, Erik Schinneger est marié et père de famille.

Les sportifs montrent la voie

En France, le champion olympique de canoë Wilfrid Forgues, devenu Sandra Forgues, avait annoncé en 2018, à 46 ans, sa volonté de changer d'identité. Elle a reçu, dans cette étape très spéciale, le soutien de son ex-épouse et de son coéquipier, et l'a annoncé à ses deux enfants. Elle avait aussi expliqué avoir programmé son opération en mars 2019, en Thaïlande, où la prise en charge chirurgicale est remboursée par la Sécurité sociale, alors qu'en France, le parcours reste très compliqué :

À 48 ans, est-ce que je dois encore souffrir cinq ans de plus ?

Sandra Forgues dénonce cette lenteur du processus médical en France et a même lancé une collecte sur Internet pour financer les frais de son changement d'identité.

Il y a eu aussi Bruce Jenner, champion olympique des années 70, sportif américain de premier plan, devenu Caitlyn, dans un processus ultra médiatisée, entre télé-réalité et documentaire :

Ou encore Fallon Fox, que la question du genre a rattrapé après coup puisque, né de sexe masculin, cette championne des arts martiaux (MMA) a remporté tous ses prix sous sa nouvelle identité, mais a dû révéler son passé après que ses détracteurs ont estimé que son passé biologique faussait les résultats.

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