Minnesota Fats (Jackie Gleason) et Fast Eddie Felson (Paul Newman) dans L'Arnaqueur
Minnesota Fats (Jackie Gleason) et Fast Eddie Felson (Paul Newman) dans L'Arnaqueur © © John Springer Collection/CORBIS

Le championnat international de billard à trois bandes se déroule cette semaine à Bordeaux. Les Coréens sont les champions de ce sport et ça tombe bien : nous sommes en plein dans l’Année France Corée ! Les Belges aussi sont des passionnés quand il s’agit de caramboler les billes. Mais d’où vient cette étrange pratique qui cherche à bousculer des boules à coup de queue ? Dans l'Oeil du tigre, l'émission de France Inter qui aborde le sport sous l'angle culturel, le professeur Mauduit nous explique...

Le champ lexical du billard est un terrain glissant. Réglons le problème une fois pour toutes : le billard est un jeu qui se pratique avec desboules, une queue, un trou et des bandes. Évitons cet humour graveleux qui ne mérite absolument pas de rester dans les annales tant il est éculé.

Aux origines du billard, nous trouvons,le croquet médiéval, ce jeu de plein air où l’on pousse une boule avec un bâton recourbé. Très british comme loisir. Les Anglais l’appellent le ball yard ou bill yard. C’est chouette ce jeu, mais comme il pleut souvent en Angleterre jouer dehors, c’est bien, mais à l’abri, c’est mieux. C’est un peu comme le foot : jouer dans son salon, c’est rigolo, mais c’est un peu compliqué : donc on a inventé le baby-foot. Pour le billard, c’est un peu la même chose.

Vers le 15e siècle, on a construit de grandes tables faites d’une dalle de pierre couverte de toile : le billard est né. En plus quand la toile est verte, ça rappelle le gazon, et c’est absolument formidable. Au 16e siècle Shakespeare dans son « Antoine et Cléopâtre » fait dire à la reine d’Egypte : « Allons jouer au billard ! », « let’s do billard ». Le billard est un loisir aristocratique, parce que quand tu as poussé toute la journée ta charrue derrière tes bœufs, tu as autre chose à faire le soir quand tu rentres fourbu et fatigué que d’aller avec des petites boules sur un meuble qui occupe les 2/3 de ton gourbi. Le billard, c’est un sport de riches.

Un jeu d'adresse et de stratégie

En 1636, Richelieu fonde une académie militaire, il veut former les gentilshommes à faire la guerre de manière intelligente. On leur enseigne les mathématiques, la physique, la morale, et le billard, un jeu d’adresse et de stratégie apte à former les esprits. Le billard connait alors un grand succès, et se pratique dans ce qu’on appelle alors des académies. Dans son journal, le marquis d’Anjou note que les petites occupations de Louis XIV à Versailles sont plutôt sportives, et il nous apprend que l’une des passions du roi est de jouer au billard. Quand il reçoit, « Loulou Soleil » a une nette préférence pour le « tapis vert » du billard. Seuls quelques familiers sont invités à pousser les billes royales les unes contre les autres à l’aide d’une queue recourbée. Mlle Scudéry admirative, écrit même que le roi, conserve en jouant au billard l’air d’un maître du monde.

Mais le vrai maitre du monde, c’est le billard qui connait un grand succès, et les académies se multiplient, elles attirent les champions et les curieux. Mais d’une salle à l’autre, les règles sont différentes : il y a parfois un arceau au milieu du tapis, un nombre différent de poches... Mais l’esprit du jeu reste le même partout : agilité et stratégie.

Joueuses de billard en 1903
Joueuses de billard en 1903 © corbis

Le billard que nous connaissons aujourd’hui, est né au 19e siècle…en prison ! François Mingaud est un brave capitaine d’artillerie qui a participé aux campagnes napoléoniennes. Vers 1820, sous La Restauration, il est emprisonné pour son bonapartisme. Pour s’occuper, il joue au billard. Il a une idée toute simple, mais révolutionnaire : il place sur l’extrémité de sa queue une petite rondelle de cuir qu’il frotte avec de la craie. Ce petit plus s’appelle un procédéet ça change la manière de jouer : il est dès lors possible de donner un effet à ses billes. En 1827, il publie un ouvrage au titre remarquable : Noble jeu de billard, coups extraordinaires qui ont fait l’admiration de la majeure partie des souverains de toute l’Euope.

Parce que oui, le billard est un jeu qui pousse à l’admiration. Il faut se souvenir des superbes séquences filmées par Robert Rossen en 1961 dansL’Arnaqueur où Paul Newman est Eddie le rapide, un as du billard. Il faut se souvenir aussi de La couleur de l’argent en 1986, où Paul Newman devant la caméra de Scorcese, continue de nous épater. Et puis, surtout, il ne faudrait pas oublier l’incroyable scène de billard dans le film Insatiable ou la stupéfiante Marilyn Chambers nous montre concrètement ce que veut dire insatiable.

Ecouter La petite histoire du professeur Mauduit :

►►► Écouter l'émission L'oeil du tigre dont est extraite cette chronique

Ecouter le sujet d'Antenne 2 surLa couleur de l'argent au moment de sa sortie :

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