Après deux semaines de navigation, la tête de course se dirige vers le cap de Bonne-Espérance. Derrière les favoris se tient une autre course, faute de moyens.

Les budgets des skippers varient de un à vingt sur le Vendée Globe
Les budgets des skippers varient de un à vingt sur le Vendée Globe © Maxppp / Marc Demeure/PHOTOPQR/VOIX DU NORD

Le Vendée Globe ressemble un peu à une course de Formule 1 : les chances de victoires sont proportionnelles aux moyens. C’est vrai depuis les premières éditions et ça l’est encore plus aujourd’hui : les différences de budgets varient de 1 à 20, de 350 000 à une dizaine de millions d'euros. Sébastien Destremau, actuellement en queue de flotte, est celui qui a bouclé le plus petit budget de la course : « Avec 350 000 euros, on peut difficilement faire moins. Je peux toujours regarder les 28 autres en me disant "wahou, c’est bien ce qu’ils ont !", mais je peux aussi regarder derrière moi et me dire qu’il y a énormément de skippers qui voulaient être là et qui n’y sont pas. »

Quatre millions d'euros pour un bateau neuf

Si le skipper toulonnais a pu participer à « l’Everest des mers » grâce aux petits sponsors et au financement participatif, certains n’ont pas eu à se casser la tête. C’est le cas notamment du Gallois Alex Thomson, qui navigue à bord de son majestueux Hugo Boss (bateau où n’est visible qu’un seul sponsor contrairement à la majorité de ses concurrents). Un des sept bateaux équipés de foils, ces lames recourbées sur les flancs qui favorisent la vitesse (voir vidéo ci-dessous). Et il n’y a pas de hasard : six de ces sept bateaux se battent pour la victoire finale.

Un bateau neuf coûte en moyenne plus de 4 millions d’euros sans compter les salaires, les équipements et les assurances. Un sacré investissement que seuls les gros sponsors (Hugo Boss, Edmond de Rothschild, Banque Populaire, Safran et St-Michel-Virbac) ont pu se permettre pour ce Vendée Globe. Pour les autres, il a fallu miser sur des bateaux « anciennes générations » qui ont, pour certains, déjà fait le tour du monde. C’est le cas de la plupart des monocoques qu’on retrouve derrière le groupe de tête. Des bateaux moins chers qu’il a fallu tout de même financer. Parfois non sans mal. L’expérimenté Jean Le Cam (4e participation) a acheté son 60 pieds à ses frais, en empruntant à la banque, et dû attendre les toutes dernières semaines pour trouver des partenaires. Il s’inquiète de cette tendance : « Les pauvres sont de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches. Il faut réfléchir pour qu’on diminue l’impact financier sur le résultat sportif.» Le skipper breton a même dû faire appel au financement participatif et à ses amis marins. Pas de Vendée sans le Roi Jean, qui précise :

Y'a des caméras, faut compresser les fichiers, faut envoyer... et c'est obligatoire. Tout ce qui est obligatoire, moi j'aime pas trop.

Des sponsors frileux même si les retombées médiatiques sont très importantes. Selon l’organisation, le dernier Vendée Globe a connu un traitement sans précédent : 14 000 articles de presse, 12 500 sujets radio et 31 000 reportages télé ! Tout cela ne serait rien sans la participation des skippers qui, en plus de naviguer, doivent communiquer pendant la course. Sans communication, pas de sponsor et donc pas de course. Et contrairement aux premières éditions, les communications vidéo-audio sont simplifiées. Cette étape indispensable pour les partenaires est obligatoire pour les marins. Chaque semaine, ils doivent envoyer au moins sept photos, assurer deux visioconférences et tourner au minimum deux vidéos de deux minutes. Si les skippers ne se prêtent pas au jeu, des pénalités de 5 000 euros peuvent s’appliquer. Une obligation que certains n’apprécient guère… en témoigne cette vidéo de Jean Le Cam.

Certains s’adonnent plus volontiers à l’exercice. Et c’est le sponsor qui s’en réjouit. Le maître en la matière s’appelle Alex Thomson. Une vidéo vaut mieux qu’un long texte :

A ceci près que le Gallois a réalisé ses vidéos de promotion hors course (et heureusement !). Depuis le départ des Sables d’Olonne, il se montre un peu moins, tout comme ses principaux concurrents. Pas question d’évoquer sa stratégie de course ni même ses problèmes (en 2012, François Gabart n’avait pas parlé de son souci moteur quelques jours après le départ) mais plutôt de la vie à bord. Chaque skipper montre ce qu’il veut montrer. Le mystère doit rester là où il est. C’est ce qui fait aussi le charme du Vendée Globe.

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